tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Portrait | FUSO, les trois jamais à l'étroit (25-03-2015)

«Voyez avec notre avocat». La phrase pourrait en effrayer plus d'un. Elle se veut, bien au contraire, rassurante. Le troisième homme de l'agence parisienne FUSO, Ghislain Grotti, est un professionnel du droit des affaires. La présence, a priori incongrue, d'un associé non-architecte a de quoi surprendre. Elle témoigne pourtant de l'esprit d'ouverture que Jérôme Balas et Daniel Garcia Lopez veulent distiller.

France | FUSO

«Nous faisons un constat simple : l'architecte est seul, son exercice, solitaire. L'évolution du métier et de l'acte de construire amène à élargir les collaborations avec de nombreux acteurs hyper-spécialisés», note Jérôme Balas. De cette appréciation est née l'agence.

Comment dites-vous ? Fuseau ? O, sans circonflexe, et non E-A-U. Il n'est question ni de pantalon étroit ni même de découpage horaire. Et si jet-lag il y avait, le trio aurait un temps d'avance.

«FUSO c'est autant l'évocation de la fusion que l'outil que l'on utilise pour tisser des liens, pour travailler le fil et réaliser un ouvrage avec le minimum de matière», résume Daniel Garcia Lopez.

FUSO c'est donc le moyen d'appréhender le métier différemment. Son organisation présage même, peut-être, l'avenir d'une pratique où le coup de crayon et le sens de l'espace semblent désormais devenir marginaux. A ce propos, les associés de cette jeune agence - deux ans d'âge à peine puisque le K-Bis indique une immatriculation en date du 16 juillet 2013 - se présentent volontiers en «maîtres d'oeuvre».

02(@ClementGuillaume).jpg«Nous essayons de mettre en place une redéfinition du périmètre d’action de l’architecte et souhaitons proposer un accompagnement en amont, et même assurer ce qui peut suivre, bien au-delà de la livraison d'un édifice», précise Jérôme Balas.

«Nous envisageons notre rôle le plus largement possible. Nous ne sommes pas là pour réinventer l'eau chaude mais plus de 50% des architectes travaillent seuls et, parmi eux, un grand nombre connaît des difficultés du fait de cette indépendance face à des intervenants beaucoup plus puissants dans les choix qui président à l’acte de construire», poursuit-il.

Alors, l'architecte, de nouveau chef d'orchestre d'un projet ? De la tarte à la crème ! Daniel Garcia Lopez s'offusque en un sourire d'une expression un brin galvaudée. Grand coordinateur... ? Peut-être. La sémantique reste à inventer.

Pour l'heure, plus que de mots, FUSO se paye d'ambitions et tente d'aller au-delà de ce qu'une maîtrise d'ouvrage peut attendre d'un architecte. «Nous ne sommes pas convaincus qu'il faille personnaliser l'exercice», soutiennent les deux associés.

Ils s'engagent plus volontiers sur la voie du «réalisme». Par là, il ne s'agit pas d'entendre la finesse d'une image ou même la faisabilité d'une proposition mais l'intelligence d'une «stratégie d'approche pour un montage opérationnel». En d'autres termes, le droit et la règle se font matériaux d'architecte.

03(@ClementGuillaume).jpgL'engagement iconoclaste est animé par quelques expériences familiales. «Je suis un fils de», lance de but en blanc Jérôme Balas comme pour prévenir toute accointance. «Mon père est entrepreneur dans le bâtiment et sa société éponyme a 210 ans d'âge». Voilà qui est dit.

«Le mien est maçon», reprend Daniel Garcia Lopez. «Nous avons vu l'envers du décor», conviennent-ils ensemble. De l'autre côté du miroir, l'architecte est déconsidéré. Au mieux est-il estimé simple décorateur.

En Espagne, d'où Daniel Garcia Lopez est originaire et où Jérôme Balas a mené en partie ses études, l'appréciation est différente. «Il est plus difficile à Madrid d'entrer en école d'architecture qu'en école d'ingénieurs», assure le premier. «Mon année là-bas a pris une place prépondérante dans ma formation. J'y ai été sensibilisé à la structure et au détail», reprend le second.

«Un projet de diplôme en Espagne appelle des calculs de structures, des passages de réseaux et toutes sortes de données quantifiables. En France, une approche contextuelle, formelle et subjective focalise souvent l'attention», regrette-t-il.

La besogne à bras le corps ! Sans détour, Jérôme Balas et Daniel Garcia Lopez s'appliquent à saisir ce qui pourrait être la part ingrate du métier. L'exercice, au lieu d'être fastidieux, se montre à même de passionner.

04(@FUSO-TamasFischer)_B.jpgDans la salle de réunion, ni plan ni maquette ne sont visibles. En revanche, une vaste chronologie déroulée sur la table appelle le regard. «Avoir conscience du temps est un enjeu», disent-ils. Ce calendrier répond à une commande dans le cadre d'une mission complémentaire de pilotage et de coordination. Il n'en est pas moins pour d'autres projets un préalable évident pour mieux «communiquer».

Là aussi, plus que les jolis mots sur papier glacé, FUSO privilégie l'outil et le diagramme. Rien n'est, dans cette agence du Xe arrondissement, comme ailleurs. La part laborieuse de la profession devient l'apanage sinon la spécificité d'une pratique.

«C'est bien sûr dans la maîtrise que nous retrouvons une certaine liberté mais tant de rigueur ferait presque oublier la poésie. Toutefois, nous y sommes trop attachés pour y renoncer, alors...», affirment les associés.

Stratège et débordant d'enthousiasme, le trio avance à sa façon et bouscule ainsi jusqu'au vocabulaire ; la transversalité si bonne à citer en toute circonstance sera même soigneusement évitée. Rien comme tout le monde !

«Notre souhait est de créer une arborescence pré-opérationnelle», résument-ils. Avec intérêt, FUSO regarde ces regroupements d'agences qui constituent une «force de frappe avec derrière un chiffre d'affaires et une puissance de production». «Notre approche serait similaire mais pour des compétences intégrées», disent-ils.

05(@FUSO&KplusDSL)_S.jpgLeur adresse en témoigne. Installés depuis à peine plus d'un an derrière la Gare du Nord, en marge de Little India, les locaux sont partagés. «Nous ne voulions être avec aucun architecte. En revanche, il y a ici des paysagistes et une scénographe. Nous ne travaillons pas ensemble pour le moment mais dialoguons souvent», expliquent-ils.

Reste donc à mettre en application toutes ces bonnes intentions. Mais force est de constater que l'appréhension des nouvelles contraintes est originale. Plus que de s'en plaindre, FUSO y trouve de quoi s'enthousiasmer. Qui dit mieux ?

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016
elzinc novembre

Portrait |Bruno Rollet, des nouvelles du front ?

Les conditions difficiles d’exercice du métier d’architecte ou encore la réduction des prérogatives d’une profession amènent de nouvelles pratiques. Dans ce contexte, l’angle d’attaque social...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Ludwig Leo, le techno-pop berlinois

L’AA School rend hommage à Ludwig Leo, figure discrète de la scène architecturale allemande disparue en 2013. L’exposition, qui fait escale à Londres du 5 mai au 6 juin 2015, a d’ores et...[Lire la suite]


elzinc

Portrait |Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Porro-de la Noue, à la poursuite du conte

L’histoire continue. Un univers de vitraux, d’oiseaux, d’ogives, de seins et de tétons. L’exubérance n’a d’égal que la dignité qu’offre l’architecture à ses usagers....[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Poy Gum Lee, des gratte-pagodes de New York à Shanghai

Tuiles vernissées sur gratte-ciel Art déco… un bien étrange syncrétisme visible, entre autres, à Shanghai. Mais quelle ville n’a pas eu la tentation d’adopter la modernité et de la...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Rifat Chadirji, architecte en noir et blanc

Bagdad, aussi inconnue que méconnue. Des années de conflits armés ont détourné architectes, historiens et photographes d'une capitale moderne dont Rifat Chadirji en fut l'un des plus éminents acteurs....[Lire la suite]