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Présentation | Diller Scofidio + Renfro, haute ligne et basse tension (14-10-2015)

«Les architectes de la High Line» ont érigé leur morceau de bravoure : un musée-mou. Biduloïde organique, «paramétrique», Zaha cubo-cubique. Ouf, Los Angeles l’a fait. Downtown peut espérer sa «revitalisation» ! Bref, la conquête de la ville par le privé se poursuit sous une façade dite «philanthropique».

Culture | Los Angeles | Diller Scofidio + Renfro

Eli Broad avait jusqu’à présent tartiné la banlieue de la Cité des Anges. Pavillons, villas, «mansions» et «condominiums»… bref, de quoi étaler. Toutefois, depuis quelques années, Downtown LA attire l’attention du «tycoon» ; pour beaucoup, l’homme d’affaires opère une repentance. Soit, pour les plus naïfs du moins.

Le spectacle est pourtant saisissant. Broadway devient une nouvelle adresse convoitée et les gratte-ciel Art-déco connaissent peu à peu un nouveau sort : cure de jouvence et restructuration en font des logements de luxe. Eli Broad peut donc bien regarder la métamorphose du centre-ville et même y participer.

Toutefois, que serait aujourd’hui un riche businessman sans sa collection de voitures, sa rolex – preuve de son succès – et son musée m’as-tu-vu ? Pas grand-chose. Koolhaas-Prada, Gerhy-Vuitton, archi-chiffon… Ici, Diller Scofidio + Renfro. Etonnement, des non-Pritzker. Toutefois, trois noms dans le vent.

02(@IBaan).jpgLe trio devait pour l’occasion se confronter à un voisin encombrant, un titan de titane, le Disney Concert Hall par l’architecte de LVMH. Pas de quoi renoncer à la gymnastique ni aux contorsions.

Dans un entretien paru dans LA Downtown News, le 15 septembre 2015, Liz Diller reconnait qu’il y avait là «comme un éléphant dans une chambre». «Nous l’avons rapidement mis dehors. […] Il n’y avait, pour nous, aucune compétition à mener. Nous voulions être un aimable voisin. Le Concert Hall est si exhubérant que nous voulions être plus simple, voire plus humble», dit-elle. 

Aussi, dans un jeu de contrastes, à l’éclatante architecture de Frank Gehry, Diller Scofidio + Renfro répond par un bâtiment qui absorbe la lumière.

Le projet se résume par la formule consacrée : «un voile posé sur un vide». Un «énigmatique oculus lui donne des airs de créature corallienne cyclopéenne. Voilà un bâtiment qui appellent très certainement toutes les métaphores : elle a été affectueusement comparée à tout et n’importe quoi du matelas à des tripes», note Oliver Wainwright dans le Guardian.   

A l’intérieur, les espaces sont «soigneusement chorégraphiés», selon le critique, «avec un sens du spectacle». De fait, le musée Broad est «very LA».

Pour autant, l’édifice ne se veut pas une machine à voir la ville. Liz Diller préfère que les visiteurs sentent seulement la présence de l’extérieur, les différences de lumière et perçoivent la venue d’un nuage au dessus des gratte-ciel du centre-ville.

03(@IBaan)_B.jpgCe qui différencie le «Broad» des autres musées ? «Il n’y a rien ici d’encyclopédique», répond l’architecte au quotidien local. Le concept même du bâtiment repose sur un mélange des genres : «Nous avons décidé d’utiliser les espaces de stockage et d’en faire une stratégie d’organisation. Notre idée était de positionner une galerie en-dessous et au-dessus de ce ‘vide’ qui est au centre et qui est exprimé comme un élément flottant connecté aux cinq façades du ‘voile’. Dès lors que vous franchissez le voile pour entrer à l’intérieur, vous êtes sous le vide qui se montre particulièrement solide et cryptique. Vous êtes alors dans l’incompréhension».

Christopher Hawthorne assure que «l’édifice est de loin bien plus rationnel et contraint qu’il ne le paraissait à l’origine». Le critique du Los Angeles Times indique que la limite de hauteur imposée et le souhait d’Eli Broad d’avoir un important espace libre au dernier étage, un parking en sous-sol et des archives au milieu, ne laissait d’espace que pour une «boîte». De quoi rester circonspect.

04(@JDuranWarrenAir)_S.jpgA la question si une galerie à 140 millions de dollars (122 millions d'euros) peut revitaliser Downtown, le correspondant du Guardian, Rory Caroll, se montre dubitatif. «Les touristes et les gens du coin pourront ajouter le couloir aux allures de grotte et les espaces d’exposition ensoleillés du Broad dans leur itinéraire culturel ; toutefois l’architecture a laissé bien des critiques sur leur faim. Il est encore difficile de savoir si le musée peut revitaliser un part prestigieuse mais sans vie du downtown», note-t-il.

Avant d’attendre la grandiose et monumentale transformation d’un centre-ville, Eli Broad pourra exposer ses Jeff Koons et autres gadgets contemporains et, comme tout bon milliardaire, espérer une juteuse valorisation et de belles plus-values. Bref… Very LA.

Jean-Philippe Hugron

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