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Allemagne | Berlin 1960, architecture réunie ? (24-06-2015)

L’architecture de la table rase en Allemagne ? Quelle question ! Année zéro, Berlin est un tas de gravas. L’architecture radicale n’avait donc aucunement besoin de cette provocation préliminaire pour assoir ses projets. Ceci étant écrit, en 1960, quel discours adopter dans une ville divisée en deux ? Une exposition présentée à la Berlinische Galerie tente de retracer une décennie houleuse et débridée. Une initiative qui semble, pour beaucoup, ne pas aller assez loin.

Berlin

Le thème n’est pas nouveau. Depuis quelques années, il revient en force et la Biennale d’Architecture de Venise en 2014 lui a offert la plus belle scène : la modernité s’invite plus que jamais dans les débats.

A Berlin, la réhabilitation et la restructuration nécessaires d’équipements érigés après-guerre impliquent un regard critique vers une architecture radicale qui avait cours alors. Désormais, Neue Nationalgalerie (Mies van der Rohe) ou encore Archives du Bauhaus (Walter Gropius) sont en mire des politiques publiques de mise en valeur du patrimoine. D’importants travaux de modernisation sont donc engagés depuis peu.

02(@HeinzLieber)_S.jpgGabriela Walte, dans l'édition du 28 mai 2015 de Die Welt, perçoit d’autres signes marquant ce regain d’intérêt : la reconversion dans le quartier de Kreuzberg d’une église brutaliste - Sainte-Agnès - en galerie d’art ou encore l’attrait croissant qu’éveille Hansaviertel, un ensemble conçu par Walter Gropius.

«L’architecture des années 60 était bien plus qu’une utopie sociale ; construire était politique, l’acte relevait d’un combat entre deux systèmes : la guerre froide entre béton et métal», souligne la journaliste, laquelle rappelle alors succinctement l’histoire de la reconstruction de Berlin initiée par Hans Scharoun en 1946 «sur la désaffection du Berlin de pierre et de marbre de l’époque nazie».

Toutefois, les lignes à peine tracées se confrontent à la division de Berlin en blocs qui conduira progressivement à la division Est / Ouest. «Le concours 'Hauptstadt Berlin' (Berlin Capitale, ndt.) en 1955 était pour les planificateurs de la partie orientale une provocation totale dont la réponse sera en 1958 le 'concours d’idées pour la restructuration socialiste du centre de la République Démocratique"», indique-t-elle. D’un côté, autoroutes et voies express, de l’autre, tours et immeubles de grande hauteur.

03(@DieterUrbach)_S.jpgLes deux villes sont toutefois présentées de la même manière. «Nous ne faisons aucune différence», précise la commissaire au quotidien allemand. Après avoir détruit le Palais de la République et tenté de noyer la Tour de Télévision dans un ensemble de plusieurs gratte-ciel, Berlin serait donc enfin à l’heure de la «neutralité».

Ceci étant dit, ce parti faisant de la juxtaposition un mot d’ordre peine à séduire les critiques. Un autre article, cette fois-ci anonyme, daté du 8 juin 2015 dans le même quotidien, assure que ce choix amène l’exposition à sa perte. Aux yeux des Berlinois, la confrontation était bien réelle.

Que les formes de la ville de l’Est singe, tant bien que mal, les réalisations de l’ouest. Que «la marina de Chicago» ait été un modèle bien plus vigoureux que n’ait pu l’être l’architecture néo-paladienne de Moscou... soit. La portée politique de chaque projet va au-delà d’un choix plastique.

Alors, d’aucuns peuvent regretter - si l’on s’en réfère au quotidien allemand - une présentation simple motivée par la seule fascination d’une société contemporaine pour une culture «pop», enthousiaste et imaginative.

04(@DieterUrbach-BerlinischeGalerie)_B.jpg «De toute évidence, cette exposition relève davantage d’une jouissance culinaire que d’une analyse critique», indique Michael Mönninger, le 4 juin 2015 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Alors Ossis vs Wessis, Allemand de l’Est et de l’Ouest côte à côte ? Face à face !

Jean-Philippe Hugron

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