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Etats-Unis | Le MoMA découvre l'eau chaude (01-04-2015)

Poursuivant cette tendance engagée depuis peu, après un regain d'intérêt pour les métabolistes japonais et un focus porté depuis l'Allemagne sur l'architecture post-coloniale africaine, le MoMA - Museum of Modern Art situé à New York - propose une vision condensée du modernisme latino-américain. Le grenier est bientôt vide mais il faut, sans doute, se réjouir de redécouvrir l'eau chaude.

Patrimoine | New York

La dernière Biennale d'Architecture avait d'ores et déjà des airs de brocante ; le modernisme, de Skopje à Séoul en passant par Varsovie, São Paulo et Lima a été l'objet de toutes les attentions. Exposé généralement à travers des clichés en noir et blanc, il se montre autrement plus séduisant. Vastes coques de béton brut et autres méga-structures en imposent.

Les plus grandes institutions culturelles mondiales se sont donc emparées du sujet. Même Luanda met à l'honneur le modernisme angolais et Kiev les excentricités du communisme au détour des années 70.

Restait à l'un des plus prestigieux musées de se mettre au diapason : le MoMA répare l'oubli et présente, depuis le 29 mars jusqu'au 19 juillet 2015, une rétrospective sur l'architecture en Amérique latine de 1955 à 1980.

Passionnés et bobos branchés pourront ainsi se relayer dans les galeries du musée et observer de fantastiques témoignages du passé : croquis, dessins, maquettes de projets signés par, pour ne citer qu'eux, Lina Bo Bardi, Luís Barragán, Carlos Raúl Villanueva...

02(@GZamora)_S.jpg «Plus jamais le riche patrimoine latino-américain ne sera négligé», titre The New York Times le 28 mars 2015. 

Mission accomplie donc pour Barry Bergdoll, commissaire de l'événement, qui souhaitait, à travers cette exposition, «réintégrer l'Amérique latine dans l'histoire du modernisme et de la modernisation en architecture».

Pour ce faire, «les architectes américains et européens ayant travaillé dans ces pays ont été délibérément exclus de la présentation dans l'intention de souligner les interactions et la fertilisation croisée entre les architectes locaux. L'une des dernières parties de l'exposition, intitulée 'Export', met en lumière le travail d'architectes latino-américains à l'étranger dont Carlos Raúl Villanueva avec le Pavillon Vénézuélien de l'Exposition Universelle de Montréal en 1967 ou encore Eduardo Terrazas avec le Pavillon Mexicain de la Triennale de Milan en 1968», note Anna Fixsen dans un article d'Architectural Record daté du 24 mars 2015.

L'événement se veut avant tout un mea culpa. L’Amérique latine a été l'objet d'un violent mépris. Dans un entretien fleuve publié en mars par Metropolis Magazine, Barry Bergdoll révèle les origines de ce vaste projet : «J'ai personnellement été étonné de voir combien l'Amérique latine a été systématiquement exclue de mon éducation [...] La plupart des livres d'Histoire de langue anglaise sur l'architecture moderne confère à l'Amérique latine un rôle subalterne ; je me suis souvent interrogé si, pendant l'immédiat après-guerre, cette région du monde n'avait pas été un acteur dans le développement des échanges transatlantiques, non comme le lieu où les élèves de Le Corbusier allaient construire mais comme un endroit fécond», dit-il.

03(@PGasparini)_B.jpgIl y a dans ce grand dessein une part naïve ; le MoMA découvre l'Amérique ! «Si vous regardez une photographie du siège de la Bank of London and South America à Buenos Aires, vous pensez : 'wow ! Il faut mettre ça en parallèle du Centre Pompidou !'. Quand vous regardez la date, vous vous dites : 'Mazette ! Il a été construit dix ans avant Pompidou !'», explique-t-il à Metropolis Magazine.

Par delà la surprise et la découverte, le MoMA s'est engagé dans un remarquable travail d'archivages. A ce sujet, Barry Bergdoll précise que l'exposition ne donne pas dans la «commémoration» mais dans la «documentation».

Le fait qu'elle arrive tout juste 60 ans après le 'show' de Henry-Russell Hitchcock au Musée d'art moderne de New York sur le même thème ou presque n'est qu'un hasard. «C'était une présentation photographique issues de plusieurs missions effectuées au Mexique et en Amérique du sud. Notre proposition relève davantage d'une exposition d'archives», assure le commissaire.

Il a, pour ce faire, travailler avec Jorge Francisco Liernur et Carlos Eduardo Comas, originaires respectivement d'Argentine et du Brésil. Pour éviter tout regard emprunt de nord-américanisme, un comité scientifique a réuni des membres de chaque pays présenté dans l'exposition.

04(@LeonardoFinotti)_B.jpgDans son édition du 23 mars 2015, The Wall Street Journal, sous la plume de Reed Johnson, ne retient de l'exposition que la figure «sous-estimée» de Lina Bo Bardi à laquelle il consacre un article. De son côté, la mise en avant de la seule architecte brésilienne n'est pas pour plaire à Barry Bergdoll qui voit dans cet intérêt soudain une «vénération politiquement correcte».

Aussi intéressant soit le propos du MoMA - reconsidérer dans une histoire de l'architecture américaine ses voisins du sud -, l'institution pourrait à juste titre s'interroger sur le devenir de son propre patrimoine.

Aux Etats-Unis se pose la question à ce jour de la démolition d'une oeuvre de Paul Rudolph (lire notre article Paul Rudolph, deux fois mort ?) ou encore celle, dans un autre genre, de Michel Graves (lire à ce sujet Faut-il dynamiter Michael Graves ?). Il est sans doute plus facile de s'émerveiller de contrées lointaines et d'omettre la situation de mépris national à l'égard d'une génération moderne d'architectes.

Jean-Philippe Hugron

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