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Rencontre | Vorarlberg vs Frankreich : un match perdu d'avance ? (22-04-2015)

Depuis la France, le Vorarlberg fait figure d’Eden. Depuis le Vorarlberg, la France, de paradis. Comment ? Absolument ! L’agence Dietrich | Untertrifaller développe, comme Baumschlager Eberle, l’autre grande agence de la région, son implantation dans l’hexagone à la faveur d’un système de concours particulièrement intéressant. Qui plus est, l’étiquette Vorarlberg n’est pas sans séduire. Retour sur expériences.

Europe | Dietrich | Untertrifaller Architekten

Much Untertrifaller, de passage à Paris, recherche de nouveaux locaux pour officialiser la présence de l’agence dans la capitale française. Pour l’heure, implanté à Bregenz, Vienne et Saint-Gall, le duo autrichien construit dans son pays, certes, mais aussi en Allemagne, en Suisse et en France. «Paris est plus proche du Vorarlberg que Vienne», sourit-il.

Cette rencontre avec Le Courrier de l’Architecte est l’occasion pour l’homme de l’art de rétablir quelques vérités. Oui, le Vorarlberg est exemplaire. Much Untertrifaller ne tarit pas d’éloges sur sa région. Dans ses propos, le «nous» l’emporte même sur le «je» tant la vision de l’art de bâtir est partagée par toute une communauté.

02(@BrunoKlomfar)_S.jpg«Nous livrons une architecture simple, raffinée et à l’exécution parfaite», dit-il. Voilà une région qui a développé son propre savoir-faire sans jamais, pourtant, n’avoir eu d’école. «Nous n’en voulons toujours pas. Nous préférons que chacun apprenne à l’extérieur et revienne au pays enrichi d’une autre appréhension de l’architecture. Quelques-uns vont en Suisse, à Zurich, d'autres au Liechtenstein, à Vaduz, et la plupart dans d'autres villes autrichiennes. Pour ma part j’ai fait mes études à Vienne», indique Much Untertrifaller.

Fort de cette vision panoptique de l’architecture, le Vorarlberg a développé depuis les années 60 une approche singulière. «Il n’y avait à cette époque que quelques commandes pour des maisons individuelles. A partir des années 80, il y eut un mouvement de prise de conscience par les collectivités locales et les maîtrises d’ouvrage. Il y avait de grands besoins à rattraper et nous disposions alors de bonnes entreprises et d’une société relativement ouverte à l’architecture», explique-t-il.

03(@BrunoKlomfar)_S.jpgLa multiplication des projets a ainsi «fertilisé la triade artisan-ingénieur-architecte». «La spécificité du Vorarlberg tient avant tout dans le dialogue entre artisan et architecte. Il n’y a, aux yeux de tous, aucune différence sociologique entre les deux. Les architectes n’ont pas cette image académique et l’artisan n’est pas considéré comme un simple exécutant. Nous travaillons d’égal à égal», soutient Much Untertrifaller.

La France procure, sur ce point, quelques déconvenues. «Quand, par chance, nous nous entendons parfaitement avec un artisan, un bureau de contrôle vient troubler cette relation», souligne-t-il. Soit, il convient, pour l’heure, de s’en accommoder.

Le plus difficile reste de s’arranger avec une autre culture du détail. «La technique en France est banale et relève davantage de l’industrie. Il est particulièrement compliqué d’aller sur le terrain de l’inventivité», regrette l’architecte. Ceci étant dit, les commandes ne sont pas les mêmes : alors qu'en France, l’agence travaille principalement pour des maîtrises d’ouvrage publiques, au Vorarlberg les clients sont, pour une part significative, privés.

«Nous apprenons cette distinction en France car en Autriche, du moins dans notre région, la commande privée est sur le même niveau que la commande publique», affirme Much Untertrifaller. L’exigence est, pour quiconque, de mise.

04(@BrunoKlomfar)_S.jpgPoursuivant la comparaison entre les deux pays, l’architecte précise que l’une des plus grandes différences repose sur l’importance du dessin dans le processus de conception. «Nous réalisons tous nos plans au 1/20e. C’est le seul moyen, à nos yeux, de parfaire tous les détails. Il n’y a aucun hasard possible à cette échelle. Néanmoins, nous ne pouvons nous offrir ce luxe pour des projets de très grande taille», indique-t-il.

Tout est alors question de «pragmatisme». «Nous nous intéressons davantage à la qualité du contenu plus qu’à l’expression de la forme. Certes, les réalisations du Vorarlberg, à travers les revues d’architecture, ne sont pas spectaculaires. Il faut venir sentir l’espace, la matérialité et les proportions pour comprendre de quoi il s’agit», reprend-il.

«Le résultat doit être, avant tout, une bonne architecture. Trop de mauvais maîtres d’oeuvre se spécialisent dans l’obtention de labels. BBC et Passivhaus sont des prétextes pour concevoir des espaces médiocres», prévient-il.

De fait, Dietrich | Untertrifaller n’a aucune position dogmatique, pas même sur le bois. Chaque projet est question d’adaptation. «Le bois peut être utile dans le cas de grande portée par exemple ou de projet au budget serré ; ce matériau n’appelle aucune dissimulation. Il peut rester tel quel. Par ailleurs, il offre une précision au millimètr que le béton ne pourra jamais offrir», souligne l’architecte.

A Bregenz, l’agence travaille même sur un projet de tour de treize étages toute en bois. «La complexité du projet n’est pas constructive mais réglementaire. Généralement, les autorités se montrent sceptiques à l’égard de cette idée», précise Much Untertrifaller. Le duo cherche donc à faire acte de démonstration.

05(@DR)_S.jpgEn France, il travaille actuellement sur une école à Broons, en Bretagne, deux gymnases - l'un à Lyon, l'autre à Longvic -, mais aussi la restructuration et l’extension «béton et inox» du Palais des Congrès de Strasbourg. En Allemagne, Dietrich | Untertrifaller vient de remporter un projet remarquable : une université installée dans l’Olympiapark de Munich.

L’édifice, particulièrement grand, reprend une structure de bois qui viendra contrebalancer le mouvement high-tech lancé par Frei Otto, Gunter Behnisch et Hermann Peltz au sein des installations du complexe olympique.

Bref, l’architecture du Vorarlberg, sans être question d’écriture, est affaire de dialogues. Au-delà de compétences constructives - un savoir-faire -, Dietrich | Untertrifaller peut apporter, à l’hexagone, le sens du dialogue et des relations humaines... Un savoir-vivre.

Jean-Philippe Hugron

 

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