Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Japon | Mais de quel Japon parle Kengo Kuma ? (11-06-2015)

Le discours architectural oscille sans cesse entre tradition et modernité. Aussi, aux bons mots s’opposent parfois quelques réalisations. Des idées à leurs mises en oeuvre, la cohérence est parfois difficile à trouver dans un contexte économique qui appelle à toujours plus de rentabilité. Aussi, Kengo Kuma, après avoir livré un étonnant gratte-ciel aux allures de mégastructure métaboliste, en appelle à la culture traditionnelle du Japon. Un périlleux grand écart ?

Tours et gratte-ciel | Japon | Kengo Kuma

Kengo Kuma, un gymnaste hors pair ? Question sport, l’architecte s’est fait remarquer aux côtés de Toyo Ito et Sou Fujimoto en tête de la fronde contre le projet olympique de Zaha Hadid.

A ce sujet, le journal The Japan Times citait le 9 juin 2015 un rapport évoquant un possible remerciement de l’architecte britannique. L’intéressée dément fermement être mise à l’écart dans Architects' Journal le même jour.

Ceci étant écrit, Kengo Kuma se dit davantage partagé sur le sujet. «Je sais combien [les jeux de 1964] avaient contribué au développement de Tokyo et à l’essor du Japon mais aujourd’hui le climat économique est différent», assure-t-il dans les colonnes du magazine en ligne Quartz.

02(@Kawasumi).jpgC’est dans ce même article, daté du 3 juin 2015, que l’architecte - selon le journaliste Richard Smart - «réclame plus d’architecture japonaise». 

Ainsi en va-t-il du projet de stade olympique qui incarne à lui seul l’intrusion d’une architecture globale signée d’une de ses plus grandes marques. 

Peut-être Kengo Kuma est-il, sur l’exportation des griffes architecturales le plus mal placé pour s’offusquer.

Soit. Il en va surtout à ses yeux d’une politique territoriale que d’une question de style. Selon l’architecte, la revitalisation des villages et des campagnes prime sur la mise en avant immodérée des centres urbains.

L’homme de l'art n’est pas sans s’émouvoir des considérations spatiales et esthétiques. «Le XXe siècle a été une époque de division», assure-t-il. La croissance économique et le développement de la bulle spéculative a permis à l’Occident de diffuser ses modèles. 

«Intérieur et extérieur ont toujours été strictement identifiés et séparés par l’architecture moderne. En regard de l’architecture traditionnelle japonaise, la distinction des espaces n’est faite que par l’entreprise de panneaux shoji, de lattes ou d’écrans», poursuit Kengo Kuma.

Pour Richard Smart, l’architecte mène de front une campagne pour un retour à la japonité. Ce combat aurait, selon lui, de «fascinants résultats». Pour ce faire, il cite l’immeuble Starbucks à Fukuoka.

03(@Kawasumi)_S.jpgToutefois, que dire de ce nouveau gratte-ciel dans l’arrondissement de Toshima à Tokyo ? «L’idée était d’atténuer la séparation entre intérieur et extérieur en utilisant ce que nous avons désigné comme une 'éco-voile'. Ce concept recouvre quatre types de panneaux qui ont chacun leur fonction», note l’architecte. Et tous ces dispositifs fonctionnent, bien entendu, «comme les feuilles d’un arbre».

«Pour ce projet, nous avons adapté le concept japonais de séparation douce à un contexte moderne», surenchérit-il.

Cette japonité mesure plus de 200 mètres et fait quelque 49 étages. La masse du socle, son pan oblique, la finesse de la tour qui émerge par-dessus et surtout la profusion de panneaux qui démultiplient l’impression de densité évoquent les images de la modernité japonaise telle qu’elle pouvait s’exprimer dans les années 80 et 90. 

Les pyramides d’un kilomètre de haut et ces autres fantaisies futuristes semblent plus familières que les vieilles et traditionnelles pagodes. De quoi s’interroger alors sur les références de l’architecte. Au final, de quelle japonité peut-il donc bien parler ?

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Pierre-Alain Dupraz

Après une riche année 2017, notamment avec les 1ers prix obtenus pour deux concours majeurs sur Genève que sont l’aménagement de la rade et la réalisation de la Cité de la musique, ce dernier en...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'Atelier du Pont

En 2018, Atelier du Pont a gagné des concours et suivi de nombreux chantiers, à Paris, à Tours mais aussi à Londres ou à Minorque. L’agence a voyagé. A Mayotte pour un concours et aux Pays-Bas, avec...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de Bechu & Associés

Une année riche en projets à toutes les échelles (urbaine, architecturale et intérieure avec notre équipe Volume ABC) pour notre agence familiale et internationale qui se prépare à fêter ses 100...[Lire la suite]