Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Opinion | Contre la glorification de l'architecture de la charité (02-09-2015)

Oh ! Il l’a dit ! « Il » n’est autre qu’un architecte espagnol, fondateur du bureau Cadaval & Solà-Morales et professeur à l’école technique supérieure d’architecture de Barcelone : « il » est Eduardo Cadaval. Son texte, publié sur le site Portavoz, littéralement porte parole, prend vertement position contre le nouveau crédo misérabiliste.

Espagne

«Avec un star-system à son plus bas régime du fait des répercussions de la crise économique de 2008, la société a répondu avec de nouveaux personnages : des héros désintéressés qui veulent sauver le monde», écrit-il.

L’architecte se souvient alors d’un article publié il y a un an dans le supplément d’El País. Le journaliste y parlait d’une femme de l’art, Anupama Kundoo, étiquetée «architecte socialement responsable».

«Le problème de cette appellation (que l’on peut aussi remplacer par l’éculée durabilité) est qu’elle n’est pas seulement simpliste mais aussi dangereuse. Elle génère des attentes, notamment vis à vis de possibles emplois qui, dans bien des cas, n’existent pas et qui donneront naissance à bien des frustrations chez de jeunes étudiants à qui l’on a fait croire qu’ils pourraient sauver le monde. Dans un acte de bravoure, l’architecte se révèle être une petite pièce du puzzle ; toutefois il ne peut pas être comme un jardinier ou un conteur, voire même un professeur d’université ou un conducteur d’autobus qui permet, tous les jours, que des gens rentrent chez eux ou arrivent au travail. Il est certes bon d’être dans l’engrenage qui fait fonctionner la société mais il faut aussi être désormais autre chose : un héros, comme peut l’être un footballer», écrit-il.

L’architecte constate que, dans ce contexte, et, surtout, après la crise économique, nombreux sont les jeunes architectes à avoir trouvé une échappatoire «en aidant des populations dans le besoin et ce, à travers le monde».

«Il est toutefois également vrai que, dans bien d’autres cas, et selon une attitude extrêmement paternaliste, l’Amérique Latine et l’Afrique ont été inondées de jeunes architectes expulsés du marché du travail et toujours disposés à filer un coup de main…  mais à leur manière : ‘ pauvre petit sous-développé, je vais t’apprendre à faire des toilettes – que tu sais déjà faire – mais cette fois-ci, ce sera ‘cool’, je ferai quelques photos puis je vivrai de mes ateliers et de mes conférences pendant un bon moment’», ironise-t-il.

Eduardo Cadaval dénonce alors les «faux sauveurs» et la «mode pseudo salvatrice» de l’époque. Le problème n’est pas tant qui fait quoi mais davantage la «glorification de la personne». «Des figures émergent plus que de véritables efforts», souligne-t-il.

«Nous ne sommes pas des héros», reprend-il. «Je le répète : l’architecture fait partie d’une industrie qui génère des millions d’emplois et dont les bénéfices payent en partie les bibliothèques, les assistantes sociales qui travaillent dans les quartiers défavorisés. En ce sens, un architecte qui érige une salle de classe dans une favela de Rio de Janeiro ou de Caracas est aussi important qu’un architecte qui réalise un pont ou un immeuble qui permettra d’offrir peut-être un travail au père de cet enfant des favelas», conclut-il.

Alors quid d’ici quelques années de ces architectes du bambou et de la terre battue, produit exporté d’occident et bientôt totalement inaudibles ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

AFRITEKTUR | ARCHITECTE | DOUALA | 03-09-2015 à 17:03:00

Tout à fait d'accord avec cette analyse intéressante concernant l'Architecture de la charité.

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Chaix & Morel et Associés

L’année 2018 fut riche en livraisons de bâtiments et en émotions ! Voir sortir de terre des projets emblématiques comme la tour SKY 56, le Village de Roland-Garros ou l’immeuble Lände 3 à Vienne est...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'AAVP

Entre transparence et opacité, ornement et austérité, entre la violence du quotidien et la résistance de certains, l’amour dans tout ça se fraye encore un chemin. Les projets de l’année 2018 ne...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de DE-SO

Durant l'année 2018, ici et ailleurs, l'agence DE-SO  poursuit le développement de  projets urbains et d'architecture. De récentes livraisons lui ont valu d'exposer son travail en Angleterre, en Allemagne, en Italie,...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 d'aasb

2018 ? D'un côté, 11 logements sociaux et un local d’activités Rue de Meaux. De l'autre, un campus numérique et une résidence étudiante.[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Naud et Poux Architectes

2018, c’est trois livraisons significatives : 81 logements pour personnes âgées à Lyon, 37 logements en accession sociale à Gennevilliers et l’aménagement des espaces intérieurs du 55 Amsterdam....[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Mikan

Une année commencée avec quelques concours perdus, terminée par un concours gagné le 20 décembre. Entre les deux quelques projets chez nous au Japon, aux Philippines, une exposition en Australie et un jardin avec...[Lire la suite]