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Pérou | Dans l'autre pays de Ciriani (30-04-2015)

Le nom d'Henri Ciriani s'invite, plus ou moins, dans bien des conversations en France. Plus qu'aucun autre, l'architecte y a fait école. Cependant, il est un ailleurs où Enrique Ciriani s'est fait aussi chantre de la modernité : le Pérou. Ceci étant écrit, l'architecture blanche de Lima, du moins la plus récente, n'est plus celle que l'on admire. Il faut désormais de la couleur et de la matérialité. Vive le 'péruvianisme' tardif !

Dans les colonnes de La Chiminea, revue d'architecture péruvienne en ligne, Israel Romero Alamo a tenté le 11 septembre 2014 de brosser un portrait de son pays, partant du néo-modernisme au péruvianisme tardif.

L'auteur, pour ancrer son propos, revient sur plusieurs réalisations qu'il juge de prime importance dans l'histoire récente du pays. Il souligne, dans ce contexte, l'apport majeur que fut la villa Santillana qu'Henri Ciriani, l'enfant du pays, construisit en 1999.

Sur les plages au sud de Lima, l'architecte néo-moderne a livré une maison de plage aux lignes blanches, source d'inspiration pour bien des maîtres d'oeuvre, à en croire les nombreuses réalisations sur ce modèle.

«Dans les années qui ont suivi, la néo-modernité, à la lumière de la maison de Ciriani, a profondément marqué les esprits en cadrant parfaitement avec les normes wannabe (celles du péruvien parfait) des lotissements chics où toutes les maisons au bord des lointaines plages de Lima devaient être blanches puisqu'ainsi on les verrait encore mieux. Le Pérou devait être un milieu méditerranéen avec une infinité de bungalows blancs face à la mer», écrit-il.

Par effet de mimétisme, le néo-modernisme a donc connu de belles heures en cette latitude. Toutefois, Israel Romero Alamo évoque une «nouvelle manière de représenter aujourd'hui l'architecture du pays».

«Il y a quelques années, avec l'apparition de la Marca Perú [marque Pérou, label équivalent au made in France, ndt.] le blanc, pur et dur, a cessé pour les architectes d'être intéressant : il n'était pas assez péruvien», note-t-il.

03(@Cholon).jpgMaison Pachacamac / Luis LonghiFace à la concurrence internationale et à la globalisation, l'architecture doit désormais se teinter de couleurs nationales, au propre comme au figuré et, pour l'auteur du texte, «l'affinité» de Luis Longhi à l'égard du passé pré-hispanique du pays n'est pas si éloignée de Marca Perú. «Il existe une impulsion contextuelle liée à l'époque», assure Israel Romero Alamo.

Néanmoins, toutes les formes aujourd'hui développées ne sont pas si marquées et le discours si profondément ancré dans une réinterprétation du mythe antique inca. L'auteur évoque par exemple la bibliothèque du PUCP signé Llosa Cortegana Arquitectos. «Dans ce cas, l'intérêt est de nouveau porté sur le béton brut et l'idée portée se justifie avec orgueil par la matérialité».

02(@Solano).jpgBibliothèque du PUCP / Llosa Cortegana Israel Romero Alamo dénonce alors des tics de langage. «Le béton brut paraît aujourd'hui l'unique arme capable de dissimuler l'absence d'argument qui se limite à de simples jongleries formelles assaisonnées de fascinantes mémoires descriptives». Bref, un effet de mode pour l'auteur qui équivaut à un simple changement de robe.

Parallèlement à la matérialité, une autre lubie s'installe : la couleur, «un tabou» de l'architecture péruvienne. La scène locale se plonge alors dans des expérimentations que le Mexique a d'ores et déjà réalisées il y a plus de cinquante ans. «Qui plus est, nous n'atteignons pas l'horizon et la force du colombien Rogelio Salmona ou du paraguyen Solano Benítez», écrit Israel Romero Alamo. Ceci étant dit, le mot d'ordre reste pour l'occasion couleur et matérialité.

Le spectre qui plus est se réduit généralement, selon l'auteur, à un camaïeu marron, couleur «terre» en référence aux édicules incas «qui n'ont jamais paru aussi nus et décolorés qu'aujourd'hui», ironise-t-il.

04(@Solano).jpgBibliothèque du PUCP / Llosa Cortegana «La couleur terre manifeste la volonté de mettre de côté le blanc [...] et toutes ces [nouvelles] réponses architecturales trouvent en la géographie un confortable sofa qui est, par chance, poétiquement crédible. Dans sa frivole cohérence, il est suffisant pour en faire une marque du pays», affirme-t-il.

En guise de conclusion, Israel Romero Alamo invoque «contradictions» et «incertitudes». Elles font vraisemblablement partie «du chemin à parcourir» pour comprendre, peut-être, que ce qui «a toujours été nôtre est le changement de maquillage et l'éloquence baroque».

Jean-Philippe Hugron

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