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Portrait | La fine équipée de Monica Donati (09-04-2015)

Le collectif avant tout ! Monica Donati s’empresse de présenter tous ses collaborateurs. Elle évoque même avec enthousiasme un nouveau projet d’association - 300% - qu’elle monte avec Margot-Duclot et Paul Landauer. L’enjeu de l’architecture n’est donc pas une question d’égo et Monica Donati reste discrète. A peine confie-t-elle au détour d'une conversation quelques souvenirs. Voyage dans le temps et actualité se télescopent pour dessiner à grand trait le visage d’une architecte modeste.

France | Monica Donati

Monica Donati s'est fait connaître via la publication d'une de ses réalisations dans de nombreux magazines de décoration : en charge de la restauration d'une tourelle dans le VIIe arrondissement, elle y avait élu domicile, à son sommet, dans le gros horloge. Cette époque est révolue. L'adresse est désormais différente et la vue n'est plus celle de la Tour Eiffel offerte entre les aiguilles. C'est maintenant à l'agence que Monica Donati se confronte au paysage urbain.

En effet, les bureaux, rue Beaubourg, touchent les nuages. La porte franchie, un jardin d'hiver, un brin désuet, appelle le regard puisqu'il expose, à travers de petits carreaux, les toits parisiens et surtout, la masse colorée du Centre Pompidou surgissant au sud. La table de réunion y trouve sa place pour que tous, assis sur un canapé aussi baroque que confortable, puissent faire face à la ville.

L'espace, bourgeoisement occupé, est ouvert et marqué par de grandes tablées : les collaborateurs sont en vis-à-vis. «Vive le travail d'équipe !», lance-t-elle. Voilà qui semble être le plus important à ses yeux.

02(@DR)_S.jpgLongtemps en duo avec Bernard Félix Dubor, l'agence se faisait l'écho d'une «architecture artisanale». Mais depuis bien des choses ont changé. Voilà six années que Monica Donati fait chemin seule, ou presque... Avec «trois-quatre associés». Ce choix est avant tout guidé par l'envie d'appréhender l'architecture différemment. Sans faire montre «d'autorité», c'est désormais le goût du travail collectif qui motive l'action. Sans doute faut-il y voir le moyen de confronter l'expérience à la remise en question.

«Militante de salon», Monica Donati reste discrète. «Je travaille grâce au bouche à oreille», confie-t-elle. Et pour cause, l'architecte est davantage en lien avec des maîtrises d'ouvrage privées qui lui sont, par ailleurs, souvent fidèles. «J'ai un rôle défini depuis plusieurs années», constate-t-elle.

Monica Donati, dans une ville qui aime à créer des cases pour y contenir toutes les individualités, pourrait souffrir de n'être «qu'une» architecte du privé. Pire, une architecte de la réhabilitation. Voilà qui serait mal juger.

«Nous ne faisons qu'un ou deux concours par an. Ce sont des moments d'enthousiasme qui soudent une équipe mais ne me faites pas dire que ces compétitions sont le seul moyen pour une agence de se réinventer. Lire, voir, écouter y contribuent bien plus. Nous cherchons, dans l’objectif de répondre au mieux aux attentes d’un programme, de toujours trouver une solution que la maîtrise d’ouvrage n’avait pas forcément pensée ; la répétition est somme toute assez ennuyante. Même si les clients sont habituels, nous nous renouvelons pour eux. Cette démarche relève du militantisme et de force de persuasion», assure-t-elle.

03(@CPongiglione)_B.jpgLa prépondérance d'un secteur dans le carnet de commandes est avant tout, ironie du sort, un «concours» de circonstance. Monica Donati réalise certes des bureaux et de prestigieuses restructurations intra-muros mais voilà... Elle aimerait faire du logement !

«Nous avons monté avec Margot-Duclot et Paul Landauer une association loi 1901. Elle se nomme 300%. Nos agences sont de tailles similaires et avec nos chiffres d'affaires respectifs, nous n'avons aucune chance de répondre à des concours plus importants», dit-elle.

Ce regroupement relève de la stratégie autant que de la nécessité. «Les concours sont incroyablement serrés - sans parler de ceux qui ne se jugent que sur honoraires - et les jurys ne font confiance qu'aux grandes agences», regrette-t-elle. Bref, de quoi suivre l'adage selon lequel l'union fait la force.

Après un an et demi de réflexions et de mise en place, le collectif 300% est fin prêt ; les épreuves du book sont d'ores et déjà éditées sur papier glacé. A vos marques ! Chaque agence y va donc de ses références et de son expérience.

04(@CPongiglione)_B.jpgIl n'y aurait toutefois aucunement besoin de feuilleter ces pages en venant visiter les bureaux de Monica Donati tant l'endroit accumule souvenirs et reliques. A côté de la table de réunion, une photo de Carole Bouquet : un portrait Harcourt ! L'agence planche sur la restructuration d'un hôtel particulier pour le célèbre studio photo. Une planche en bambou perforée cache un radiateur ; «une chute», précise Monica Donati. L'élément est l'un des dispositifs imaginés pour le réaménagement d'un cabinet d'avocats.

Tout ici et là témoigne de l'activité de l'agence, autant que les grands bambous découpés rappellent au souvenir de l'étonnant ensemble tertiaire à Carré Sénart dont les façades sont habillés de l'exotique graminacée.

Un peu plus haut, sur le mur, est accroché un dessin signé Oscar Niemeyer : «une copie», prévient l'architecte. Sur le papier, quelques lignes tracent les contours des 'pots de yaourt' du Havre. Voilà le souvenir d'une visite exceptionnelle d'un bâtiment alors fermé au public.

D'une excursion à l'autre, Monica Donati se rappelle aussi, avec enthousiasme, quelques voyages en Algérie avec son compagnon d'alors sur les traces de Fernand Pouillon. «C'était un personnage romantique et aventurier, gentleman, extrêmement cultivé, bon cuisinier et terriblement boulimique. Nous étions familiers», se rappelle-t-elle.

05(@MonicaDonati)_B.jpgJamais Monica Donati ne déroule son histoire comme un fil cohérent et logique. Son interlocuteur n'aura qu'à se rattacher à quelques bribes. Il faut ainsi s'en remettre aux hasards de la conversation.

Tantôt elle évoque cette soirée mémorable, à Vienne, en Autriche, avec son ami et compatriote suisse Cuno Brullmann, tantôt son passage chez Reichen & Robert où elle apprit tant sur la réhabilitation.

«Philippe Robert a fait partie de mon jury de diplôme à l'EPFL», précise-t-elle. Entre deux phrases, se dessine un parcours étonnant. De son Tessin natal, l'Italie alors «en crise» ne lui laissait le choix qu'entre Zurich et Lausanne. «J'avais envie de voyager, de partir à Paris», dit-elle. Alors, direction le Léman puis la France et les «horribles» guichets de la Préfecture de Police pour, sans cesse, renouveler ses papiers.

La fin des années 80 scelle les amitiés. Badia-Berger, Brunet-Saunier, Margot-Duclot... Les projets se suivent, avec parfois, un peu d'écriture - mais de façon «anecdotique» - pour des revues italiennes, histoire de faire quelques visites et d'entretenir un réseau professionnel.

Aujourd'hui, l'agence travaille à différents projets, notamment à la restructuration d'immeubles haussmanniens. «J'aime la contrainte de l'existant. Chaque époque doit apporter son empreinte. Rien ne m'horrifie plus qu'une restauration léchée où tout semble factice. Mettre en valeur ne signifie pas restituer à l'identique. L’Espagne et l'Italie ont, en ce sens, des approches bien plus sensibles», soutient-elle.

Son architecture est donc question «d'intervention contemporaine». L'ambition, à partir de quelques souvenirs, est de poursuivre le temps.

Jean-Philippe Hugron

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