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Visite | Shops aux docks, 5+1AA à Marseille (14-10-2015)

Il faut sans doute garder à l’esprit que les nouveaux Docks de Marseille sont avant tout un projet commercial. Première réalisation de l’agence italienne 5+1AA en France, elle se veut une vitrine pour ses architectes et un hommage à la Méditerranée de par ses couleurs et ses ornements. Cette galerie marchande, toutefois, bien loin de son décor festif, interroge sur l’opportunité d’un énième centre commercial dans la cité phocéenne.

Commerces et hôtels | Marseille | 5+1AA Alfonso Femia Gianluca Peluffo

Le paysage de Marseille se métamorphose. L’avenue de la République révélait déjà, il y a quelques années, une transformation étonnante. L’artère, aux mains de promoteurs, est devenue un espace générique où flâneurs et chalands n’ont guère eu l’envie de se promener. L’échec cuisant laisse, le long de l’axe haussmannien, des boutiques sans affectation.

Les rues du centre-ville perdent aussi de leur animation. Combien de stores baissés, ici et là ? Rue Paradis, les trottoirs, depuis l’arrivée du tramway, semblent inanimés. Saint-Fé’ montre aussi quelques signes de fatigue. Et pour cause, les centres commerciaux se multiplient. La restructuration du Centre Bourse par Moatti-Rivière signait déjà, en centre-ville, le retour en puissance d’une destination commerciale. C’était sans compter les projets de la périphérie.

Dans cette géographie changeante, un nouveau complexe s’est formé à la Joliette. Les Terrasses du port, les Arcades de la Major et les Docks forment une imposante triade en limite de darse.

02(@LBoegly)_B.jpgPremier en date, les Terrasses du port présentent une architecture clinquante, sans finesse, néo-Art-déco… ou presque. Les intérieurs sont dignes d’un centre commercial des années 80. Sombres, ils peinent à séduire la clientèle. Les allées se font vides quand les espaces extérieurs, face aux navires, font le plein.

De l’autre côté de la rue, les Docks de Marseille. Réhabilités dans les années 90 par Eric Castaldi, ils abritent un ensemble tertiaire sobre et élégant. Les aménagements du rez-de-chaussée permettaient alors de traverser de part en part cet imposant bâtiment industriel ponctué de quatre cours.

Constructa et JP Morgan, en rachetant les espaces du rez-de-chaussée et les sous-sols, ont décidé d’y réaliser un projet commercial. La nouvelle adresse, restructurée par l’agence italienne 5+1AA, est depuis peu ouverte aux Marseillais.

Certes, il en va d’une galerie marchande plus que d’un véritable centre. Toutefois, il est bel et bien question de commerces. 5+1AA a réalisé un travail tantôt sobre et délicat, tantôt chamarré et aguicheur.

03(@LBoegly).jpgL’appréciation se fait alors difficile tant le projet se trouve à l’intersection de problématiques plus larges, de l’architecture publicitaire à la géographie économique. Dans ce contexte, la maîtrise d’ouvrage ne fait qu’exécuter une commande commerciale. D’ailleurs, rares sont celles à l’obtenir, la coque une fois conçue, laissant quelques agences spécialisées se partager un secteur pour l’inonder de codes répétitifs et convenus. Au mérite donc de la maîtrise d’ouvrage de ne pas avoir cédé aux sirènes marchandes et à l’honneur des architectes de ne pas avoir suivi les modèles éculés.

Le résultat reste globalement voyant sinon festif. Vendeur, assurément. Ceci étant dit, par touche, 5+1AA a su créer de judicieux dispositifs architecturaux permettant, notamment, des transparences au sein d’un édifice particulièrement massif. En lieu d’une seule circulation transversale, l’agence a pu multiplier les accès perpendiculaires.

Les boutiques ne sont jamais opaques – contrairement à bien des centres commerciaux - , elles assurent même aux visiteurs des vues à travers l’ensemble des Docks. L’axe central, large, propose ainsi des perspectives vers les deux rues parallèles.

L’aménagement des cours reste le point d’orgue de la visite. L’espace privé se réclame public. A voir. Le décor se veut alors spectaculaire et la consommation est ainsi mise en scène.

04(@LBoegly).jpg5+1AA a vu ici, au cœur de son premier projet français, l’opportunité de montrer un savoir faire. Du moins, de la patience et de «l’engagement», selon le mot d’Alfonso Femia, fondateur du bureau génois.

«Quand nous apportons de la céramique, l’entreprise nous ramène du plastique. Un projet doit être fait à partir de matières véritables. Si nous n’avions pas maîtrisé le sujet, nous aurions peut-être cédé, mais nous avions bien étudié le dossier avant d’avancer notre proposition. Si jamais l’entreprise avait refusé de nous suivre alors, nous aurions retiré notre signature du projet. L’architecte est responsable du dialogue», assure-t-il.

Alfonso Femia, conscient des enjeux économiques, refuse le conflit. Ce n’est que parce qu’il a «travaillé sur des projets à moins de 1000 euros le m², qu’[il] travaille la matière» : «nous connaissons ainsi les prix», défend-il. Difficile donc de piéger le maître d’œuvre.

Aux chalands d’apprécier désormais le lieu, de se bousculer aux autres et de se frotter au nouveau Marseille…

Jean-Philippe Hugron

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