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Exposition | Cergy, la ville extérieure (17-06-2015)

Le Pavillon de l’Arsenal propose, du 17 juin au 20 septembre 2015, une rétrospective étonnante sur ce qui pourrait paraître à première vue, un non-lieu de l’architecture : Cergy-Pontoise. Pour preuve, les textes d’Annie Ernaux ou encore 'I comme Icare', ce film de Henri Verneuil qui, en vue d’éveiller l’imaginaire d’une métropole américaine, choisit pour décor la ville nouvelle, en particulier, sa préfecture.  

Pavillon de l'Arsenal | Cergy-Pontoise

Les deux commissaires de l’exposition - Lionel Engrand, architecte, et Olivier Millot, Directeur Culture et Territoire de la Communauté d’Agglomération de Cergy-Pontoise - proposent dans ce temple dévolu principalement à l’architecture intra-muros un nouveau regard sur un objet jusqu’alors mis de côté. Alexandre Labasse, directeur du Pavillon, souhaite désormais répondre à la curiosité grandissante à l’égard des villes nouvelles.

«Nombreuses sont les délégations étrangères qui nous interrogent sur cette expérience politique et urbaine», assure-t-il. De Chine au Moyen-Orient en passant par l’Indonésie, les villes nées de la table rase sont toujours aussi nombreuses. L’intérêt pour ces démonstrations mises à l’épreuve du temps n’en est que plus important.

Aussi, l’heure n’était pas à la savante compilation de projets. Plus avant, la méthode adoptée pour cette exposition se veut même originale. Il ne s’agit pas d’évaluer Cergy-Pontoise à la seule lumière de ses réalisations. Discours, parfois réécrits, et expériences de ses usagers ont été finement analysés. En somme, cette exposition ambitionne de «raccrocher l’aventure urbaine et architecturale à la politique».

02(@ADVO)_B.jpgLionel Engrand et Olivier Millot se sont alors penchés sur la «fabrication d’un récit» voire «d’une fiction». Cergy-Pontoise est alors présentée comme la «projection d’une représentation collective». La ville telle qu’idéalisée à un moment T.

Aux premières heures de sa fondation, elle est conçue en réaction à la marée pavillonnaire des années 30 et à la politique des grands ensembles de la reconstruction. Un document présentant les premières aspirations des aménageurs use du plan masse d’un quartier mêlant vraisemblablement tours et barres. La légende est sans appel : 'De la grecque à la croix gammée'.

D’aucuns espèrent donc, en réaction, une «ville nouvelle personnalisée» qui est donc lancée. Cergy-Pontoise se veut autonome en plus d’être indépendante de la capitale. En tout et pour tout, 400.000 habitants sont, à terme, attendus avant que cette ambition ne soit revue de moitié sous les années Giscard d'Estaing.

Au tout début, la ville nouvelle de Cumbernauld, en Ecosse, comme bien des new-towns britanniques, sert d’exemple. Paris-Match, dans son célèbre numéro sur l’avenir de la capitale, esquisse Cergy sur dalle. Sur les bords de l’Oise, tours et jardins dessinent le futur de la ville nouvelle.

L’époque est au rêve. Les uns imaginent reproduire le succès de La Défense, les autres conçoivent Bonheurville. Au final, Cergy-Pontoise sera un terrain d’expérimentations : première intercommunalité, par exemple.

03(@BruchetIAUIdF)_S.jpgLa ville est également un laboratoire pour aérotrains et voitures électriques de location. Les formes architecturales s’y développent au gré des modes. La préfecture porte en elle la confiance en l’avenir puis la ville, les yeux dans le rétroviseur, se tourne vers des formes plus traditionnelles. Au milieu des années 70, un premier concours est lancé évoquant la «maison de ville» puis un second sur «l’immeuble de ville».

A cette époque, les grands gestes prévus pour rivaliser avec le quartier d’affaires de l’ouest parisien sont abandonnés. En lieu et place, Ricardo Bofill érigera les Colonnes Saint-Christophe. Les questions de rue, d’îlot, d’alignement, d’ambiance villageoise et même de participation sont alors posées. De par son essor, Cergy-Pontoise devient un formidable cadavre exquis, une ville polymorphe juxtaposant zones pavillonnaires, ordre monumental et urbanisme de dalle.

04(@RBofillTallerdeArquitectura)_S.jpgA cela s’ajoute depuis quelques années le pastiche de Port Cergy et de Vauréal, dont le maire s’en était remis à la population pour choisir le parti architectural à adopter. 80% se sont prononcés en faveur de formes traditionnelles. Aujourd’hui, la ville se renouvelle sur elle-même. Des destructions ont même déjà eu lieu.

C’est avec brio que Lionel Engrand et Olivier Millot présentent avec force documents ces évolutions. Ils retracent ainsi une histoire politique dont l’architecture est l’une des expressions. En grand et en large, ils donnent à lire aux visiteurs un étonnant récit urbain.

Jean-Philippe Hugron

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