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Visite | Brigitte Métra a vu rouge (02-09-2015)

«Je revenais du Sri Lanka». Au petit zinc du troquet voisin, Brigitte Métra raconte avec enthousiasme aux journalistes présents quelques souvenirs de vacances. Ce voyage empli de couleurs avait laissé notamment quelques traces et les mornes rues parisiennes, au retour, n’en étaient que plus grises. Alors, Brigitte Métra, pour ses premiers projets au cœur de la capitale avait imaginé de pétaradantes façades. Il y eu, en 2011, une résidence pour étudiants dans le XI arrondissement. Aujourd’hui, l’îlot Paris-Pyrénées.

RATP | Architecture industrielle | Bureaux | 75020 | Brigitte Métra

Les premières perspectives de cet ensemble avaient enchanté, il y a dix ans, une partie de la scène architecturale. Les atours rouges et courbes de cette vaste opération présageaient un vent d’optimisme sur une ville passablement sclérosée. Il aura fallu néanmoins près d’une décennie pour que le projet devienne réalité. En cause, la complexité technique inhérente au programme et les réglementations changeantes.

Rue des Pyrénées, Brigitte Métra a ainsi donné corps à un ensemble mêlant pour la première fois un centre de bus, des bureaux, une crèche et un collège sur près de 80.000 m². La superposition des fonctions était alors inédite. Jamais un tel équipement n’avait été organisé en sous-sol et surmonté d’une opération de bureaux en blanc.

La RATP, dans sa politique audacieuse visant à plus de qualité architecturale, avait choisi au détour des années 2000 plusieurs projets acidulés voire un brin provocateurs. Dans cette logique, les façades rougeoyantes imaginées par Brigitte Métra avaient autant séduit que le parti urbain du projet.

En effet, en sus de mêler cols bleus et cols blancs, comptait également le défi d’occuper une parcelle importante du XXe arrondissement. Le parti adopté propose alors  d’occuper les pourtours du site. Afin de segmenter un front bâti imposant, des failles au droit des rues perpendiculaires ont été créées. Le tout s’harmonise ainsi tant par son découpage, que par sa colorimétrie, avec les volumes des HBM voisins. «Il s’agissait de donner une échelle juste», répète à l’envi Brigitte Métra.

02(@PhilippeRuault)_B.jpgLa difficulté restait de mêler un ensemble tertiaire à un garage et d’offrir, à la ville, «une pièce urbaine et industrielle». «Nous avons fait le projet d’un socle sur lequel nous avons positionné un jardin et nous avons déroulé autour bureaux et équipements», résume l’architecte.

D’aucuns, au débouché de la rue des Pyrénées, découvrent le vaste hall, ouverture béante sur l’artère passante. L’escalier monumental et les gradins végétalisés laissent deviner la présence, à cet endroit, du centre de bus, lequel se déploie ensuite sur deux niveaux en sous-sol. «Depuis la rue, nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg», prévient l’architecte. «Le site a été creusé sur près de 20 mètres de profondeur», poursuit-elle.

03(@MetraAssocies)_S.jpgAujourd’hui, Brigitte Métra, malgré ses talons, arpente avec délectation garages et aires de stationnement. «Les 190 bus seront à touche-touche», dit-elle. Rampes et hauteurs sous plafond, inusuelles, semblent pourtant démesurées ; tout est, ni plus ni moins, parfaitement calibré et ajusté.

L’architecte aime aussi rappeler la candeur des premières heures et surtout sa volonté de travailler étroitement avec les équipes de la RATP afin de mettre en œuvre ce programme complexe et inédit. Comment donc aurait-elle pu savoir ? Cette attitude, loin de tout dogmatisme, a vraisemblablement conquis le jury d’alors.

Il y avait également dans la balance l’image du projet. Ce dessin de façade, notamment, qui évoque «la vitesse et le mouvement»,  et ces couleurs, quant à elles, qui «expriment la stratification de la ville». En somme, ce choix se révélait être en cohérence avec les aspirations de la maîtrise d’ouvrage.

04(@PhilippeRuault)_S.jpgToutefois, résumer l’ensemble à la couleur rouge est-il possible ? Non ! Brigitte Métra tient à prouver que son projet n’est pas seulement rubicond. Ici, un peu plus loin, il devient blanc. Rue des Maraichers, les teintes or et champagne illuminent la rue. «Je voulais donner du peps», lance l’architecte. Le leitmotiv opère.

A l’intérieur de la parcelle, en opposition à la «dynamique» urbaine et son dégradé de couleurs, l’architecte propose deux jardins ainsi que des façades grises agrémentées de coursives plantées. L’opération ne présente ainsi ni avant, ni arrière. Les atmosphères sont diamétralement opposées et se complètent parfaitement.

Reste désormais à parachever l’ensemble avec le collège promis à l’origine. Brigitte Métra s’est, pour sa conception, associée à l’agence ARTEO. La livraison de l’équipement est promise en 2017.

Le temps long de l’opération n’a jamais, semble-t-il, découragé son architecte. Le projet, après tout, compte presque autant de mètres carrés qu’une tour à La Défense. Au final, l’îlot Paris-Pyrénées témoigne peut-être tardivement d’une époque : celle de l’optimisme et de la couleur. A jamais révolue ?

Jean-Philippe Hugron

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