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Pologne | Mégastructure culturelle à Cracovie (15-04-2015)

Peut-on sans cesse se renouveler ? Jusqu’au bout, chacun suit, d’une façon ou d’une autre, les mêmes idées. Une marotte ? «Un credo», répondrait Stanisław Deńko, architecte polonais fondateur de l’agence Wizja, littéralement Vision. En témoigne justement, à Cracovie, le Centre de documentation et d’Art Tadeusz Kantor, conçu en étroite collaboration avec nsMoonStudio. Une mégastructure qui n’est pas sans évoquer quelques formes passées...

Culture | Bâtiments Publics | Pologne

Le projet a tout d’un dessin contemporain : porte-à-faux, déhanchement, acier Corten perforé, sous-face en inox miroir... Bref, une architecture finement réalisée pour abriter une nouvelle institution culturelle. Une icône.

Pour justifier l’origine d’un parti architectural, l’architecte s’en remet à une citation de Tadeusz Kantor : «A chaque fois que j’essaye, en toute sincérité, de faire quelque chose de nouveau, je me rends compte qu’il est fait d’éléments bien connus, tous extraits de la réalité environnante. Cela me fascine d’observer cette sorte de perversion, d’opération inacceptable et interdite ; je pense alors que c’est la seule façon de trouver quelque chose de réellement isolé en art».

L’artiste polonais, auteur, metteur en scène, théoricien, en plus de donner son nom à la «Cricoteka», cette nouvelle institution culturelle cracovienne, a inspiré l’architecture de Stanisław Deńko.

Il faut donc prendre cette citation au pied de la lettre. Les «éléments bien connus extraits de la réalité» sont ceux qu’offrait le site avant toute intervention.

02(@WojciechKrynski).jpg«Si nous nous référons à la vision créative de Tadeusz Kantor, le musée n’avait aucunement besoin de s’intégrer à son environnement mais devait créer les raisons d’un conflit ou d’un affrontement. Le but de l’action créatrice n’est pas d’identifier la structure en tant que forme mais plutôt en tant que manière d’interagir avec l’environnement», note l’architecte. Ni mimétisme, ni discrétion. Le projet s’affirme voire s’auto-suffit.

Prise à rebours, la citation rappelant la formule de Lavoisier selon laquelle rien ne se perd, rien ne se créé mais tout se transforme, pourrait trahir quelques obstinations. Stanisław Deńko d’ailleurs ne s’en cache pas dans sa pratique où son «expérience» est offerte à ses jeunes collaborateurs qui avec «assez de liberté peuvent développer leurs propres conceptions».

Dans ce projet, chacun pourra donc deviner la permanence du travail de l’architecte. Stanisław Deńko expose sur son site Internet d’anciens travaux qui remontent à ses premières heures professionnelles, datant déjà de quelques décennies. Il collaborait alors activement avec un groupe réunissant son professeur, Witold Cęckiewicz, et d’autres architectes dont Andrzej et Lesław Gonciarz ou encore Andrzej Lorek.

03(@StanislawDenko)_B.jpgEnsemble, ils ont remporté en 1973 le projet d’ambassade de Pologne à New Delhi. L’architecture est typique de l’époque. La grille abstraite sert de base à une conception superposant d’imposantes strates de béton brut. La composition mêle porte-à-faux et pilotis. D’aucuns y verront une architecture brutaliste jouant de l’imaginaire des mégastructures.

D’autres projets restés malheureusement de papier reprennent ces mêmes lignes : le siège du gouvernement à Dar es Salaam en Tanzanie (1972) ou encore The Peak à Hong Kong (1983). Autant d'éléments extraits du passé, tous à prendre en compte...

04(@Wizja)_S.jpg «Cricoteka n’est pas liée à une seule fonction qui serait la présentation statique du travail d’un artiste ; cette institution tente plutôt d’incarner la continuité de sa vision dynamique de l’art rompant avec les conventions. Il ne s’agit pas seulement de valoriser le caractère autonome d’une forme mais aussi un processus créatif qui permet l’épanouissement d’un artiste et de son travail. L’espace créé est une 'préparation' à l’action», précise l’architecte.

On ne sait plus alors de qui il est réellement question. Tadeusz Kantor ou Stanisław Deńko lui-même ? Quoi qu’il en soit, ce projet «incarne la continuité». De ses auteurs et de son inspirateur.

Mais sachant tout de même, qu’in fine, tout se transforme.

Jean-Philippe Hugron

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