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Actualité | Herzog et de Meuron, de l'architecture ? du papier peint ! (30-09-2015)

Encore une annonce, encore un musée, encore Herzog et de Meuron. Le new Vancouver Art Gallery vient d’être présenté au public. Signé du célèbre duo suisse, l’équipement culturel, haut de 70 mètres et revêtu de bois, séduit autant qu’il déplait. Contextuel pour les uns, inauthentique pour les autres. Alors, trait de génie ou papier peint décoratif ? A chacun de trancher son avis.

Culture | Bois | Canada | Herzog & de Meuron

Vancouver avait, peut-être, inscrit son nom sur la carte lors des Olympiades d’hiver qu’elle accueillit en 2010. La ville semble toutefois ne pas avoir encore livré, aux yeux du monde, un objet architectural surprenant, préférant vraisemblablement se contenter d’un linéaire de murs rideaux parmi les plus grands de la planète et un nombre édifiant de «condominiums» parfaitement anonymes. Pour parfaire cette discrétion, voilà un projet de musée signé d’un Pritzker. Clap clap. Vancouver comme tout le monde.

Sur les perspectives présentées et diffusées mardi dernier, un biduloïde cubo-cubique emprunte sa volumétrie à quelques références audacieuses dont le musée Perm de Valerio Olgiati. Il n’est rien ici du suisse émérite. Il en va plutôt de ses compatriotes Herzog et de Meuron.

L’emprunt est flagrant, peut-être pas assez pour que les édiles préfèrent l’original à la copie. Soit. L’un n’arbore aucun Pritzker. Les deux autres en font état. Le label rouge fait mouche. La presse locale et nationale applaudit le choix.

02(@HdeM)_S.jpg « ‘Quand, pour la dernière fois, avons-nous pu voir une construction en bois être érigée au centre de la ville ?’, s’interroge Wall, un artiste de renommée internationale qui est né, qui a grandi, qui a vécu, qui vit et travaille à Vancouver. ‘J’ai passé mon enfance et ma jeunesse à les voir disparaitre’, poursuit-il». Les propos sont rapportés par Kevin Griffin dans le Vancouver Sun. Certes, les villes changent et, au nom de la modernité, balayent aisément leur passé pour ensuite le regretter.

Le duo bâlois a donc su jouer de cette nostalgie et l’artiste, membre du jury lors du concours, n’y a pas été insensible. «Wall se souvient que le projet initial couvrait l’ensemble du site. Le parti était horizontal et non vertical comme celui présenté mardi. La ville ne voulait pas que la parcelle soit entièrement utilisée ; elle a donc rejeté la proposition faite et Herzog et de Meuron a conçu ce nouveau schéma», note le journaliste.

«Il aurait été particulièrement spectaculaire et radical d’apprécier ce vide d’autant plus dans un quartier où l’espace est cher. Beaucoup aurait apprécié de voir qu’un autre monde est possible que celui de la vente des droits aériens», assure Watt au quotidien local.

03(@HdeM)_S.jpgLes artistes interviewés se montrent tous, plus ou moins, «extatiques». Soit. Le son de cloche est différent pour The Globe and Mail. Pour Marsha Lederman, journaliste, le projet est reçu de façon plus nuancé.

Aussi, dans son article du 29 septembre 2015, elle rapporte les propos de Trevor Bobby, critique d’architecture «qui s’inquiète d’un projet jouant des stéréotypes» : «voilà un bâtiment qui sera bientôt connu comme le totem engoncé dans un fort de bois. […] J’espère que les architectes feront de leur mieux pour donner forme à quelque chose de moins larmoyant… Nous n’avons pas besoin d’une version inukshul [nom donné aux empilements de pierre des peuples inuit et yupik, ndlr] du Nid d’Oiseau», a-t-il déclaré au quotidien.

04(@HdeM)_S.jpgEnfin, le Globe and Mail conclut son article sur les mots circonspects de Michael Green, l’une des figures majeures de la scène architecturale de l’ouest canadien. Pour l’architecte, la proposition d’Herzog et de Meuron est «déconcertante» à bien des niveaux. La figure, si belle à l’image, serait contraire au bon sens ; Vancouver est en zone sismique. Qui plus est, les façades vont «terriblement» s’user. Le choix du bois, en plus de paraître «inauthentique», relève d’une «solution en papier peint».

Alors ce «look at me» de près de 29.000 m² et estimé à 233 millions d’euros, s’il flatte ses commanditaires autant que ses futurs occupants, semble ne pas séduire tout un chacun. Affaire à suivre.

Jean-Philippe Hugron

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