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Rencontre | L'enseignement d'Anne Feenstra (25-03-2015)

Partir. Quitter l'Europe et son confort pour se consacrer à tout autre chose. Le billet aller-simple semble avoir été le choix d'Anne Feenstra. Après avoir développé des structures en Afghanistan et au Népal, l'architecte néerlandais dirige désormais arch i-Platform For Design(1) depuis New Delhi et travaille à quelques projets qui forcent l'admiration d'occidentaux en quête d'une pratique différente de l'art de bâtir. Faut-il pour autant aller si loin ?

Culture | Bâtiments Publics | Inde | Anne Feenstra

Constant Janner a tenté sa chance après avoir usé sept années durant les bancs de l'ENSA Marne-la-Vallée. «J'avais envie de partir et de me plonger dans un univers dont je ne connais ni la langue, ni la culture, ni rien», dit-il. Son objectif est toutefois clair : le retour.

L’Inde est un pur hasard. Une recherche dans Google, un PDF, puis les Global Awards pour lesquels Anne Feenstra fut en lice, l'ont conduit à envoyer un mail à l'architecte. «Je voulais avant tout mettre en pratique les thèmes que j'avais étudié à l'école, notamment le rapport de la construction à l'énergie», explique-t-il. Un entretien via Skype puis une rencontre à Paris furent déterminants et voilà Constant Janner dans un vol Paris-New-Dehli.

Aujourd'hui, passionné, le jeune architecte parle d'arch i en donnant l'impression d'en avoir toujours été, tant l'implication est forte. «Le but est de mener à bien une architecture participative. Anne Feenstra a créé plusieurs équipes en vue de former des populations afin qu'elles évoluent de manière autonome», explique-t-il en propos liminaire.

Il y eut, au début, l'Afghanistan et AFIR (Anne Feenstra Ideas & Realisations) à Kaboul et new AFIR à Kholm, dans le nord du pays. «Des contacts aux Pays-Bas ont facilité son arrivée», prévient le jeune français. Toutefois, voilà un saut dans l'inconnu qui force l'admiration.

02(@arch-i)_B.jpgEn Inde, l'architecte a développé une «plateforme de réflexion qui n'a rien d'une agence classique», poursuit-il. En d'autres termes, une NPO (Non-Profit Organization) dont le but est «d'ouvrir le débat et de porter des éléments de réflexion». Le projet est, cette fois-ci, en lien étroit avec le milieu universitaire où quelques doctorants viennent contribuer à cette organisation.

Ces liens institutionnels semblent ouvrir à d'autres projets et commandes, notamment à «dix heures de voiture», soit à 300 kilomètres de la capitale, à Harike. «Nous travaillons avec le ministère du tourisme du Penjab en vue de développer des structures à même d'engager des populations locales dans un projet de mise en valeur de l'environnement. C'est ce que Anne Feenstra appelle 'Value of non-built'. Il s’agit, dans ce contexte précis, de créer un centre où chacun pourra découvrir l'importance et les enjeux de la préservation de cet écosystème», indique Constant Janner.

L'intervention en Inde d'un architecte occidental n'est pas forcément accepté - en témoigne l'imperméabilité d'une nation à la starchitecture quand bien même le pays aurait largement les moyens de s'en offrir les services -. «Le projet est né d'un des collaborateurs de l'agence qui entretenaient d'étroites relations avec les membres du Forest Department au Penjab», débute Constant Janner.

«Travailler avec des architectes de la région et impliquer des acteurs locaux - notamment des artisans et des fabricants de barques par exemple - dans le processus de réalisation nous favorise en créant un climat de confiance et de respect mutuel. Par ailleurs, nous n'intervenons pas en sauveur ou en prophète ! Nous venons nous instruire au contact des habitants, enrichir un projet et affiner une proposition à l'aide de savoir-faire locaux en vue réellement de satisfaire l'intérêt général. En ce sens, le passé afghan d'Anne Feenstra nous a beaucoup aidé», assure-t-il.

03(@arch-i)_S.jpgA Harike, l'occasion est donc précieuse pour les uns et pour les autres. L’Inde connaît un boom immobilier sans précédent et ce projet d'éco-tourisme est l'opportunité de travailler des aspects «durable» et «participatif» encore marginaux. Il s'agit là d'un «combat» mais aussi d'une «expérience riche».

Constant Janner n'est d'ailleurs pas arrivé en Inde les mains vides. «J'ai apporté, toute proportion gardée, une culture technique du détail et une connaissance des enjeux climatiques tels que je les ai appris en France. Lors de mon master - et plus particulièrement de mon post-master DPEA Post-Carbone à l'ENSAVT de Marne-la-Vallée -, j'avais abordé les questions de l'isolation et de l'inertie. Ici, en Inde, j'entends développer, entre autres, une stratégie à partir du milieu naturel et ne pas être dans le détail d'enveloppe», assure-t-il.

Voilà de quoi satisfaire l'idéal d'Anne Feenstra pour qui «l'homme doit construire avec la nature et non contre elle».

«Nous appelons cette démarche la 'Slow Architecture'. Nous prenons le temps d'écouter dans chacun de nos projets  les populations locales et les communautés impliquées. Ce processus culturel et social prend du temps mais nous pensons qu'il est nécessaire que chacun participe d'une manière ou d'une autre à la conception du projet. Cette architecture en appelle au sentiment d'appropriation», précise l'architecte néerlandais.

Pour autant, l'agence ne donne pas dans le mimétisme mais dans la «réinterprétation». A Harike, les constructions imaginées pour accueillir les visiteurs s'inspirent de cabanes en terre couvertes d'un dôme en paille.

Toutefois, dans le dessin d'Anne Feenstra, une structure métallique est privilégiée. Quid du bois et des essences locales ? «Nous en utiliserons pour la couverture des dômes en empruntant les techniques des fabricants de barques. Ceci étant dit, avec le budget dont nous disposons, nous ne pouvions pas nous permettre d'opter pour du bois structurel en raison de la quantité nécessaire et du coût élevé que ce choix implique», débute-t-il.

Des raisons de maintenance entrent également en jeu et puis, d'un point de vue pratique, la durée du chantier s'en trouvera limitée. «Nous sommes dans un site naturel protégé et nous ne pouvons pas nous attarder», poursuit-il.

04(@arch-i)_S.jpgIl semble parfois facile, vue de loin, de construire en Inde. «Il y a des normes nationales, des normes propres au Penjab, il y a des manuels très précis et des contrôles rigoureux», soutient Constant Janner.

Bref, le passage en Inde est formateur et permet en plus d'appréhender la nouveauté de réviser ses propres préjugés.

Faut-il aller si loin, vivre chichement mais intensément, pour un tel constat ? «Non, il n'est pas nécessaire d'aller en Inde pour trouver le bonheur ou se confronter à la misère... Mais je suis convaincu des bienfaits de la diversité. La raison du voyage n’est-elle pas aussi le retour ? J'ai l'intention - ou le rêve - de développer, à partir de cette expérience indienne, une structure qui pose les questions de manière différente. Tout est question de volonté», assure le jeune architecte.

A l'école d'Anne Feenstra, l'odeur de l'Inde promet de dominer la bête assoiffée(2).

Jean-Philippe Hugron

(1) Anne Feenstra a développé AFIR en Afghanistan, puis arch i à New Delhi et enfin seulement SMA au Népal (fin 2013)
(2) L'Odeur de l'Inde, de Pier Paolo Pasolini, dont la première parution de la traduction en français date de 1984

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