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Présentation | Couvrez cette architecture que je ne saurais voir (07-10-2015)

L’art urbain, le tag, le graff… trouvent leur aise dans des friches industrielles ou dans quelques interstices improbables. Il en allait d’une conquête du territoire. Depuis, la pratique s’est institutionnalisée et les supports se font plus nets… trop peut-être. Al’angoisse de l’artiste de devenir désormais celle du mur blanc. Le centre d’animation livré à Paris (XXe) en janvier 2015 par Aghis Pangalos et Anne Feldmann est dès lors «ni trop propre, ni trop sale». Il se veut un appel à la créativité.

Culture | Bâtiments Publics | 75020

«Ce projet était un défi. Il s’agissait non pas de créer un bâtiment qui parle de lui mais qui exprime les programmes dont il est fait. Nous ne sommes pas de ces architectes qui refusent la forme. Ici, elle est entièrement assumée et, sans être mise en retrait, elle expose le dialogue entre le centre et l’utilisateur», affirme Aghis Pangalos.

Certes, il en allait, avant tout, d’un cadavre exquis : un théâtre, une salle de danse, des studios de musique, des salles d’arts plastiques… et un espace extérieur pour graffeurs. «L’activité graffiti était déjà enseignée dans des centres d’animation à Paris mais jamais le tag n’avait été réellement mis en avant sur ce type d’équipement», note l’architecte.

02(@LucBoegly)_S.jpgLa parcelle d’angle offrait, de surcroît, une exposition peu commune sur la rue ; au projet de jouer de cette position pour exhiber toutes les formes de créativité qu’il doit, en théorie, protéger. Ainsi, les façades, en plus d’exposer à travers de larges baies vitrées l’activité du centre, laissent quelques murs libres à ceux qui veulent y apposer leur art.

«L’enjeu était de penser la future et inusuelle appropriation d’un bâtiment neuf par des artistes et leurs élèves. Nous avons alors travaillé des matériaux bruts – sans pour autant donner dans une perfection brutaliste – afin que chacun puisse se sentir à l’aise d’intervenir et de proposer une composition originale», poursuit-il.

03(@LucBoegly)_S.jpgAujourd’hui, le bâtiment se présente comme une superposition de strates. A l’entrée transparente succèdent les tags, tantôt abstraits, tantôt psychédéliques, de quelque artiste invité sur les murs des salles de musique puis, des salles d’art et, enfin, la coque quasi opaque de la salle de danse.

Toutefois, pour donner à l’ensemble toute sa cohérence, Aghis Pangalos et Anne Feldmann ont mis en œuvre une maille de métal. «Nous recherchions un moyen d’unifier la façade. Notre point de départ fut le garde corps de la terrasse. Nous étions en quête d’un dispositif efficace. Des panneaux en verre auraient été inappropriés. Nous voulions quelque chose de plus abstrait», se souvient l’homme de l’art.

La maille s’est dès lors très vite imposée dans la réflexion. Elle pouvait même habiller l’ensemble du projet car elle permettait, entre autres, de gérer différents degrés d’intimité et de penser ainsi «une double face».

Dès lors, les espaces dédiés à la danse, au dernier niveau, qui n’étaient pas proposés à la vue des passants et des voisins, sont désormais en partie vitrés. Les larges baies sont recouvertes de cette maille pour préserver les apprentis danseurs des regards curieux.

04(@LucBoegly)_S.jpgDepuis la rue, la vie semble mise en vitrine. Pour les habitués du quartier, les architectes ont même souhaité dessiner les contours de l’ancien répartiteur EDF présent, autrefois, sur le site. Voilà «le fantôme» d’un paysage révolu.

«Nous ne pouvions garder cette construction. Nous devions creuser deux niveaux de sous-sol et pour maintenir ne serait-ce que les façades nous aurions engendré d’importants surcoût dans le sous-œuvre. Par ailleurs, le bâtiment, bien qu’en pierre, n’avait pas grande valeur», note l’architecte.

Le volume joue alors de l’intégration notamment par ses lignes bâties. Restait une inconnue : le devenir de la parcelle voisine. Avant qu’elle ne soit de ces sites pour «Réinventer Paris», l’idée d’un jardin fut émise par la mairie. Aussi, le projet a été conçu de telle sorte que des ouvertures puissent être créées sur le nouvel espace vert. La densification de la ville et la stratégie politique en a décidé autrement ; il s’agira bientôt de construire, à cet endroit, de nouveaux logements. D’ici là, bien des artistes auront transmué la façade du centre d’animation montrant que la ville peut facilement se réinventer en permanence…    

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Louiza | Photographe | Paris | 08-10-2015 à 09:07:00

Beaucoup de murs blancs et tristes mériteraient d'être envahis par le street Art sans commettre d'infractions ... Effectivement je trouve aussi que cela s'est un peu trop officialisé aussi ...

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