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Portrait | DATA, de Christian Hauvette à l'OMA (17-06-2015)

Hommes des années 80. «Provinciaux», dixit Léonard Lassagne. Lui est Stéphanois, le second - Colin Reynier -, Carpentrassien. A l'orée de la trentaine, le duo a créé en 2010 son agence, DATA (pour Department of Advanced Typologies for Architecture), à Paris avec une facilité déconcertante. Tout semble, avec eux, relever de l’évidence. 

France | Data [architectes]

Et pour cause. Chaque idée est mise à l’épreuve de l’autre. Oui. Non. Noir. Blanc. Ils ne paraissent jamais d’accord mais s’entendent parfaitement. Deux heures passées avec eux et la joute s’expose au grand jour. Comme un vieux couple.

La rencontre, entre ces deux-là, eut lieu il y a maintenant plus de dix ans à l’Atelier de Christian Hauvette, leur «maître». Ce nom revient dès lors sans cesse. «Son agence était un centre de formation», se souvient Léonard Lassagne. Il n’y avait aucun dogmatisme, tout au plus, quelques marottes. «Nous y avons appris le dessin d’écriture», soutient Colin Reynier.

«Christian Hauvette nous a orienté sur les questions d’assemblage ou, en d’autres termes, nous a amené à nous interroger sur la manière dont les projets sont construits», débute l’un, aussitôt complété par l’autre : «l’identification des éléments constitutifs d’un projet est de prime importance lors de la phase de conception».

02(@ColinLeo)_S.jpgLes souvenirs se bousculent. Qui ce projet, qui ce chantier.

Voilà quelques paroles au bon souvenir de ce «mélomane contemplatif» qui force le respect. Les associés de DATA signent, à l’unisson, un hommage appuyé.

«Cette pratique qu’il nous a apprise se retrouve dans tous nos projets. Nous n’avons rien d’artistes visionnaires», assurent les deux associés.

Le crayon n’est par conséquent jamais guidé par l’affect. Pragmatiques en tout temps.

Peut-être cette aptitude est-elle liée aussi à une pratique indirectement façonnée par la commande privée. Loin d’un schéma PAN-NAJA-marché public, DATA s’est d’abord réalisée grâce à quelques promoteurs et foncières. Premier client : un groupe de casinos et de salles de jeux.

L’histoire résumée en quelques mots a des allures de conte miraculeux. Il y a certes un brin de hasard et peut-être même une bonne fée penchée au-dessus du berceau. La rencontre avec cette maîtrise d’ouvrage est avant tout affaire de voisinage. «Leurs bureaux, à Lyon, étaient en face de ceux de mon père, lui aussi architecte», indique Léonard Lassagne. Tout est alors dit. Encore fallait-il démontrer son savoir-faire.

03(@DATA)_B.jpg«Cela nous permettait de démarrer», lance Colin Reynier. A l’époque, ni agence, ni local. «Nous avions pour seul bagage notre passif 'Hauvette'. Nous avons donc été raisonnables et nous avons su rapidement nous organiser», assure-t-il.

C’était en 2010. Depuis, le duo dit être rentré dans un «schéma classique». A voir. La progression reste fulgurante. Aujourd’hui, DATA s’enorgueillit de travailler avec l’OMA pour la réalisation de la Fondation d’entreprise du Groupe des Galeries Lafayette, au coeur du Marais, à Paris.

Avec la célèbre agence néerlandaise - rencontrée par l’intermédiaire d’un bureau d’études -, les associés pensaient d’abord «se faire broyer». In fine, les échanges sont quotidiens et le projet prend forme en association. DATA ne donne pas dans l’architecture d’auteur. A la griffe batave de s’exprimer. Bref, un équilibre parfait.

Sur la manière d’aborder le métier d’architecte, DATA affirme que «son rôle n’est pas d’être bâtisseur». «Notre ambition est d’être en amont des choses. Nous devons désormais nous confronter à un spectre large d’intervenants : des hydrologues, des écologues, des zadistes... Notre mission est donc de compiler des kilotonnes de données», assure Colin Reynier comme pour indiquer subrepticement l’origine du nom de l’agence.

04(@JavierCallejas).jpg«L’enjeu est de créer, à terme, son travail, ses propres commandes et les conditions nécessaires à l’épanouissement. Nous apprécions particulièrement, par exemple, intervenir sur la programmation des projets», affirme Léonard Lassagne.

Pour les compères, rien ne sert d’aller chercher la provocation. Se conformer aux conditions offertes et ce, sans naïveté, est un préalable nécessaire. Faut-il y voir un enseignement de la maîtrise d’ouvrage privée ? Assurément. L’architecte, dans sa mission, joue les conseillers. «La prise de décision doit être en général beaucoup plus rapide. Les solutions proposées sont débattues le plus tôt possible. En somme, il faut maîtriser avant tout l’art de la discussion», revendiquent les deux associés.

Le privé est aussi un «partenaire» plus qu’un client. «Il est difficile d’avoir une récurrence de travail avec le public», note Léonard Lassagne. De fait, d’autres casinos sont en cours de conception ou de réalisation. L’un d’eux, à La Seyne-sur-Mer, face à la Méditerranée, promet d’être spectaculaire.

«Nous voulons avant tout créer des bâtiments capables en vue de prévenir d’éventuelles évolutions possibles. Nous imaginons alors des grilles structurelles ouvertes à tout type d’occupation», précisent-ils.

05(@DATA).jpgL’approche est alors «globale» et jamais «figurative». Le duo cherche avant tout «la construction savante du bâtiment».

Tout passe alors par nombre de maquettes. L’agence, d’ailleurs, en déborde. «Nous éprouvons ainsi nos idées. Ces modèles réduits ne sont que des successions d’hypothèses», assurent-ils. Un temps durant, un des collaborateurs de l’agence avait même pour mission de réaliser uniquement des maquettes. «Ce sont des prototypages autant que des outils de communication», notent les deux associés.

Alors, bientôt une imprimante 3D ? «Nous voulons coller du bois et du carton», répondent-ils. Question de culture personnelle. Colin Reynier était notamment promis à une autre carrière.

«J’ai fait l’école Boulle. Mon père est ébéniste. Mon oncle est ébéniste. Mon frère est ébéniste. Tous travaillent dans le triangle d’or du Sud de la France. Ils réalisent notamment des meubles complexes. Aller à l’école Boulle était dans l’imaginaire de la famille. Après cinq années passées là bas, il me manquait une donnée : l’architecture», dit-il. L’histoire racontée, la défiance à l’égard de la machine n’en est que plus claire.

Pour Léonard Lassagne, le métier s’est transmis de père en fils. «Je n’ai toutefois jamais fait un stage chez lui. Je suis indépendant», souligne-t-il. Qui plus est, la question générationnelle aurait peut-être troublé le jeu, «loin des thématiques architecturales».

DATA est donc jeune. De son temps. Dans son temps. Sans complainte, ni lamento. Toujours de l’avant !

Jean-Philippe Hugron

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