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Présentation | Adam Yedid et la résonance de l'Histoire (28-10-2015)

Contrairement aux a priori, la rénovation pourrait donner un vent de liberté. Mieux encore, le patrimoine. Les volumes traités sont généralement inusuels en plus d'être inadaptés aux normes. A l’architecte donc de manier l’espace présenté parfois dans sa plus grande générosité. Adam Yedid s’est, en toute logique, enthousiasmé pour un contexte historique, celui du château de Fontainebleau.

Architecture intérieure | Fontainebleau | Adam Yedid

Le quartier Henri IV était plus ou moins à l’abandon. Sans usage depuis des années, une partie a été un temps promise à un équipement culturel. C’est finalement un pôle d’excellence dédié au tourisme qui s’y est installé. Encore fallait-il rendre conforme au programme de vastes espaces inconfortables au travail. L’intervention contemporaine, dans un cadre aussi imposant, relevait, aux dires de l’architecte, de la «question existentielle».

«Nous ne pouvions nous exprimer que de façon contemporaine», assure-t-il. Les espaces offerts avaient perdu tout leur décor. Autrefois, les officiers du roi logeaient dans cette partie du château. Les cuisines y trouvaient également place.

«Nous devions nous raccorder à l’histoire du lieu et de sa période de construction en vue de doter le projet d’une force plastique. Pour ce château, la question du décorum a, qui plus est, toujours été particulièrement importante», soutient Adam Yedid. La chambre de la duchesse d’Etampes, devenue le volume d’un grand escalier, illustre bien la place du décor intérieur dans le château.

02(@MDenance)_B.jpgTout est alors question d’équilibre entre «l’ajout contemporain» et la «présence du passé». Pour appuyer son argumentaire, l’architecte, habitué des citations littéraires, ne peut s’épargner une belle référence. Celle-ci se révéla totalement inattendue : Robert Venturi. Adam Yedid lui emprunte volontiers la «résonance de l’histoire».

Pour autant, à Fontainebleau, rien de postmoderne dans l’approche de l’architecte. Ni pastiche, ni simulacre. Adam Yedid s’entoure alors d’une architecte coloriste, Marie Devillers, qui a recherché les bonnes teintes à appliquer.

«Ce travail sur la couleur est très important. Des coloris signent des périodes de l’histoire autant que des fonctions», assure l’architecte. Parmi l’imagier qu’il convoque pour ce projet, Adam Yedid se plait à citer le boudoir de Marie Antoinette, or et argent. La référence ne sera utilisée que pour l’accueil, où l’on découvre les panneaux du plasticien Pierre Bonnefille. Le reste se veut en harmonie avec l’architecture Henri IV du bâtiment.

03(@DRousselot)_B.jpgLes poutres de l’époque Henri IV, dans le pavillon du Tibre, ont été finement observées. «Nous avons décelé des ocres rouges issus d’une palette ‘italienne’», prévient l’architecte. En lieu d’un élégant gris, Adam Yedid et ses collaborateurs ont proposé une teinte audacieuse, rougeoyante, en harmonie avec ces couleurs d’origine.

Le sol est aussi une référence au passé. Les carreaux flammés sont une évocation des tomettes anciennes. «Il fallait que nous parlions au reste du château, sans rupture ni continuité», répète-t-il à l’envi. Bref de la cohérence.

L’organisation de l’espace a, quant à elle, été largement déterminée par la distribution intérieure originelle. Il fallait toutefois créer des partitions supplémentaires. Pour parfaire le camaïeu, du poirier a été mis en œuvre.

04(@MDenance)_B.jpgLes enfilades, omniprésentes et caractéristiques, ont été mises en valeur. Pour illustrer son propos, Adam Yedid sort de sa bibliothèque quelques livres ‘Les Palais Italiens’ ou encore ‘La Villa Farnésine’. A mesure des pages, les longues perspectives s’y déroulent, chaque passage dûment encadré. Il en allait ici donc de la réinterprétation d’un archétype.

In fine, cette opération au sein même d’un monument historique amène Adam Yedid sur le chemin de son obsession : «contrecarrer tout ce que je fais». L’architecte avouera, malgré tout, rester seulement fidèle à une sa bonne habitude ; le bon mot était en effet emprunté à Robert Rauschenberg.

«Fontainebleau ne pouvait appeler qu’un regard neuf», conclut Adam Yedid. De François Ier à Napoléon, tous peuvent attester que l’architecte a tenté ici, le tout pour le tout, pour n’avoir aucun tic, ni même faire montre d’habitude. Au service de l’époque donc. De son époque.

Jean-Philippe Hugron

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