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Portrait | Jorge Ayala, un architecte sans architecture ? (07-10-2015)

Jorge Ayala poursuit son activité loin des chantiers, loin même des plans d’exécution. L’horizon du professionnel s’est élargi et l’imaginaire peut aisément s’émanciper des contraintes matérielles, ou presque. Une exposition en marge des Puces de Saint-Ouen présentait, cet été, l’univers de l’artiste, du styliste, du designer…bref, de l’architecte.

France | Jorge Ayala

«Je ne rêve pas de construire une tour à La Défense», sourit Jorge Ayala. Assis sur un tabouret, habillé de noir, les jambes croisées, un brin poseur mais somme toute jovial, le jeune homme est entouré de ses réalisations. Quelques vêtements, quelques chaussures et des formes étranges – des «chimères», dit-il – aux allures organiques. Une collection de fantasques coquillages ? Un cabinet de curiosité ! L’architecte répond au regard curieux par une précision : «Je ne veux pas donner dans l’anecdotique».

Certes, Jorge Ayala reconnait aussi une part de naïveté. Sans elle, il ne n’aurait jamais franchi le pas. Aujourd’hui, le marché de la mode est, pour cet architecte formé en Angleterre, un territoire d’expérimentations. «Une chaussure relève de l’art de bâtir : c’est une structure et une matière», affirme-t-il.

Son modèle ? Rem Koolhaas…pardon Rem D. Koolhaas. Non pas ce fils de batave émérite, mais son neveu, celui-là même qui dessine soulier sur soulier comme autant de sculptures chaussables.

Pour certains, l’ambition prêterait au sourire, voire à la condescendance. «La France n’est pas prête», reconnait Jorge Ayala. Aussi, elle se fait un terrain de jeu idéal, une brousse à défricher avec patience. En tout cas, bien plus que le Mexique – sa terre natale – ou encore le Royaume-Uni d’ores et déjà gagnée par toutes formes de pratiques originales.

02(@JorgeAyala)_B.jpgLondres a été une ville formatrice. Sur les bancs de l’AA School, Jorge Ayala a reçu l’enseignement de Zaha Hadid. Les recherches sur les formes organiques en témoignent aujourd’hui. «Sans sa médiatisation, les outils digitaux ne seraient sans doute pas aussi bien acceptés», souligne-t-il.

Toutefois, «la spéculation» autour de la starchitecture ne séduit pas l’élève. «La technologie est peu fiable et le discours trop beau», reconnait-il. Diplôme en poche, direction Plasma Studio. «Je suis rapidement devenu chef de projet et suis allé, pour eux, en Chine».

L’expérience donne dans le pragmatisme de la commande et ne séduit guère. Au retour, au début de la crise économique, soit l’architecte se fait «serveur chez Starbucks» soit se lance seul pour envisager sa propre pratique.

«Je ne faisais alors aucun calcul. J’avais la seule envie de travailler le digital et de faire des choses de mes mains», dit-il. L’ouverture à d’autres disciplines amène alors à de nouvelles échelles. Très vite, celle du corps s’impose.

03(@JorgeAyala)_S.jpgEn lieu de fonder une agence, Jorge Ayala crée une «marque». «C’est la même idée que l’architecture. Il est question d’expérimentation et d’économie», soutient-il. Le bureau compte trois personnes, une partie média et un représentant pour les ventes.

Depuis lors, des costumes de spectacles, une collaboration pour les quarante ans de Franck Provost, du mobilier, un prototype de lampe… «j’ai dessiné des assiettes, des sets de table… je reste dans l’art de vivre ; pour que mon discours soit accessible, je dois penser des objets de tous les jours mais avant tout», dit-il.

«Je veux aussi penser l’agenda de mes projets !». L’assertion peut paraître, sous bien des jours, optimiste, peut-être même, présomptueuse : «c’est un travail de six années. Je veux voir si cette expérience apporte quelque chose au discours. Retourner dans une agence serait un peu prématuré d’autant plus que les contacts sont de plus en plus consistants», précise-t-il. Et l’art n’est il pas, après tout, spéculatif ?

Toutefois, beaucoup pourrait s’interroger sur la viabilité d’une telle entreprise. «Nombreux sont ceux qui pense, ici, que je m’amuse…», regrette-t-il. La démarche est pourtant sérieuse et elle pâtit même de quelques difficultés ;  «je n’ai pas la capacité de m’autofinancer», assure-t-il.   

04(@JorgeAyala)_S.jpgA l’architecte de regarder, songeur, ses «chimères» : «conçues à l’ordinateur et réalisées de manière artisanale», lance-t-il comme un slogan. «Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne suis pas un supporter des technologies. Elles ne se sont toujours pas démocratisées», souligne-t-il.

Alors, «réévaluer» ou encore «écraser» sont les mots que Jorge Alaya aime employer. «Je veux aller à la limite de la réalisation. C’est, après tout, l’histoire de l’architecture». De souliers en lampes, de robes en conques, bâtir reste le mot d’ordre. Et peu importe que le béton et le bois laissent place au latex et à la résine. 

Jean-Philippe Hugron

Réactions

redresseur de torts | architecte | idf | 07-10-2015 à 21:37:00

D'un fatuit et d'une vacuit sans fond.
Le financement d'une telle entreprise relev d'un caprice d'enfant gt

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