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Etats-Unis | Renzo Piano, un Whitney sans éclat  (24-06-2015)

Ah, ce fameux mythe de la beauté intérieure... Voilà une resucée signée Renzo Piano à New York pour le nouveau Whitney Museum, inauguré le 1er mai 2015. Depuis l’extérieur, il paraît au mieux «fonctionnel». Les plus sarcastiques verront toutefois dans l’architecture du maître italien une usine d’incinération, les plus sympathiques, un hôpital. La presse anglo-saxonne n’est donc pas tendre mais les critiques, une fois à l’intérieur, louent la nouvelle institution.

Bâtiments Publics | Culture | New York | Renzo Piano

«Ce nouveau musée n’est pas une pièce maîtresse mais une habile et sérieuse réussite, une contribution significative au paysage culturel de la ville. Contrairement à des projets signés de grands noms, celui-ci ne propose pas de formes bizarres. Il n’est pas de ces trophées dans lesquels tous les espaces d’un musée doivent obligatoirement rentrer», note Michael Kimmelman dans The New York Times en date du 19 avril 2015.

Le critique inscrit ce nouvel équipement culturel dans la lignée de l’ancien Whitney conçu par Marcel Breuer. Les atours opaques sinon brutalistes avaient été également décriés. Le parallèle ne s’arrête pas là. Tout était également, à la fin des années soixante, une histoire d’argent : «un cocktail d’immobilier, de mode et d’art», rappelle Michael Kimmelman. A ceci près que New York n’était pas une «Mecque glamour du tourisme».

02(@KJobst)_S.jpgAujourd’hui, contrairement aux bunkers que sont le Guggenheim et l’ancien Whitney, l’architecture de Renzo Piano se veut plus ouverte et urbaine. Le nouvel édifice parachève la High Line et multiplie les relations avec la ville. Michael Kimmelman ose même la comparaison avec Beaubourg.

Les colonnes de Vanity Fair partagent plus ou moins cet avis. Paul Goldberger y assure, dans un article publié le même jour, que si «le musée présente un extérieur poussif et maladroit, le visiteur l’oubliera une fois entré à l’intérieur».

03(@NicLehoux)_B.jpgLe nouveau musée reste malgré tout un «hybride un peu gauche» à 422 millions de dollars. 

«Alors, si j’aime ce Whitney ? Oui je l’aime. Beaucoup même. Essentiellement pour deux raisons. La première : son intérieur où il est plaisant d’être. Actif visuellement, fort architecturalement et excellent pour exposer des oeuvres d’art. La seconde : Piano a brillamment joué de l’ancien Whitney sans jamais copier un seul élément du projet de Breuer. Tout est dans l’évocation subtile et inventive. Une fois dans le nouveau Whitney, vous trouverez une multitude d’allusions à l’oeuvre de Breuer notamment à travers les ascenseurs, les escaliers, la grille des plafonds dans les galeries d’exposition. A aucun instant vous ne sentirez que Renzo Piano tentait une imitation. Pas même il ne cherche à souligner l’effet voulu. Tout semble être un hommage intime d’un architecte à un autre», note-t-il.

Au final, The Wall Street Journal juge que ce projet n’est peut-être fait que pour satisfaire des projections statistiques en termes de fréquentation et mettre en avant des artistes «wow». Certes. Ainsi va le monde.

Toutefois, Kelly Crow, dans l’édition du 9 avril 2015 du quotidien économique, souligne l’origine du projet qu’elle compare et oppose au spectacle de la Fondation Louis Vuitton à Paris.

Il y a presque dix ans, «Adam Weinberg, directeur, a demandé l’exact opposé», rappelle-t-elle. «Il ne voulait pas que le futur musée se réduise à une peau dont le seul but est d’impressionner. Un tel éclat serait en mesure de dissuader bien des artistes de prendre des risques».

04(@NicLehoux)_B.jpg«Sans cesse il nous était répété de ne pas rendre ce musée précieux», se rappelle Elisabetta Trezzani, architecte du célèbre «Building Workshop» dans les colonnes du Wall Street Journal.

De fait, le musée ne peut que surprendre depuis l’extérieur. Fallait-il pour autant qu’il paraisse disgracieux ?

Renzo Piano aura donc eu le mérite à New York de ne pas faire une architecture de l’image. Le lieu semble donc ne s’apprécier que par l’expérience qu’il procure. Une gageure, en 2015 ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

JLH | architecte | paris | 21-11-2015 à 16:27:00

Pour l'avoir visité récemment, je n'ai pu qu'admirer un travail particulièrement précis avec le contexte dans lequel il s'insère. C'est l'inverse de l'architecture objet. De toutes parts il dialogue avec la ville telle qu'elle est alentour, proche ou lointaine, tout en utilisant de nombreuses références locales. En cela c'est un bâtiment spécifiquement New-yorkais. Du très grand Piano.

stefber | architecte | paris | 26-06-2015 à 10:18:00

J'ai eu la chance de visiter ce musée et je partage les avis publiés : c'est un bâtiment humble et efficace où l'émotion est provoquée par un subtil mélange entre l'art et l'architecture. Ce n'est pas un objet posé au hasard que seule une architecture prétentieuse peut produire. Les liens avec la ville (vues, passerelles

à savoir | arch | IdF | 25-06-2015 à 10:42:00

422 000 000 € / 5000 m² = 80 000 € / m² !!!
hey mes collegues !
anyone can do 10x better museum for that kind of money !
rien spécial ici, rien à admirer...RIEN

erdnaxela | Architecte | aquitaine | 24-06-2015 à 22:37:00

Piano reste pour moi un architecte, un "vrai", je jugerai la whitney lorsque j'aurai la chance de pouvoir l'apréhender "de visu".Je reconnais qu'en général ses ouvrages sont bien étudiés et les carnets de détails pensés, et la réalisation soignée et conformes, ce qui n'est pas le cas de quelques grands noms.Et puis l'architecture se juge dans le temps...Ras le bol des images... on finira par se croire revenu à l'époque des "rendu".
L'article reconnait du reste bien toutes les qualités et le savoir faire de R.Piano

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