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Espagne | La guérilla de Santiago Cirugeda  (11-06-2015)

«Je n’ai aucun intérêt à être fonctionnaire», lance Santiago Cirugeda. L’architecte espagnol, lauréat du Global Award en 2015, milite pour une autre pratique de l’architecture. Pour ce faire, il prône une véritable guérilla à l’encontre des pouvoirs publics. Le 5 mai 2015, dans un entretien fleuve accordé au Diario de Sevilla, il revenait notamment sur le projet 'La Carpa', un ensemble culturel implanté sur les ruines de l’exposition universelle 1992. Morceaux choisis.  

Global Award | Bâtiments Publics | Culture | | Santiago Cirugeda

«Quand la guérilla se transformera en politique officielle, nous soutiendrons alors un nouveau combat pour faire d’autres choses. Il y aura toujours une architecture de la résistance car, même si nous améliorons les conditions politiques, il y aura sans cesse une partie de la population qui restera sur la touche. Et même si nous solutionnons dix problèmes, dix nouvelles questions arriveront par la suite. Je ne vais certainement pas me conformer. Je n’ai aucun intérêt à être fonctionnaire. Je serai toujours en-dehors du cadre politique», affirme Santiago Cirugeda au Diario de Sevilla.

L’ambition pour l’architecte n’est pas d’être un «citoyen passif». Face au changement permanent, l’homme de l’art prône l’action permanente. La légalité ? Peu lui chaut ou presque. «Ce qui était illégal ou alégal peut être légal aujourd’hui et inversement», précise-t-il au quotidien régional.

02(@RecetasUrbanas)_S.jpgUne autre forme d’exercice ? Assurément. Tant et si bien qu’il paraît être un «professionnel punk» pour certains. Simple T-shirt, lunette noires, cheveux rasés, Santiago Cirugeda se la joue, à l’image, plutôt cool. Ceci étant dit, l’homme coordonne pas moins de dix-sept collectifs, associations et entreprises pour le seul projet 'La Carpa' à Séville dont l’ambition est de réhabiliter l’ancien pavillon du XVe siècle de l’Expo 92.

Pour rappel, ce site, le long du Guadalquivir, dans le quartier de la Cartuja, a de quoi impressionner : il illustre parfaitement la décadence de l’Etat espagnol et son impossibilité à maintenir en vie des équipements dispendieux. Bref, un terrain de jeux idéal pour assurer la guérilla architecturale et lui offrir, en guise de décor, tout un symbole.

Ceci étant dit, La Carpa a reçu en août dernier - alors que le projet n’en était qu’au stade d’ébauche - le soutien de la municipalité. La perspective des élections locales a toutefois gelé toute prise de décision. «La lenteur n’est pas nôtre, elle est le propre de l’administration. Nous sommes prêts, la coopérative a été créée», assure l’architecte. In fine, il met en garde contre l’absurdité des changements politiques.

03(@RecetasUrbanas)_S.jpgL’absence de décision s’explique également par les visées du Centro Andaluz de Arte Contemporáneo (Centre Andalou d’Art Contemporain) qui souhaite, lui aussi, réutiliser ce pavillon sans pour autant en avoir les moyens financiers. Face à cette situation inextricable, le directeur de l’institut andalou du patrimoine historique aurait même affirmé, selon Santiago Cirugeda, qu’il serait temps de passer à un autre modèle culturel. Vers une création désinstitutionnalisée ? Voilà de quoi réjouir l'architecte !

Pour l’heure, l'homme de l'art montre sa détermination : «nous voulons nous saisir d’un lieu abandonné vingt-trois ans durant et l’offrir à toute la ville», dit-il avant de s’insurger : «Et puis merde à la fin ! Je ne donnerai aucun nom mais bien des théâtres subventionnés ici n’ont fait jouer que leur propre compagnie. Nous voulons offrir un théâtre pour dix-sept collectifs reconnus pour leur travail». Voilà une colère qui en dit long sur la politique culturelle de la ville.

Alors, à l’administration qui prévoit une coûteuse réhabilitation du pavillon, Santiago Cirugeda répond par des travaux progressifs. «L’endroit sera utilisé dès la première minute», assure l’architecte. A quoi bon un projet complet que la mairie ne pourra résolument pas faire fonctionner ?

«Tous les partis parlent de participation, de coresponsabilité, de tout cela... Tous utilisent les mêmes mots, le PP, le PSOE, l’IU...», assure l’architecte qui se montre aussi «fatigué» que toutes ces personnes désillusionnées par les tractations politiques. Au final, Santiago Cirugeda dénonce la volonté des élites de vouloir tout «contrôler». La lutte est donc nécessaire mais, de l’aveu de son instigateur, elle épuise.

«Je travaille par exemple à Madrid sur le projet de couverture d’une piscine, sur l’extension d’une école ou encore sur un centre de santé mentale à Barcelone. Ici à Séville, je réalise aussi un jardin communautaire. Bref, des choses qui donnent de l’oxygène et de l’affection», assure-t-il.

Quoi qu’il en soit, énergique, Santiago Cirugeda n’a qu’un souhait : transformer l’exercice pour que l’oeuvre soit grande d’un point de vue social et non uniquement plastique. Investir les bâtiments publics abandonnés, créer de nouveaux usages et tant d’autres projets passent par la lutte. Autant que la vie, très certainement.

Jean-Philippe Hugron

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