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Portrait | Sandra Planchez face à l'appel de la nouveauté (22-04-2015)

Tout nouveau, tout beau ? Sandra Planchez témoigne d’un goût immodéré pour la nouveauté. Il n’y a là pourtant rien d’une fuite en avant - qu’elle condamne par ailleurs - ni même d’une appétence particulière pour les effets de mode. Le défi et l’inconnu sont les moteurs de son agence SPLAAR, mais chut ! C’est un secret.

France | Sandra Planchez

Pas un bruit dans l’agence. L’entretien se déroule sur la basse fréquence d’un murmure. L’espace est ouvert et celui qui parlerait trop fortement transgresserait la quiétude des lieux. Silence. Action !

Au fond de l’agence, autour d’un bar, le temps est donc aux confidences susurrées et aux propos chuchotés. Entre deux morceaux de chocolat au lait, Sandra Planchez confie enthousiasme et inquiétude. Question d’équilibre.

A la pratique, elle associe volontiers l’enseignement. «La ville n’est aujourd’hui qu’une collection de contraintes techniques et de confort. Cette situation peut être à l’origine de bien des privations», concède-t-elle. Alors, direction l’école. «Une soupape» qui «permet de garder espoir».

02(@DR)_S.jpg«La vraie vie est moins inventive que les études d’architecture», regrette-t-elle, mais l’enseignement est aussi parfois déconnecté de la réalité. 

Aucune unité de valeur ne propose l’apprentissage des codes pour parlementer avec une maîtrise d’ouvrage.

Quoi qu’il en soit, la nouveauté interpelle Sandra Planchez. De l’avant, et de plus belle ! Son agence, SPLAAR, est récente. Voilà une vie toute neuve !

Jusqu’à peu, elle était en binôme avec Agnès Cantin. Les histoires se font et se défont autant que les associations. Aujourd’hui, la page est blanche. Pendant quelques mois, un peu trop. Le saut dans l’inconnu était vertigineux.

Depuis lors, les projets arrivent et Sandra Planchez retrouve assez d’avenant pour s’enflammer. Un parcours sans frustration donc.

Tout a commencé en école d’architecture. Diplôme en poche, il y eut un passage chez Renzo Piano puis chez Philippe Gazeau. L’arrivée au Pavillon de l’Arsenal n’est pas un hasard. Tout s’est fait par l’entremise d’un «concours ouvert aux jeunes».

«Il fallait être opiniâtre», se souvient Sandra Planchez. La jeune institution culturelle aspirait à beaucoup de liberté. «A travers les scénographies, nous pouvions jouer de l’étonnement et de la surprise», dit-elle. L’éphémère d’une présentation est parfois gage d’indépendance.

03(@CoBe & SPLAAR)_S.jpgParmi les meilleurs souvenirs d’alors, une exposition sur le dessin d’architecture. «Nous étions partis interviewer les monstres sacrés de la modernité : Zehrfuss, Simounet, Riboulet... Nous étions allés dans la maison de Wogenscky dans la Vallée de Chevreuse et dans l’ancienne agence de Dubuisson où tout était resté en place. Ces moments étaient émouvants, la parole de ces architectes était libérée», se souvient-elle.

Arrive le désir d’aller plus loin : créer une agence mais certainement pas tout de suite. L’expérience était encore à parfaire. Le Pavillon de l’Arsenal avait certes assuré un bon aperçu de l’envers du décor. En complément, Sciences-Po offrira, à travers son enseignement urbanistique, d’autres perspectives.

«Le principal apprentissage portait alors sur la temporalité. Le temps du promoteur n’est pas celui d’une ville et pas même celui de l’architecte», débute Sandra Planchez. Idem pour l’économie. «Un client, quel qu’il soit, ne se rend jamais compte du temps que représente la conception», assure-t-elle. D’un éloge de la lenteur, l’architecte invite à la relecture de Kundera.

Ceci étant dit, la vitesse n’est pas sans fasciner non plus. Un prochain voyage au Kazakhstan éveille la curiosité de Sandra Planchez qui énumère d’ores et déjà avec plaisir les folles réalisations de Norman Foster à Astana. Bref, le stade Dubaï du capitalisme en temps réel.

04(@SGrazia)_S.jpg «Bien des architectes révisent dans ces conditions leurs idées sur la ville», s’inquiète-t-elle. Partir et essayer de comprendre est alors un objectif. Après tout, l’enjeu est, d’une façon ou d’une autre, de «bouger les lignes».

Pour ce faire, la création d’une agence était une étape obligatoire. D’abord aux côtés d’Agnès Cantin, puis seule. Cette solitude est toute relative. Quelques collaborateurs exercent leurs talents à l’agence et de nouvelles associations ponctuelles se préfigurent. L’une est déjà lancée avec CoBe.

«Cette profession implique de véritables facultés d’adaptation», note l’architecte. Pour autant, il sera toujours difficile de se faire au discours sur le manque de moyens et aux normes thermiques qui grèvent les budgets. «Nous sommes dans une phase de transition où l’écologie est malheureusement prise au premier degré», constate-t-elle. Alors, l’époque reste à la «chasse aux ponts thermiques».

«J’aime les jeux de stratégie», s’amuse Sandra Planchez. Toutefois, il faudrait que la partie reste équilibrée. «Pour l’égo, je fais du design», lance-t-elle.

«J’ai dessiné pour Ligne Roset un lit escamotable, qui monte et qui descend. Nous avons essayé ensemble de faire quelque chose de beau. J’ai approché ce projet comme une 'micro-architecture complexe'», dit-elle. Un exercice hybride qui a su séduire le fabricant.

L’astucieux objet a été présenté lors de divers salons et a été «bien reçu». Voilà encore une nouveauté pour Sandra Planchez qui a de quoi lui apporter grande satisfaction.

«Les usages peuvent créer des qualités. Beau et pratique peuvent aller de pair», soutient-elle. Qui d’un meuble. Qui d’un immeuble.

05(@SPLAAR)_B.jpgRestent alors à évoquer de nouvelles lubies : la marche, entre autres. Certes, la voiture est bien utile mais, pour l’apprentissage, le pas autant que la lenteur restent fondamentales. Faire lever la tête et ouvrir les yeux à tout un chacun est aussi un idéal pour que l’architecture ne soit pas considérée comme élitiste.

En somme, renouveler l’intérêt. Encore et toujours.

Jean-Philippe Hugron

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