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Gemini Residence, Frøsilo, Copenhague, 2001-2005 / MVRDVGemini Residence, Frøsilo, Copenhague, 2001-2005 / MVRDV

Exposition | Du militantisme et de la transgression à la Cité de l'Architecture (25-03-2015)

L'exposition 'Un bâtiment, combien de vies ?', présentée depuis le 17 décembre 2014 et jusqu'au 28 septembre 2015 au Palais de Chaillot, s'appuie sur un bel exercice de compilation qui donnerait tout son sens à l'appellation du lieu - 'Architecture et Patrimoine' - pourtant horripilante. Au-delà, elle est un appel à plus de militantisme.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | 75016

Voilà donc l'opportunité de voir ce que l'architecture peut faire d'un patrimoine, fut-il de piètre qualité. L'exposition conçue par Francis Rambert, directeur de l'Institut Français d'Architecture, ne remonte pas aux usages multiples d'une même construction. Qu'une église ait pu faire office de dépôt d'armes pendant la révolution ou qu'un hôtel particulier soit transformé en école n'était pas le sujet. Le regard se limite à une période plus récente, 'post-moderne', où la transformation est devenue acte d'architecture.

Le propos porté par l'exposition est d'autant plus intéressant qu'il souligne en filigrane un particularisme français : construire relèverait davantage d'un acte sacré que d'une préoccupation pratique. De fait, la seule évocation du patrimoine tétanise.

Bien souvent, d'aucuns pleurent les ravages du Blitzkrieg à Londres. La City a bien plus souffert de la modernité que des bombes allemandes. La place financière n'accorde qu'une valeur utilitaire à ses constructions avant d'y voir un symbole ou encore le témoignage d'une époque révolue à conserver inévitablement .

Ainsi, quand Londres détruit, c'est que la ville juge inadapté un édifice à ses besoins. Quand Paris arase, c'est que la ville estime gênante au mieux démodée une construction. Certes, le vandalisme était monnaie courante durant les Trente Glorieuses en France et English Heritage joue souvent les trouble-fêtes outre-Manche...

02(@OlivierDancy)_B.jpgCentre Prouvé - Palais des congrès, Nancy, 2007-2014 / Atelier Marc BaraniFrancis Rambert s'en remet toutefois à l'étonnement des Américains de voir dans les années 60 des entrepôts ici et là reconvertis en lieux de vie. Aux Etats-Unis, la «logique de destruction prévaut une fois le bâtiment amorti», dit-il.

Qui plus est, «les architectes ont souvent été dans le déni. La transformation n'était pas considérée comme un acte créatif. Toute une génération moderne a été formée à l'école de la table rase», explique Francis Rambert au Courrier de l'Architecte.

Il fallut attendre la Beat Generation et les mouvements alternatifs pour bousculer les a priori. Philippe Robert, associé fondateur de l'agence Reichen & Robert, s'est fait, après bien des voyages, le chantre d'une nouvelle pratique dans les années 70 en «ayant l'intuition notamment que des usines pouvaient faire partie du patrimoine».

En Espagne, à la même époque, Ricardo Bofill fit sensation à Barcelone en rachetant à vil prix une cimenterie qu'il transformera pour partie en palais extraordinaire et dans l'ensemble en quartier de ville. Au Brésil, Lina Bo Bardi transforma une usine en un vaste complexe socio-culturel. Autant de projets qui appellent l'admiration, aujourd'hui encore.

Francis Rambert n'a alors de cesse de rendre hommage au «militantisme» de ces architectes qui se sont «opposés à la demande de leurs clients» et à l'esprit destructeur d'une société de consommation.

03(@LucaSantiagoMora)_S.jpgOutre la reconversion, l'exposition pose le patrimoine comme l'amorce d'une nouveauté. Des projets exceptionnels, oubliés depuis - puisque réalisés au détour d'années trop vite étiquetées 'post-modernes' - sont trop rapidement présentés. Une seule vignette illustre le formidable travail de Dominique Perrault à Saint-Germain-en Laye où, pour agrandir une demeure bourgeoise transformée en centre de congrès, l'architecte creuse le sol et dessine autour de l'ancienne maison un plancher de verre circulaire donnant l'illusion qu'elle surgit d'un plan d'eau. La Fondation Cognacq-Jay aussi, dans son genre, signée Jean Nouvel à Rueil-Malmaison, fait d'une extension un double fantomatique. L'exposition recense ainsi quantité d'opérations remarquables qui ont toutes en commun un idéal de «transgression».

Plus encore, les choix opérés par le commissaire ne s'attachent pas aux seuls projets exceptionnels mais abordent la «reconquête du banal» en citant l'affirmation de Christian de Portzamparc pour qui «le durable, c'est le transformable». L'une des réalisations du célèbre architecte y est présentée en bonne place et illustre la métamorphose d'une barre moderne du XIIIe arrondissement. En somme, la préfiguration du travail de Lacaton Vassal et Frédéric Druot dans le cadre de la réhabilitation de la Tour du Bois-le-Prêtre.

Des exemples plus récents sont mis en avant à travers maquettes et panneaux. Ici, l'utilisation d'un tunnel routier en musée par l'agence italienne Studio Terragni Architetti ou encore la reconversion d'un site portuaire, le Kraanspoor d'Amsterdam par OTH architecten en spectaculaire immeuble de bureaux au-dessus de l'eau...

04(@S&FGuerra).jpgMuseo Can Framis, Poblenou, Barcelone, 2007-2009 / BAASCette exposition ayant nécessité deux ans de travail articule ainsi la mémoire omniprésente - voire omni-pesante - du «patrimoine» à la création contemporaine. Elle sonne comme un délicieux pied de nez à la galerie des moulages, symbole d'un passé figé dans le plâtre.

Jean-Philippe Hugron

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