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Opinion | 'Résistances' par Tarik Oualalou (1/2) (21-10-2015)

Après avoir été commissaire du premier pavillon marocain à la Biennale d’Architecture de Venise en 2014, Tarik Oualalou livre son expertise du contexte marocain dans l’ouvrage ‘Resistances Résignations – Architecture au Maroc 2004-2014’ et tente, par la même occasion, d’expliquer l’état actuel de la pratique architecturale. Extrait.

Maroc | Oualalou+Choi

Au Maroc, la seule véritable tradition est la modernité. L’héritage architectural au Maroc est celui de la recherche, de l’invention et de la radicalité. Laboratoire de l’architecture et de l’urbanisme du XXème siècle, le territoire marocain a toujours été également une grande terre d’accueil, qui a permis de croiser, d’hybrider, de détourner et enfin de métaboliser l’ensemble des grandes influences qui ont traversé l’histoire de l’architecture mondiale. Si tout ceci est vrai, comment pouvons-nous expliquer l’état actuel de la pratique de l’architecture ?

PROJET MODERNE. Le Maroc se distingue rapidement des autres théâtres coloniaux par l’abandon des modèles architecturaux et urbains de la «métropole», au profit d’une volonté d’inventer des typologies urbaines et architecturales nouvelles. Ce désir d’ancrage est né autant de la fascination pour la tradition architecturale existante que d’un sentiment puissant et collectif de participer à une grande et nouvelle aventure, dont l’invention de Casablanca est un merveilleux témoignage. C’est ainsi que démarre une grande période ou le projet moderne hygiéniste et civilisateur se confond avec le projet colonial. L’expérimentation n’est pas que tectonique, elle est aussi sociale et politique. Paradoxalement, le Maroc devient en pleine crise du mouvement moderne d’après-guerre, l’un des lieux de sa réinvention. C’est par cette acclimatation et par l’invention continue d’une nouvelle architecture marocaine que la modernité a été donc métabolisée.

02(@KentMacElwee)_B.jpgMosquée Hassan II POST-MODERNISME AUTOCRATIQUE. Avec le processus de la marocanisation débuté en 1973, commence un long et lent mouvement de fabrication d’une identité architecturale marocaine politique et fantasmée. Cette période, marquée par une série d’évènements (les coups d’état de 71-72, la Marche verte en 1975, les émeutes de Casablanca de 81, le discours de feu SM Hassan II au collège des architectes etc.), a imprimé à la scène architecturale marocaine un retour à l’ordre et à la prégnance de l’État. Cette instrumentalisation de l’architecture que l’on pourrait décrire comme une forme de post-modernisme autocratique culmine certainement avec la construction de la Grande Mosquée Hassan II de Casablanca. Ces «années de plomb» de l’architecture ont profondément marqué la profession et ce n’est que par le travail de résistance de certains et par le changement du sens de l’histoire, que nous avons réussi à sortir lentement de cette torpeur culturelle, dont il reste malheureusement encore des traces contemporaines.

03(@LucBoegly)_B.jpgMusée VolubilisOUVERTURE. À la fin des années 90, l’ouverture politique et économique a changé la nature de la pratique de l’architecture. On a alors assisté à l’émergence de nouvelles générations d’architectes qui ont été peut-être moins déterminés par l’histoire récente du pays et ont pu apporter un nouveau regard, avec les premières voix qui n’ont plus eu un tropisme exclusivement francophone. Par ailleurs, un très grand nombre d’agences étrangères de renom travaillent, construisent et même s’installent au Maroc. De nouveaux partenariats plus ou moins réels et plus ou moins équilibrés se forment, et parviennent à percoler une nouvelle culture du projet et exposer la scène à un débat architectural aujourd’hui mondialisé.

PROGRAMMES. Il y a quinze ans, la production architecturale était essentiellement issue de la commande publique et portait sur la réalisation de logements et d’équipements mineurs. Aujourd’hui la constitution d’une maîtrise d’ouvrage nouvelle et ambitieuse, mais aussi l’émergence de nouveaux programmes, infrastructurels (ports, aéroports, gares etc.), culturels (musées, théâtres etc.) et urbains (aménagements urbains, villes nouvelles), ouvrent la scène à de nouveaux enjeux.

04(@CRArchitectures)_B.jpgAéroport de MarrakechIDENTITÉS. À côté de ces tendances, la question identitaire qui jusqu’ici ne se définissait que dans son rapport à la modernité historique prend des formes nouvelles. D’un côté la fabrication d’une destination Maroc par une industrie touristique en plein essor tend à fabriquer une lecture générique, caricaturale et orientalisante de la tradition marocaine. De l’autre la redécouverte de régions jusqu’ici à la marge des grands développements économiques (le nord, l’oriental et les provinces du sud notamment), la nouvelle constitution et une compétition accrue entre les territoires, va au contraire à la recherche d’ancrages architecturaux plus précis et spécifiques même s’ils s’expriment encore de manière un peu littérale et naïve.

Tarik Oualalou

Le Courrier de l’Architecte proposera la semaine prochaine un second extrait de l’ouvrage ‘Resistances Résignations – architectures au Maroc 2004-2014’ publié par AAM Editions

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