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Rencontre | Aires Mateus, la tête dans les maquettes (07-05-2015)

Derrière le double nom, un seul patronyme. Par-delà, deux frères architectes : Manuel et Francisco. Lisboètes et fils d’architecte. A la conquête de l’Hexagone, le duo fait état de références incroyables : bibliothèque piranésienne et maisons sur le sable. Le rêve d’une libre modernité.

France | Aires Mateus

A Tours, sous un soleil radieux, Manuel Aires Mateus vient présenter à quelques journalistes l’avancée du projet du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré, imaginé en lieu et place d’un massif et pompeux palais hérité de la reconstruction, ni franchement moderne, ni franchement Art déco, l’ancienne école des Beaux-arts de la ville.

Derrière une façade conservée et quelques espaces promis à une reconversion façon 'Turbine hall', Aires Mateus promet la réalisation d’un édifice sobre loin de toute tentative spectaculaire.

Sur place, dans un espace urbain qui a davantage des allures de vaste arrière-cour, un trou béant laisse pour l’heure imaginer l’emprise de la construction à venir : un monument à la frugalité.

Aires Mateus donne dans cette architecture blanche, moderne, portugaise... De Porto ? «Né à Lisbonne, formé à Lisbonne», répond Manuel Aires Mateus dans un français parfait. «Pénible comme curriculum, non ?», sourit-il.

Prévenant la question suivante, l’architecte indique qu’«il n’y a aucune rivalité entretenue à l’égard de l’école de Porto. Bien au contraire. Il y a, depuis Lisbonne, une grande admiration».

02(@DR)_B.jpgFrancisco et Manuel Aires MateusEn France, Aires Mateus repousse les limites de sa géographie. L’agence complète son carnet de commandes. Elle a notamment obtenu la réalisation du très controversé projet de centre musulman à Bordeaux. Après une première localisation au coeur du quartier de la Benauge, l’équipement a été relégué plus loin, un peu à l’écart, loin de tout riverain. Voilà de quoi changer une architecture ? Pas pour Aires Mateus.

«Les projets ne sont pas écrits dans un contexte mais dans ses possibilités de transformation», note Manuel Aires Mateus. «Le concept central de ce projet, à Bordeaux, est l’espace et la relation à la religion», poursuit-il. Le dessin reste donc quasiment inchangé.

Sacrilège ! Un architecte en France qui ne fait pas du contexte un dogme ! Ce qui importe davantage aux deux frères ce sont, avant tout, «les espaces en attente». «Le projet trouve de lui-même sa propre vérité», dit-il. Et d’évoquer alors la «poésie magnétique» de l’architecture.

«D’Alvaro Siza, je retiens la liberté», lance Manuel Aires Mateus. Le Portugal serait, aux dires de l’architecte, un pays où «le modernisme est intégré dans une culture».

03(@AiresMateus)_B.jpgDe fait ni réaction, ni contre-réaction. Ni-ni ! Tout est affaire de tranquillité. Seul le régionalisme a pu faire un temps débat. Aujourd’hui, «notre génération intègre tout», assure l’architecte.

Même Zumthor ! Rencontré en Suisse, à Mendrisio, où ils enseignent tous trois. Manuel Aires Mateus aime à citer aussi Borromini. «Notre référence ! Voilà un homme qui a su maîtriser la capacité de dessiner l’espace avec une grande indépendance».

Le crayon libre ! Aires Mateus ne veut ni doctrine, ni maître pour guider le trait. «L’architecture est l’art de la permanence. Celle de l’image est, quant à elle, un art de la mode», soutient-il. Le spectacle de l’icône est d’un autre temps.

Diplômés en 86 et 87, les deux frères ont fait leurs armes avec Gonçalo Byrne pour mieux ensuite s’envoler de leurs propres ailes. Aires Mateus est né.

Une naissance préméditée ? «Notre père était architecte... Par hasard. Nous sommes issus d’une famille d’avocats», sourit Manuel Aires Mateus.

L’histoire est malgré tout un peu familiale, disons fraternelle. Francisco Aires Mateus n’est d’ailleurs jamais bien loin, en retrait, avec, en lieu de timidité, la bonne excuse de ne pas suffisamment bien parler français. A voir !

04(@FFernandez)_S.jpgA voir aussi, l’exposition organisée à Tours, la première grande rétrospective de leur travail présentée en France dans les anciens locaux du CCCOD, un événement aussi beau qu’inintelligible pour celui qui ne maîtrise ni flashs-codes, ni les QR-codes, ni hashtag et consorts.

L’exposition est volontairement minimale et muette. Seules des maquettes sont présentées au 1/200e. 

La juxtaposition est d’ailleurs parfois surprenante, du bloc imposant proposé pour la bibliothèque de Bordeaux jusqu’au plus petit abri de jardin.

A l’entrée, une autre maquette, celle du CCCOD, découpée en deux parties, embrasse le visiteur. 

Echelle : 1/20e. «C’est une maquette de travail. Tout projet commence par une idée. Nous réalisons ensuite des diagrammes pour en vérifier la cohérence et enfin nous donnons naissance à une grande maquette de polystyrène. Il est important pour nous de pouvoir mettre la tête dedans !», explique Manuel Aires Mateus.

A Tours, c’est, de l’aveu de l’architecte, la 5e ou 6e version de la maquette qui est offerte au public. «Et c’est une chance qu’elle n’ait pas été détruite ! Nous l’utilisons encore pour le chantier», soutient-il.

05(@FFernandez)_B.jpgCe travail en modèle réduit est aussi le temps de la réflexion. «Etudiants, la première chose que nous faisions était de dessiner le plan du site. Cela nous prenait dix jours. Ensuite, nous réalisions la maquette du site... Nous prenions ainsi le temps et le temps amène la réflexion».

A la gabegie du geste, Aires Mateus préfère le luxe de la durée. La tête dans les maquettes, sans prétexte, ni contexte.

Jean-Philippe Hugron

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