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Brève | Futur immeuble de bureaux, Porte de Clichy : un flacon tout en mesure (09-04-2015)

Le projet de l’agence Corinne Vezzoni et associés a été retenu pour le programme de bureaux N4 d'une surface de 10.500m² à la Porte de Clichy. Avoisinant le boulevard périphérique et le futur palais de justice de Paris, l'immeuble, dont la livraison est attendue au plus tard en juin 2017, se caractérise par «une dualité affirmée» au niveau de ses façades. Notice architecturale.

Notice Architecturale | 75017 | Vezzoni & Associés

Notre projet file la métaphore de la bouteille de parfum. Pour une raison esthétique : donner au bâtiment un aspect accueillant et fluide, comme s’il s’agissait d’un bijou de verre, aimable et gracieux, aux milles reflets harmonieux.

Mais également pour des raisons fonctionnelles et d’intérêt public : les marques de parfum attachent autant d’importance - si ce n’est plus - au flaconnage qu’au contenu, situation amplifiée dans notre cas puisque nous concevons un bâtiment pour des utilisateurs encore inconnus dans une ZAC en plein devenir.

Une question de mesure

La proximité du futur Tribunal de grande instance (TGI) constitue pour ce bâtiment de taille moyenne un enjeu majeur. Sa conception doit être menée de manière à l’empêcher de disparaître face à ce voisin aux dimensions gigantesques. Son défi est d’exister, mais sans ostentation, et de répondre au TGI, mais sans rivaliser comme le ferait face au boeuf la grenouille de la fable.

Notre réponse se réfère à la démarche de l’architecte portugais, Alvaro Siza, qui considère comme «une erreur de proportion, de mesure, que de prétendre faire dire à un bâtiment ce qu’il ne peut pas exprimer. Ce n’est pas un problème de modestie, c’est une question de mesure». Le projet doit être produit par la substance même des lieux où il est construit. Il lui faut s’inscrire dans une continuité, sans pour autant céder au conformisme.

Le site de l’immeuble de bureaux projeté est marqué par la présence de l’automobile. Ce contexte particulier, asservi par la proximité du boulevard périphérique, est aussi celui d’un ample mouvement de transformation qui a des implications beaucoup plus larges. Nous avons donc inscrit notre travail comme une participation à ce mouvement et nous proposons un bâtiment dont la simplicité volumétrique reste dans la logique de celle du TGI. Son gabarit fait écho au socle du Tribunal. Son toit terrasse planté prolonge et amplifie visuellement celui de son voisin.

02(@Golem Images)_B.jpgUne dualité affirmée

La configuration de l’îlot induit des écritures différentes au nord et au sud pour tenir compte des expositions très différentes de chacune des façades.

Au nord, en frontal avec le boulevard périphérique, la façade est lisse et satinée. Pour compenser le manque de lumière dû à l’exposition et affronter la masse dominante du TGI, nous proposons que le bâtiment se comporte comme un signal lumineux qui pourra même offrir un repère depuis le périphérique.

Au sud, en belvédère sur le coeur de l’îlot, la façade est poreuse et végétale. Elle est composée de lames vitrées, régulièrement rythmées, utilisant le verre à couches comme paroi verticale support de végétal. Des plantes à tige grêle, composant une végétation volubile qui ne demande aucun entretien, s’y enroulent sur les câbles ou s’installent sur les palissades métalliques. Elles forment un écran de verdure couvrant plus ou moins les parties vitrées.

Conséquence des expositions radicalement opposées du bâtiment au nord et au sud, la dualité marquée des façades est néanmoins quelque peu évanescente par l’entremise du dispositif structurel : au nord, la double paroi en verre est inclinée et se retourne pour enserrer les pignons ; au sud, les profondeurs des balcons augmentent progressivement afin de restituer la même inclinaison.

Un écrin précieux

Depuis l’extérieur, la façade du bâtiment affiche un air de famille avec celle du TGI : même composition rythmée tous les 1,35m ; même qualité de verre extra-clair, mêmes joints ouverts, même principe de double peau. La différence provient de la seconde peau de verre. Le traitement de celle-ci et les dispositifs qui l’accompagnent expriment le concept de la métaphore d’origine et confèrent au bâtiment son statut d’écrin précieux et protecteur.

03(@DR)_B.jpgPerformances acoustiques
Comme la double paroi prévue au nord se compose d’une peau extérieure à joints ouverts et d’une peau intérieure inclinée, les nuisances sonores du boulevard périphérique sont maîtrisées.

 En effet, le vide entre les verres crée une discontinuité qui fait que la façade n’entre pas en résonance. 

L’inclinaison non seulement corrige les effets amplificateurs du bruit des voitures qui pourrait être créés par la première peau mais elle produit de surcroit un effet d’absorption. 

La façade est montée sur plots souples - supports anti-vibrations (type Silent-Bloc) - de façon à amortir la résonance de chaque verre.

Les sous-faces obliques des coursives sont constituées de plaques en inox poli perforées doublées d’un panneau absorbant acoustique en face arrière. Enfin, dans les bureaux, la paroi vitrée garantit l’affaiblissement acoustique requis.

Dynamique optique
Légèrement inclinée vers le ciel sur toute la hauteur du bâtiment, la peau extérieure est constituée d’un verre extra-clair à couches. Très faiblement réfléchissant, ce verre offre une grande transparence depuis l’intérieur des bureaux. Comme les deux parois ne sont pas parallèles mais s’élèvent avec un angle d’incidence - certes faible -, la perception globale est singulièrement modifiée. Une dynamique optique est ainsi créée, offrant une ouverture vers le ciel et renvoyant les reflets vers le haut, ce qui évite tout effet d’éblouissement pour les conducteurs d’automobiles.

Fragmentation d’éclats
Des coursives prolongent les planchers entre les deux parois de verre. Leurs sous-faces miroitantes, revêtues d’inox poli miroir sont, comme en joaillerie, inclinées pour capter le maximum de lumière et d’images. Ainsi, la fragmentation d’éclats obtenue est amplifiée et démultipliée à la rencontre de la paroi de verre oblique.

Effet 'miroir'
Des réflecteurs optiques sont placés en pied de façade pour capter la lumière et renvoyer de la clarté sur les plafonds des bureaux. Ils ont également le rôle d’illuminer la façade pour compléter l’effet 'miroir'.

Monolithe
Depuis l’extérieur, le principe de vitrage crée un effet de paroi lisse. Cette technique de façade confère au bâtiment un aspect monolithique qui lui donne son identité propre face au TGI avec lequel il ne lutte cependant pas. Au sud, les lames qui scandent les avancées de dalles cadrent les vues et renvoient le regard perpendiculairement de façon à ce qu’il n’y ait pas de vues directes sur le TGI.

Liberté de cloisonnement
Si le rez-de-chaussée et le premier niveau sont en structure béton, les autres niveaux sont en structure bois. Les poutres en sous-face des planchers ont ainsi pu être éliminées, ce qui donnera aux utilisateurs une grande liberté de cloisonnement. On retrouve ces poutres seulement en partie centrale de façon à installer un soffite qui permet de gérer tous les flux.

04(@Golem Images).jpgDes bureaux dans la verdure

Les plateaux des bureaux sont entièrement libres avec, seulement positionnés dans l’espace central, des blocs de desserte et de services. Chaque plateau s’ouvre sur un balcon vert qui, outre l’apport apaisant que procure la végétation, fait fonction de pare-soleil pour l’étage inférieur. Le rez-de-chaussée et le niveau R+1 sont plus étroits que les autres niveaux de façon à faire pénétrer le soleil plus largement vers les jardins.

La surface de pleine terre proposée est optimisée. Des essences à fleurs et feuilles persistantes sont envisagées, telles que des rhododendrons, azalées, érables nains, etc. L’amplification visuelle du jardin est obtenue grâce à la présence d’une paroi d’inox poli miroir, appliquée contre le mur voisin de la gare de bus et qui reprend l’oblique des façades de façon à capter davantage de lumière. Le jardin devient ainsi deux fois plus grand. De plus, à la faveur de ce dispositif, la transparence du socle est telle que, depuis la rue, le regard pénètre dans la profondeur arborée de la parcelle.

L’ambiance des étages de bureaux est douce et feutrée. L’utilisation du bois pour la structure porteuse y contribue largement au même titre que les matériaux du plafond et du plancher. Mais le sentiment d’intimité résulte aussi du jeu de la structure de la façade qui crée un effet de réverbération acoustique. L’ambiance est aussi adoucie par la constitution des planchers, eux-mêmes acoustiques.

Vezzoni & Associés

05(@Golem Images)_B.jpg

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