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Visite | Baukunst, d'une splendide ambiguïté (23-09-2015)

L’histoire est un brin absurde. Sous une pluie drue, elle est encore plus difficilement intelligible. Adrien Verschuere, architecte et associé fondateur de Baukunst, s’efforce pourtant d’être clair. Il serait question d’un parc public… inaccessible au public… Mais ce jour là, la porte était grande ouverte, pour quelques journalistes seulement.

Aménagement extérieur/Paysage | Béton | Bruxelles | Baukunst

Il y avait à l’origine du projet, en 2009, l’ambition de réaliser, non pas un jardin, mais un pavillon passif pour y abriter quelque association. Le terrain proposé était si étroit et tordu que la mission semblait la plus délicate.

Puis, l’argent vint à manquer. A Baukunst de présenter alors une alternative. «Nous avons cherché le moyen de travailler ce projet avec l’école voisine. Nous avons proposé de fabriquer un partenariat et de mutualiser un espace particulier, un ‘jardin’», explique l’architecte.

En Belgique, les programmes donnent souvent dans un flou descriptif qui permet d’imaginer d’autres dispositifs que celui vaguement esquissé sur une simple feuille A4. «La maîtrise d’ouvrage était, par ailleurs, ouverte ; elle a accepté le principe d’une négociation plus étendue», assure Adrien Verschuere.

De fait, la proposition d’un pavillon est rapidement abandonnée. Les locaux associatifs sont dès lors imaginés, dans l’école, en lieu et place d’anciens vestiaires. Restait alors l’aménagement de la parcelle en espace vert.

02(@MDelvaux).jpg «Notre idée était de concevoir un moment stabilisateur en cœur d’ilot. Ces lieux, d’habitude, ne sont pas destinés à la fréquentation de tout un chacun. Comment, dans ces conditions, créer un espace public dans un environnement hétérogène ?». Baukunst, fort de cette interrogation, a donné forme à une structure étonnante, loin des intentions premières de la maîtrise d’ouvrage.

«Nous voulions créer deux ambiances. L’une, ouverte, l’autre, couverte», avance Adrien Verschuere. Sur les premières esquisses, un vaste abri en acier, simple et radical. Au regard de l’actuelle construction, d’aucuns seraient à même d’y deviner de possibles accents miessiens ? «Absolument pas !», répond l’architecte.

Toutefois, la solution est jugée encore «trop chère». Voilà donc de nouvelles négociations qui s’ouvrent. «Et si c’était en béton ? Les premiers calculs réalisés sur un coin de table laissaient présager d’importantes économies», se souvient-il. Le choix était donc fait.

La structure se veut aujourd’hui, entre autre, un préau pour l’école. La visite se déroule à l’heure de la récréation et aucun enfant ne gambade protégés de la pluie. Et pour cause, le portail qui sépare l’abri de la cour est résolument fermé.

Au regard des pavés, au sol, et des gravillons noirs, l’endroit semble peu propice aux jeux d’enfants. Mais là n’est pas le problème. «Tout n’est qu’une histoire de clef», répond l’architecte. Sans doute, avec le trousseau, y-a-t-il une affaire de responsabilité. Dès lors, les portes sont résolument cadenassées.

03(@MDelvaux)_S.jpgC’est dans doute ici l’ironie de l’histoire. Baukunst voulait livrer un lieu ouvert dont le parti architectural exprime cet idéal. «Nous avons travaillé à partir d’un environnement clos. Nous ne voulions pas que les colonnes de la structure ferment l’espace mais, au contraire, l’ouvrent», affirme-t-il. Dont acte. Les imposants piliers de béton ne sont donc pas positionnés aux angles. Au milieu de chaque côté, ils interpellent également le flâneur sur la stabilité d’une structure.

Cette imposante canopée est par ailleurs percée. Par delà ces ouvertures, la cime de quelques arbres existant devait se développer. In fine, ils ont du être coupés et remplacés par d’autres plantations. S’il n’y a pas Mies, il y a peut-être du Sverre Fehn.

L’endroit est alors tristement inaccessible. L’association a été dissoute et la mairie ne sait que faire d’un parc dont elle ne peut assurer l’aménagement, pire, l’entretien.

L’école, de son côté, semble se détourner de cet espace. Sans usage, le «parc des quatre vents» n’est pas en vie. La faute, peut-être, à «l’ambiguité typologique», à cette liberté du programme : ni cour, ni patio, ni parc, ni jardin. Généreusement, tout à la fois.

«L’hortus conclusus», adapté «aux conditions métropolitaines», est ainsi tristement abandonné des pouvoirs publics. Le secret d’un cœur d’ilot ne vaut pas une façade spectaculaire. Aussi beau et fascinant soit-il, ce «parc de poche» n’est sans doute plus une priorité politique.

Jean-Philippe Hugron

  

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