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Iran | Téhéran rit, une femme construit (30-04-2015)

Embarqué dans le taxi de Jafar Panahi, le cinéphile n'entrapercevra de Téhéran qu'une ville à l'architecture récente de piètre qualité. A force de colonnades et de balustrades, certains immeubles éveillent même l'ire des autorités religieuses. Trop occidentaux ! Au-delà, quelques opérations remarquables apparaissent, notamment un pont à l'esthétique high-tech signée Leila Araghian, lauréate du projet à 26 ans seulement.

Transport et ouvrages d'art | | Leila Araghian

Téhéran, depuis l'Europe, n'offre qu'un paysage flou. Impossible d'en déterminer les détails. Quelques informations remontent ici et là. De la colère des ayatollahs à l'encontre de l'architecture occidentale en passant par la traduction en perse de Yes Is More de BIG, la scène architecturale de Téhéran semble réaliser un étonnant grand écart.

Le 20 avril 2015, Saeed Kamali Dehghan, ancien correspondant du Guardian en Iran et désormais journaliste basé à Londres, rapporte pour le quotidien britannique l'étonnant projet de Leila Araghian, une structure métallique nommée 'Pol-e-Tabiat', le Pont Nature.

«Ce n'est pas une surprise de voir apparaître un pont high-tech - qui plus est primé à plusieurs reprises - dans la capitale iranienne. Ce qui étonne davantage, c'est qu'il a été conçu par une jeune femme», écrit-il. Plus précisément, une étudiante de 26 ans, inscrite à l'Université Shahid Beheshti.

Cinq ans plus tard, diplôme en poche - et incursion au Canada effectuée -, Leila Araghian a livré une structure spectaculaire désormais perçue comme le «troisième symbole de Téhéran». Un succès.

02(@MHassanEttefagh).jpgLa jeune architecte a expliqué ses intentions à Ted Regencia, pour le site d'informations d'Al Jazeera. «Habituellement, les ponts sont conçus en ligne droite. Cette rectitude produit une perspective qui ne dit qu'une chose : avancer. Nous voulions, quant à nous, que les usagers du pont y restent. Nous n'avons pas voulu réaliser une seule structure qui relie un point à un autre mais un véritable lieu où il est possible de flâner et de profiter de la vue», dit-elle.

Le souhait de la municipalité de Téhéran était de connecter deux parcs séparés l'un de l'autre par une vaste autoroute urbaine. Le pont devait donc faire partie de la promenade.

«Pour atteindre cet objectif, Leila Araghian a conçu Pol-e-Tabiat à partir de trois plateformes, l'une proposant des cafés, l'autre un espace de promenade, de jogging et de cycliqme et une troisième sous forme de belvédère à même d'offrir une vue au-dessus de l'autoroute vers la chaîne de montagnes Alborz et le skyline de la ville», note Ted Regencia.

Bref, ce méli-mélo de métal a de quoi surprendre. Il se veut l'évocation d'une nature organique et les piles du pont ne sont que la transcription high-tech d'arbres aux branchages proliférants.

03(@MHassanEttefagh)_B.jpgAu-delà du symbole que représente cette structure et sa jeune auteure, Saeed Kamali Dehghan décrit pour The Guardian les coulisses du projet. En filigrane se dessinent quelques tenants politiques.

Le journaliste souligne, par exemple, les retards successifs dans le projet et met en cause l'impossibilité pour l'équipe de conception d'avoir accès au logiciel nécessaire à la bonne réalisation du pont. Les compagnies australiennes qui devaient livrer cet outil informatique n'a pu le faire en temps et en heure du fait des sanctions que la communauté internationale fait peser sur l'Iran.

Plus encore, Leila Araghian, que d'aucuns pourraient imaginer souffrir de sa condition de jeune femme en Iran, est davantage victime du sectarisme occidental. Aussi, sa présence à un concours d'architecture au Royaume-Uni s'est vue refusée en raison de sa seule nationalité. «Tout cela est ridicule. Je suis une architecte iranienne ; mon activité est culturelle. Je n'ai absolument rien à voir avec la politique. Je me sens discriminée», assure-t-elle au Guardian.

Voilà sans doute le moralisme occidental pris à son propre piège. Téhéran peut donc bien rigoler.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

gulbo | retraite | ile-de-france | 06-03-2016 à 10:29:00

La fin de l'article laisse plutôt amer. La famille est Française depuis plus d'un siècle mais d'obédience chiites et fière de l'être et avoir servi le tricolore durant trois décennies.
Dans mon milieu des amis de longue date n'acceptent pas la constitution iranienne et une de plus libérale selon la pratique de la foi et le majlis (parlement iranien) représente toutes les croyances.
Alors que nous les français nous voulons que les autres nations changent ou calquent sur la constitution de 1958 voulu par la Général de Gaulle; sauf que le français surtout depuis giscard et en particulier les socialos ne changeront rien!
Même le député iranien naturalisé et député socialo a fait savoir cette semaine qu'il ne veut plus se présenter sous l'Etiquette Espagn-Maroco-Algérrien pour le prochain élection.
Ses gens ne sont pas fréquentable !!!!!!!!!!!!!!!!!
Laissons ce peuple de plusieurs millénaire faire son chemin et n'a pas besoin de nos conseils.Occupons nous de notre propre pays e le reste viendra tout seul!

R gauzin | Arch hon. | Midi pyr. | 26-05-2015 à 18:59:00

Projet qui redonne un peu d'espoir à un ancien dégouté par les dernières realisations méconnaissant le contexte ,ou seul l'ego dequelques archi médiatique est certain sans la moindremaitrise des coûts ce qui aurait été impensable il y a quelques decenies

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