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Entretien | Catherine Jacquot, l'Ordre face à la méconnaissance du grand public (04-06-2015)

Faire de l’architecture un enjeu public majeur, rendre visible l’architecte et rendre lisible sa mission : telle est la vocation des journées portes ouvertes organisées les 12 et 13 juin prochains. Ceci étant écrit, l’émergence de sites Internet usant de la dénomination architecte pour vendre des plans au kilomètre ou encore l’absence d’engagement politique d’une profession sont en débat. Catherine Jacquot, présidente de l’Ordre, répond aux questions du Courrier de l’Architecte.  

France

Le Courrier de l’Architecte : Quelle est la position de l’Ordre face à la méconnaissance du grand public de la profession d’architecte ?

Catherine Jacquot : C’est un sujet qui nous préoccupe. L’architecture est l’affaire de tous les citoyens. La culture architecturale est une grande méconnue en France contrairement à d’autres pays, comme par exemple la Suisse, l’Allemagne ou l’Espagne, où tout un chacun est capable de donner le nom d’un architecte. Qui ne connaît pas en Finlande Alvar Aalto ? A qui viendrait l’idée, en Suisse, de construire l’extension de sa maison sans faire appel à un architecte ? Un chiffre est, à ce sujet, éloquent : pour 100.000 habitants, nous dénombrons en moyenne, en Europe, 80 architectes. Ce nombre chute à 42 en France.

La faute à qui ? A l’école ?

Nous nous efforçons de développer l’enseignement de l’architecture dans les écoles et les collèges. La fabrication de la ville concerne tous les citoyens. Avoir le bac sans savoir ce qu’est l’architecture ?! Cela ne devrait plus être possible. On ne fait qu’étudier l’architecture romane et gothique. Essayons donc d’introduire l’architecture au collège via le bénévolat ! Nous menons des actions en ce sens. Nous aimerions désormais que ces actions soient maintenant prises en charge par le ministère de l’Education.

Comment sensibiliser le grand public à l’architecture, comme l’amener à faire appel à un architecte ?

Nous allons prochainement créé une plateforme, 'architecte pour tous'. Il s’agit d’un site Internet où chaque professionnel peut présenter son book. Tous sont géo-localisés ce qui rend la recherche plus facile. L’Ordre mettra gratuitement à la disposition de tous ses inscrits cet outil.

Quelle relation entretient l’Ordre avec les CAUE et les Maisons de l’Architecture ?

L’Ordre entretient des partenariats avec les CAUE et les Maisons de l’Architecture. Nous avons les mêmes objectifs. Nous cherchons à promouvoir l’architecture. C’est d’ailleurs l’Ordre qui a créé les Maisons de l’Architecture afin de mieux diffuser localement la culture architecturale.

02().jpgNous organisons des événements ou sommes partenaires dans le cadre de manifestations, notamment pour les 24h d’architecture. 

Cette année, nous reconduisons pour la deuxième fois consécutive les 'journées portes ouvertes'.

Le Conseil régional de l’Ordre de la région Aquitaine avait expérimenté cette formule. 

Nous avons fait en sorte depuis 2014 de mettre en oeuvre des moyens suffisants pour rendre l’événement national. 

Nous avons demandé cette année, à chaque agence, une participation financière de 50 euros pour assurer le fléchage et la signalétique en préparation de la journée. 

Pour cette édition 2015, toutes les régions ont répondu présentes et vont porter cette action. Nous nous sommes même efforcés d’associer et d’impliquer les élus et les communes en leur proposant d’investir l’espace public à cette occasion.

Quel retour avez-vous de ces journées portes ouvertes ?

Le retour est positif. La plupart des architectes qui avaient répondu à l’appel de la première édition ont reconduit leur participation. Plus de 1.000 agences vont ouvrir leurs portes soit près de 3.500 architectes, soit environ 10% des architectes en exercice.

Le grand public, malgré tout, ne se tourne-t-il pas vers ces sites Internet tapageurs proposant des formules toutes faites, des plans déjà opérationnels ou quelques autres services trompeurs ?

Nous avons regardé ces sites. Notre devoir est avant tout de garantir le cadre légal. Notre position est claire : chacun doit faire appel à un professionnel sans quoi il s’expose à un véritable danger. Sans l’assurance d’un architecte, un citoyen risque bien des déboires.

N’y-a-t-il pas dans l’imaginaire collectif cette représentation de l’architecte-décorateur qui prévaut ?

Nous n’avons pas le rôle d’un décorateur. Là encore ce ne sont ni les mêmes formations, ni les mêmes assurances. L’architecte construit et garantit une structure. Il est certain que les sites dont nous parlions peuvent créer un trouble. In fine, tout cela revient à ce que nous disions initialement, à savoir la méconnaissance du rôle de l’architecte.

Ceci étant, face à la profusion de ces sites, la position défensive n’est pas la meilleure. Qui plus est, l’Ordre existe avant tout pour défendre le public et non tel ou tel professionnel. Si nous tenons impérativement à protéger le titre d’architecte, c’est qu’il en va surtout de l’intérêt du public.

Comment agir contre ces incompréhensions ?

Nous devons mener un travail pédagogique quant à la diffusion de l’architecture. Il y a un véritable intérêt économique à faire appel à un architecte. Ce qui serait avant tout souhaitable c’est que le ministère de la Culture s’empare de la question et nous aide à encadrer l’ensemble des manifestations visant à la promotion de l’architecture. Il s’agirait d’avoir enfin une action concertée avec les affaires culturelles et les directions régionales.

N’y-a-t-il pas surabondance d’événements et d’institutions ?

Paris est peut-être très gâtée mais déjà, en Seine-Saint-Denis, c’est différent. Pour être architecte conseil en Auvergne, je peux affirmer qu’il y a un véritable travail de promotion de l’architecture à faire. L’architecture du quotidien est en jeu dans les villes moyennes. C’est là où les lotissements se construisent.

Face au déclin de l’Equerre d’Argent, n’en va-t-il pas du rôle de l’Ordre d’organiser un prix d’envergure national ?

Il n’en va absolument pas du rôle de l’Ordre d’organiser un prix d’architecture. Les Maisons de l’Architecture organisent déjà des prix ainsi que certains CAUE. Nos missions sont régaliennes. Il s’agit de garantir la déontologie de la profession et d’assurer sa représentation. Nous allons auprès des pouvoirs publics et des élus pour promouvoir l’architecture et son intérêt général.

Ce rôle est primordial pour sensibiliser les collectivités locales notamment. Prenons un exemple : la crise du logement n’est pas qu’économique. Ce sont des élus et des citoyens qui n’acceptent pas la construction chez eux ou à côté de chez eux. C’est une méconnaissance fondamentale des questions de densité équilibrée. Lotir l’équivalent d’un département tous les dix ans coûtera cher aux citoyens.

La faute ne peut-elle être imputée qu’aux autres ? La mission de l’architecte n’est-elle pas également politique ? N’y-a-t-il pas démission d’une profession face aux enjeux politiques ?

Les architectes sont engagés dans leur mission. Ils ont un grand sens de l’intérêt public mais il est vrai que peu sont élus. Une association d’architectes-élus vient d’être fondée. Nous la soutenons par ailleurs. Nous n’avons également, il est vrai, qu’un ou deux architectes qui soient parlementaires. Notre profession est particulièrement prenante et laisse peu de place à d’autres actions. Il est difficile de mener un combat politique et de faire vivre une agence parallèlement.

Ceci étant dit, les architectes restent peut-être trop dans leur domaine de compétence et ne se saisissent pas assez de l’espace public. Il faut élargir leur champ d’intervention, les conduire vers les thématiques, entre autres, de la réhabilitation, de l’urbanisme, de l’export.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

Réactions

seb | poitou charentes | 04-06-2015 à 14:45:00

La faute ? C'est sans aucun doute la faute l'Etat qui s'est totalement dsengag de sa mission de service public en drogeant sans cesse la loi sur l'architecture de 1977 en cdant toutes les compromissions possibles. L'instauration d'un seuil de 170m c'est un non sens : quand vous tes malade, vous allez voir un mdecin uniquement si votre maladie est un cancer ? et on pourrait multiplier les exemples qui font qu'aujourd'hui le recours l'architecte est peru comme une contrainte, un luxe qu'on ne peut pas se payer... autant d'a priori et prjugs totalement faux , mais que toute la population a en tte !

Degio | Chef du service Architecture-Urbanisme | Uzès | 04-06-2015 à 12:51:00

Quel déclin?

SOSArchi | ADE-HMNOP | Paris | 04-06-2015 à 12:13:00

Bonjour, je vous en prie, soumettez le futur nom de la plateforme à étude et vote des architectes inscrits ou futurs inscrits, "ARCHITECTE POUR TOUS"?! Vraiment? Avez-vous une Direction Communication, qu'on puisse contacter pour en discuter?

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