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Visite | Casa Port, ceci n'est pas une gare (17-06-2015)

Casablanca. Une ville, un film... Une gare ! La métropole blanche, entre Art déco et modernisme, sert de décor à une foule grouillante. Malgré les grands élans architecturaux et les tracés régulateurs d’un urbanisme colonial, la cité portuaire se montre toujours aussi vivante et spontanée, une fraicheur que bien des villes européennes, dans un délire de contrôle permanent, semble avoir mis de côté, voire reniée. C’est dans ce contexte qu'AREP et Groupe 3 architectes ont livré en 2014 la nouvelle gare Casa Port, un espace de liberté.

Gares | Transport et ouvrages d'art | Casablanca

Casablanca poursuit donc son essor de façon plus ou moins organique. Avec lui, toutefois, quelques symboles de modernité : des gratte-ciel réguliers et dorénavant, une nouvelle gare high-tech.

Déjà, Ricardo Bofill avait érigé deux tours jumelles au-dessus de la ville. D’autres immeubles de grande hauteur sont venus, dans un style plus ou moins moderne, dessiner les contours d’un triangle d’or en marge du port. Banques, multinationales et hôtels quatre étoiles.

A cet endroit, plus ou moins en mire d’une avenue qui devait être la Canebière de la ville, les autorités ont décidé l’aménagement d’une nouvelle gare pour offrir des conditions d'accueil plus agréables à ceux qui viennent travailler dans le proche quartier d'affaires et prévoir à terme l'arivée du futur TGV : Casa Port. Pour ce faire, elles se sont tournées vers les compétences d’AREP, maître en la matière.

02(@DBoyDeLaTour)_S.jpgL’architecture choisie se veut alors efficace. Le vocabulaire reste celui de l’agence à quelques déclinaisons près. Ainsi, les grandes colonnes ont des allures de palmiers stylisés et un moucharabieh vient, comme un alibi, justifier un projet orientalisant. «Un clin d’oeil à l’architecture Art déco de béton peint en blanc», assure Etienne Tricaud, fondateur d’AREP. Bref, un motif pour s’inscrire «dans la tradition de la modernité casablancaise».

Le toit est également, par endroits, percé de puits de lumière «comme dans les souks». «Le soleil est ensuite filtré par la structure», précise l’architecte. Des jeux d’ombres pour satisfaire un imaginaire.

Au-delà de ces références locales, réinterprétées à grands traits et en toute légèreté, Casa Port fut un défi constructif. «Ce projet est à la limite de ce que nous pouvons exiger des entreprises locales. Nous n’avons presque aucune tradition architecturale de charpente métallique», soutient Omar Tijani, architecte local de Groupe 3, associé à l’agence parisienne pour ce projet.

03(@DBoyDeLaTour).jpgPlus encore, la gare de Casa Port cherche à modifier les pratiques et les usages. «Chacun va à la gare comme s’il entrait dans une mairie ou une préfecture. Cette typologie d’édifice symbolique et représentatif est aujourd’hui remise en cause», prévient Omar Tijani.

Aussi, Etienne Tricaud présente volontiers ce projet comme une place couverte, un lieu de rencontre où chacun peut aller se poser, à l’ombre, sans avoir la perspective de prendre le train. Casa Port n’est pas comme Casa Voyageurs, cette autre gare de la ville, désuète, beaucoup plus institutionnelle, néo-mauresque, digne héritière du protectorat français.

Toutefois, la belle intention est quelque peu détournée ; un centre commercial est venu se greffer au programme pour transformer l’équipement en destination marchande. Casa Port a vocation d’être la vitrine d’un nouveau quartier.

Qui parcourra la gare comprendra vite combien les boutiques sont venues s’ajouter à un projet d’ores et déjà défini dans ses grandes lignes. Positionnées en sous-sol, elles assurent l’animation d’une «place» basse menant au parking. Quelques commerces n'attirent pas foule et laissent imaginer combien il est difficile à cet endroit d’attirer le chaland.

Casa Port n’est pas Saint-Lazare et la médina ancienne de Casablanca, toute proche, semble plus attrayante que cet occidentalisme fait de marques internationales et de franchises. L’architecture n’y pourra rien.

04(@DBoyDeLaTour).jpgLa gare conçue par AREP se montre davantage comme un espace capable, libre et ouvert qui ne cherche aucunement à fixer la manière dont les citadins doivent occuper cet équipement. Contrairement à l’architecture coloniale qui a cherché à dicter des modes de vies, cette gare - certes sous des atours convenus et attendus - laisse souffler un vent de liberté.

Les années autant que les usagers décideront in fine de la vocation de cette «place urbaine». Un appel à la spontanéité !

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Office National des Chemins de Fer marocains
Maîtrise d’oeuvre : AREP : Etienne Tricaud, Philippe Druesne, Christophe Iliou / Groupe 3 Architectes : Omar Tijani, Skander Amine, architectes associés, Vincent Missemer chef de projet
Paysagiste : Atelier Bertrand Houin
Surface Plancher Totale (y compris bâtiments de bureaux) : 33.500m²
Surface du bâtiment Voyageur (sous la grande toiture) : 2.500m² dont 1.000m² de commerces
Parking souterrain de 380 places

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