tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Royaume-Uni | Vanité et gros sous, le pont de Heatherwick ne passera pas (24-06-2015)

Médias complaisants, plan d’urbanisme sur mesure, esthétique controversée, le pont-jardin imaginé à Londres par Thomas Heatherwick est en passe d’être annulé. Au-delà des questions stylistiques et du message douteux porté par une initiative initialement privée, l’affaire promet sous peu d’adopter un tour politique et judiciaire.

Transport et ouvrages d'art | Londres | Thomas Heatherwick

Réinventer Londres. C’est le programme qui semble mis en oeuvre par les pouvoirs publics britanniques depuis plus de dix ans. La ville, plutôt que de se conformer aux modes, les a initiées.

Quand Paris peine à se penser à la verticale, Londres engage plusieurs dizaines de projets. Idem pour ses ponts. La capitale française avait lancé un concours d’idées pour deux structures habitées en 2014. Depuis, c’est lettre morte pour concept éculé. Pendant ce temps, Londres promet la construction d’un 'garden bridge'.

175 millions de livres doivent être engloutis dans la construction d’un ouvrage d’art conçu par Thomas Heatherwick, concepteur, entre autres, du remarqué Pavillon du Royaume-Uni à l’exposition universelle de Shanghai en 2010 et de la flamme olympique des Jeux de Londres en 2012.

Le pont, une fois présenté au public, a été ces derniers mois une occasion formidable pour Boris Johnson, maire de la ville, de voir la capitale britannique sous les feux de la rampe. Le projet avait suscité une vague d’enthousiasme en regard d’une proposition inédite : un jardin au-dessus de la Tamise.

Toutefois, depuis quelques semaines, le débat est lancé et le grand dessein pourrait ne jamais voir le jour. En cause, son financement. Initialement prévu pour être entièrement privé, une enveloppe de 30 millions de livres est promise par la mairie ainsi que 30 autres millions par la chancellerie.

02(@ThomasHeatherwick).jpgThe Observer se fait régulièrement l’écho des opposants. Un article daté du 30 mai 2015 rapporte notamment les propos de Sir John Tusa, ancien directeur du centre d’art Barbican : «[cet ouvrage] n’est qu’un colossal monument vaniteux à la gloire de Lumley [commanditaire, ndlr.], Johnson [maire de Londres, ndlr.] et Osborne [chancelier, ndlr.]. [...] Qui le souhaite ? Qui paye pour son fonctionnement ? Tout cela n’est qu’un mauvais usage du pouvoir et de l’opinion», dit-il.

Le quotidien rapporte également l’avis de Will Self, écrivain, pour qui ce projet est ordurier. «Trop d’espaces publics [à Londres] sont démantelés et privatisés», assure-t-il.

Grayson Perry, artiste, dénonce, quant à lui, «un mauvais emplacement». Le réalisateur Jonathan Meades espère, de son côté, que l’une des piles du pont puisse accueillir la tombe de Boris Johnson ajoutant, de surcroît, que Thomas Heatherwick est «une sorte de simple graphiste». «Nous avons bien de brillants architectes. Il est la mauvaise personne ; un gars sympa mais pas un architecte».

Pour Iain Sinclair, auteur, la Tamise devient un délicieux Vauxhall, un parc d’attractions. D’un côté la Grande Roue, de l’autre le téléphérique Emirates Airlines qui ne transporte d’une rive à l’autre que quelques personnes à la fois et bientôt, pour compléter ce panorama ludique, un pont-jardin !

Will Hurst, éditeur d’Architects Journal rappelle aussi combien la profession se montre critique à l’égard d’un projet pour lequel les règles d’urbanisme ont été faites sur mesure.

Même Zaha Hadid - pourtant victime d’une fronde à l’encontre de son stade olympique à Tokyo - voit ce pont comme un «risque» mais «un risque à prendre». Ouf ! 

L’affaire s’engage alors au-delà des appréciations stylistiques et pourrait prendre une tournure plus judiciaire. Clap de fin ?

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016

elzinc

Portrait |Rifat Chadirji, architecte en noir et blanc

Bagdad, aussi inconnue que méconnue. Des années de conflits armés ont détourné architectes, historiens et photographes d'une capitale moderne dont Rifat Chadirji en fut l'un des plus éminents acteurs....[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Poy Gum Lee, des gratte-pagodes de New York à Shanghai

Tuiles vernissées sur gratte-ciel Art déco… un bien étrange syncrétisme visible, entre autres, à Shanghai. Mais quelle ville n’a pas eu la tentation d’adopter la modernité et de la...[Lire la suite]


elzinc novembre

Portrait |Pour ne plus avoir d'a priori, schneider+schumacher

L'architecture allemande est particulièrement méconnue depuis «l'autre côté du Rhin». Elle se résume bien souvent à l'austère image d'une rigueur ascétique, à un art...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Porro-de la Noue, à la poursuite du conte

L’histoire continue. Un univers de vitraux, d’oiseaux, d’ogives, de seins et de tétons. L’exubérance n’a d’égal que la dignité qu’offre l’architecture à ses usagers....[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Avec Michel Rémon, faire le mur !

Faire, agir, contempler… quelques mots d'ordre pour Michel Rémon. Toutefois l'architecture n'est pas le centre du tout. L'usager, l'habitant, le patient, le lecteur, le sportif… tous ces individus qui peuplent chaque construction...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |La maquette sans Chichi ? Impensable!

Chichi. Antonio Chichi. Prononcez Kiki. Italien. Plus exactement Romain. Né dans le quartier de San Lorenzo, de parents pauvres. Rien ne le prédestinait à la célébrité si ce n'est son talent. Son oeuvre est...[Lire la suite]