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Portrait | Poy Gum Lee, des gratte-pagodes de New York à Shanghai (07-10-2015)

Tuiles vernissées sur gratte-ciel Art déco… un bien étrange syncrétisme visible, entre autres, à Shanghai. Mais quelle ville n’a pas eu la tentation d’adopter la modernité et de la transformer pour se l’approprier. Les frères Perret imaginaient bien quelques fioritures Louis XVI au sommet de hautes tours au début du XXe siècle. Plus avant, au-delà d’esquisses et de rêveries idéalistes, Poy Gum Lee, en son temps, est passé à l’acte.

Patrimoine | New York | Poy Gum Lee

Depuis Shanghai, l’occident est accessible. De jeunes Chinois, dès la fin du XIXe siècle, partent et tentent leur chance. Tel est le cas des parents de Poy Gum Lee.

Né en 1900 à New York, le jeune garçon grandit et rêve d’une carrière d’artiste. Père et mère enjoignent l’enfant de s’orienter vers une activité bien plus concrète voire rémunératrice. Autrement dit, rassurante. Pratt, MIT et Columbia offrent à Poy Gum Lee de solides connaissances quant à l’art de bâtir. 

L’architecte fait ensuite ses classes chez Henry Murphy (1877-1954) qui, depuis ses bureaux de New York, construit à travers tout le pays mais aussi en Chine et au Japon où il privilégie le mélange des styles.

Diplôme en poche et expérience faite, la tête riche d’une foultitude d’images nouvelles, le retour en Chine peut s’annoncer.

A Shanghai, Poy Gum Lee suit la voie ouverte par son maître américain. Le «Chinese Deco» connait alors ses plus belles heures. Aux lignes géométriques se superposent quelques ornements traditionnels. 

02(@PoyGumLeeArchive)_S.jpgLa Young Men's Christian Association (YMCA) confie, en 1923, au jeune architecte ainsi qu’à Robert Fan, la réalisation de plusieurs projet en Chine. L’esthétique de l’Art déco s’enrichit de motifs issus des styles Ming et Qing. New York aux yeux d’Asie.

En 1927, l’agence de Poy Gum Lee est fondée. Fort de références construites dans les plus grandes villes du pays, il obtient la réalisation du prestigieux mausolée Sun Yat-sen à Nankin. Quelques mois plus tard, les commandes pour d’imposants immeubles dans le quartier de Huangpu, en marge du célèbre Bund, se multiplient.

Toutefois la carrière de Poy Gum Lee ne se limite pas à la Chine. Une rétrospective présentée à New York depuis le 24 septembre 2015 jusqu’au 31 janvier 2016 au Museum of Chinese in America expose les réalisations américaines de l’architecte. Le «Chinese Deco» s’exporte. Malgré lui, peut-être.

03(@PoyGumLeeArchive)_S.jpgLa Seconde guerre mondiale, la confiscation par les Japonais de sa maison au cœur de l’ancienne concession française, sa destitution et une période d’emprisonnement l’ont conduit au départ.

Avec lui, sa femme et ses trois filles. Tous ensembles, débarquent à New York avec, seulement, quelques effets personnels. Lui, les bras chargés de photos présentant ses réalisations. Très vite, il ne parlera plus jamais de la Chine.

Il devient alors architecte pour le New York City Housing Authority. Il poursuit en parallèle une activité en tant qu’indépendant. A mesure des années, Poy Gum Lee, comme il l’affirme, veut se mettre au service du peuple chinois. Aussi, il sera particulièrement présent à Chinatown.

04(@PoyGumLeeArchive)_S.jpgPour Kerri Culhane, commissaire de l’exposition, Poy Gum Lee porte «l’influence moderniste» dans le célèbre quartier new-yorkais. «La patte de Lee est visible dans les bâtiments publics de Chinatown érigés après 1945. Ils présentent tous des détails stylistiques chinois et font montre d’un usage de techniques et de matériaux modernes», note-t-elle.

Le doigt indiquerait volontiers le Chinese Consolidated Benevolent Association’s building, le monument de Kimlau Square en hommage aux victimes sino-américaines de la Seconde guerre mondiale ou encore l’immeuble de la On Leong Tong Merchant’s Association.

Cette rétrospective n’a été, en soi, permise que par la redécouverte des archives laissées par l’architecte et confiées par sa famille au musée. Le travail d’analyse est encore long, d’autres sources sont à identifier et le plus difficile tient au fait que jamais Poy Gum Lee ne signait ses papiers. Aujourd’hui seulement, l’architecte décédé en 1968 passe enfin du silence à la lumière.

Jean-Philippe Hugron

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