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Livre | Les envolées lyriques de Louis Henri Sullivan (19-11-2015)

L’architecte de «l’immeuble moderne de bureau», l’un des inventeurs du gratte-ciel, semble emprunt de rationalité. Ses écrits témoignent d’un autre imaginaire. Les éditions Allia propose pour le Courrier de l’Architecte, deux extraits inédits de l’ouvrage ‘Pour un art du gratte-ciel’, imposante compilation de textes, d’articles et de conférences du maître américain. Des écrits qui sont de nature à surprendre.

Tours et gratte-ciel | Etats-Unis | Louis Sullivan

Un style national sorti du trésor même de la nature

«Tout écrasé que soit l’architecte par les soucis et les responsabilités de sa vie quotidienne, il existe cependant en lui, au milieu de cette tourmente, une irrépressible aspiration  vers les idéaux. Ces délicates incitations devraient être à la fois protégées et entretenues, afin que, telles les plantes qui apparaissent dans leur floraison grâce à la douce persuasion du soleil et à partir de petites semences enterrées dans de plus grossiers éléments du sol, elles puissent aussi, grâce à la chaleur du sentiment humain, fleurir par moments au bord du chemin, produisant pour le cheminant voyageur de rafraîchissantes odeurs et la joie de la couleur.

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De la lune lorsqu’elle est pleine, les doux rayons descendent dans une pathétique caresse sur le monde ensommeillé ; pâlissant avec l’aube, ayant achevé sa tendre veille, elle se fond dans les infinies profondeurs quand le rougeoyant messager du jour en appelle fièrement aux travailleurs. C’est ainsi que l’âme sauvegarde ses idéaux jusqu’à ce que le saisissant éclat de la puissance les éveille à l’action.

La pensée idéale et l’action effective devraient composer la substance vitale de nos travaux de telle façon qu’ils vivent, avec et après nous, comme un témoin de notre aptitude et comme la mémoire du bien que nous avons fait. Alors, avec le flot du temps, quand la lourde charge d’une prometteuse verdure pourra fleurir dans les champs ondulants de la pensée, rendue féconde par la générosité de la nature et l’énergie de la race, un style national sera parvenu à pleine et parfaite maturité dans une douce spontanéité, sorti du trésor même de la nature»

p. 37, in Traits et tendances de l’architecture américaine

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L’architecture comme un arbre

«En toute franchise, je ne crois pas particulièrement en la subordination du détail, dans la mesure où le mot ‘subordination’ communique une idée de caste ou de rang, avec la suggestion implicite d’une plus grande force, opprimant une force moindre ; mais je crois en une différence entre détail et masse (l’idée de subordination se produisant incidemment et sans intention de contrôler), parce que ce mot symbolise selon moi une idée qui lui est très agréable, à savoir celle démonstrative et rythmique, dans un bâtiment, de croissance de l’impulsion ou de l’idée unique, qui devra pénétrer l’ensemble et chacun de ses détails avec le même esprit, jusqu’au point où, en vérité, il serait aussi difficile à déterminer (certes non en tant que raison arithmétique mais plutôt en tant que facteur de l’impression d’ensemble complexe chez le spectateur) ce qui importe le plus, ce qui en réalité subordonne le détail à l’ensemble, qu’il serait difficile de dire d’un arbre, selon l’impression qu’il produit sur nous, ‘si les feuilles ou le tronc nous importent plus’ – une question qui, je crois, n’a jamais été posée. Car, que je sache, personne n’a jamais demandé ce qu’est la bonne subordination des feuilles à l’ensemble d’un arbre. Ce que sont les bonnes proportions entre les feuilles, les branches et le tronc. Si les feuilles doivent être larges et cacher les branches comme dans le marronnier, ou si elles doivent être des petites choses frivoles dévoilant coquettement les branches. Si le tronc prévaut, comme dans le pin fier et mélancolique, ou si le tronc doit être court et robuste, comme le chêne, avec des branches noueuses et étendues, dépouillées et inflexibles face à la tempête. Il serait intéressant que quelqu’un ait la gentillesse d’inventer une formule précise de la croissance des arbres, afin que nous puissions déclarer sur le champ qu’un arbre qui croît différemment d’avec ce précepte, est tout à fait vulgaire et dénué de savoir faire. Pour ma part, je trouve charmantes leurs mille façons d’être, et fertiles en suggestions. Je leur permets gracieusement de pousser comme ils le souhaitent, et les observe avec une admiration sans limites. Car je sais qu’ils sont simplement des arbres ; qu’il n’y a pas de circonstance où ils soient mal à l’aise, ou qu’ils se cachent, ou qu’ils soient dyspepsiques à force d’introspection ; je leur fais donc confiance et les regarde avec un amour et une vénération constants».

pp. 62-63, in De la mesure de la subordination du détail à l’ensemble du projet.

(1) Pour un art du gratte-ciel; auteur : Louis Henri Sullivan (traduction : Christophe Guillouët) ; Editeur : Editions Allia ; 360 pages ; Prix : 20 euros.

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