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Visite | A Pontoise, Plan01 et le retour des gros mots ? (02-09-2015)

L’exposition Cergy-Pontoise présentée jusqu’au 20 septembre 2015 au Pavillon de l’Arsenal à Paris, livre une surprise de taille en une seule photographie accrochée à la toute fin de la visite. Y figure un ensemble de logements jouant des hauteurs et des aspérités. Ses architectes ?  Plan01. Une visite de presse organisée au début de l’été apporta quelques informations supplémentaires et la tentation des gros mots s’est alors faite plus grande.

Logement collectif | Cergy-Pontoise | Plan01

Etalée sur plusieurs rues, l’opération abrite des logements pour gendarmes. Etonnant ! De là ne vient aucunement l’envie d’expulser deux-trois grossièretés.

L’ensemble, disparate, mêle les hauteurs, les gabarits et les habillages. Chaque unité se montre mitoyenne de l’autre. Est-ce, enfin, la nique à l’îlot ouvert ? Plan01, pudiquement, s’en défend et préfère évoquer un «contrepoint de l’îlot classique envisagé». Le projet n’est donc pas, outre mesure, militant. Dommage.

Toutefois le mérite du collectif est d’avoir su créer ou recréer un brin d’urbanité, qui plus est en ville nouvelle, et d’offrir, enfin, quelques choses qui ne répondent pas aux standards éculés de la misérable collection de flacons.

02(@FDelangle)_S.jpgAlors…premier gros mot : «Nous nous sommes efforcés de retrouver une espèce de pittoresque contemporain», lance Jean Bocabeille, membre de Plan01. Pittoresque ? Voilà qui n’a pas fait partie du vocabulaire d’un architecte depuis au moins trois ou quatre décennies.

Le terme s’avère toutefois approprié. Toit à double pente et variation d’échelle – «du maxi-collectif R+8 à la maison individuelle R+1» – laissent, plus qu’un air fantaisiste, l’illusion d’une légère spontanéité. Certes, une spontanéité programmée et commandée mais une société organisée, déresponsabilisante, pourrait-elle faire autrement ? Du contrôle certes, mais en apparence, un vent de liberté !

«Le projet est une synthèse un peu bizarre entre un urbanisme de macro-lots faisant la part belle à la densité et une écriture architecturale que nous avons volontairement qualifié de ‘pittoresque contemporain’, un oxymore dont il a fallu faire bon usage pour convaincre tout un petit monde», précise Jean Bocabeille.

03(@FDelangle)_S.jpgLe projet n’avait, en fait, rien d’une évidence politique. Si la ZAC est commandée par la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, pilotée par Dominique Lefebvre, député PS du Val d’Oise et ex-maire de Cergy, l’opération se situe sur le territoire de Pontoise, dont le maire UMP, Philippe Houillon, était habilité à délivrer le permis … ou non. Au-delà des rivalités politiques, deux visions diamétralement opposées de la ville se font face. D’où peut-être cet habile oxymore…

De son côté, Philippe Croisier, associé d’Atelier du Pont et membre de plan01, insiste, quant à lui, sur «les deux contraintes du projet : le prix et les délais». Aux architectes de s’interroger donc sur la manière d’«apporter de la qualité et de la diversité architecturale à un ensemble immobilier de grande échelle dans un délai serré à un coût de construction de 1450 euros/m² SHAB parkings compris». Alors, comment ?

«Des terrasses collectives plutôt que des balcons individuels, des stationnements en sous-sol mais à l’air libre en cœur d’îlot et planté, une largeur de bâtiment correspondant à la trame structurelle du parking, un épannelage contrasté des hauteurs pour limiter le nombre d’ascenseurs et garantir 100% de logements traversants ou à double orientation», répondent les architectes du collectif.

04(@PLAN01).jpgEn tout, 360 logements du T2 au T6 sont répartis sur quatre îlots et 3507 m² de terrasses communes ont été créés soit 9,74 m² par unité. «Les cinq agences qui composent le collectif sont intervenus de concert mais distinctement sur des portions de bâtiments préalablement réparties entre-elles selon un schéma directeur. Chacune possède ainsi son caractère propre», indiquent les architectes.

L’ensemble offre alors «une diversité d’expressions architecturales qu’apporte généralement le temps dans l’édification d’une ville». Accélérer la chronologie et retrouver une forme passée ? D’aucuns pourraient penser qu’il s’agit là d’un héritage de la reconstruction d’après-guerre selon les modèles les plus historicisants. D’autres y verront, peut-être, un sursaut post-moderno… en somme, d’autres gros mots…

Jean-Philippe Hugron

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