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Visite | Bernard Ropa a raccroché la lune (02-12-2015)

«Un cinéma en coque froide». Bernard Ropa, avec cette expression, aiguise la curiosité. Et pour cause, l’équipement que l’architecte vient de livrer à Montreuil s’inscrit dans un volume construit par Dietmar Feichtinger en marge du centre commercial dont il est également l’auteur. Le nouveau Méliès propose désormais, dans un décor chaleureux, six nouvelles salles qui viennent parachever un ensemble culturel déjà marqué par la présence, en face, du sculptural théâtre imaginé par Dominique Coulon.

Culture | Bois | Montreuil | Ropa Architecture

Des années durant, ceux qui se rendaient à un concert ou encore allaient faire quelques courses, passaient devant une présence fantomatique. De hautes façades de polycarbonate ne laissaient rien présager de ce qui pouvait, par delà, s’y passer. Il n’y avait, en fait, de mystère qu’un vide sans fonction.

La municipalité a finalement décidé de se saisir du dossier en rachetant le site pour y développer le plus grand cinéma public d’Europe. D’Europe continentale ? D’Europe hors Russie ? D’Europe européiste ? Peu importe le record publicitaire. L’équipement est désormais ouvert au public et se révèle des plus exemplaires.

02(@LucBoegly).jpgDepuis la sortie du métro, le Méliès est immanquable. Alors que la nuit est prématurément tombée et que la température a brutalement chuté, l’univers chaleureux du cinéma se montre des plus réconfortants. Un vaste hall dominé d’une lune accueille le visiteur. Le satellite se retrouve enchâssé par une structure en bois orthonormée, démultipliée par un savant jeu de miroirs qui dessine, dans une exploration de l’infini, un univers à la Escher.

03(@LucBoegly).jpgLe lieu propose café et bibliothèque associative sans contrepartie d’un billet. D’un cinéma, la ville a donc fait un espace public ouvert à tous. Fort de cette volonté, la commande n’en était que plus claire. Bernard Ropa assure alors que son parti architectural est, avant tout, une réponse aux multiplexes commerciaux et fonctionnels aux atours généralement froids et métalliques. Bref, d’un bon usage du bois pour créer la surprise.   

04(@LucBoegly)_B.jpgL’enjeu du projet était, en outre, de dégager une vaste «nef» ainsi que des «espaces offerts». En d’autres termes, il en allait de la plus grande générosité pour cet équipement public. Aussi, toutes les salles ont été positionnées au dessus du centre commercial et en dessous de «l’usine» aéraulique de l’ensemble. L’exercice ne fut pas sans difficulté et Bernard Ropa n’a de cesse de complimenter Jean-Paul Lamoureux, l’acousticien du projet.

Ces grandes circulations et ces «lieux» sont une réponse à l’exigüité de l’ancien cinéma Méliès situé, naguère, dans les sous-sols d’un autre centre commercial, quelques mètres plus loin, à la Croix de Chavaux.

05(@LucBoegly)_B.jpgDe l’air et de l’espace semblaient donc être le désir de la maîtrise d’ouvrage. De l’air et de l’espace, Bernard Ropa en offre aux cinéphiles et aux curieux mais aussi pour suspendre une vaste lune ! Méliès oblige.

L’architecte y a vu l’opportunité d’un triple hommage. Les honneurs sont rendus au génial réalisateur, certes, mais aussi à Buckminster Füller… La lune est un dôme géodésique ! Combien pèse-t-elle, au juste ? 60 kg, répond l’homme de l’art. Le satellite est une structure gonflable dont la réalisation a été confiée à Hans Walter Müller. L’occasion était trop belle pour ne pas inviter cet «ingénieur-prestidigitateur» qui force l’admiration de Bernard Ropa.

Le Méliès met alors en scène le spectacle cinématographique en lui offrant un préambule lunaire mais aussi une joyeuse déambulation dans un enchevêtrement de poutres et de poteaux en bois. «Nous cherchions à travers cette ambiance à évoquer l’envers du décor», souligne Bernard Ropa.

Jeu d’illusion et d’allusion, le Méliès semble renouveler, à la perfection, une typologie.    

Jean-Philippe Hugron

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