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Présentation | Vallet de Martinis, un monolithe contre Alzheimer (02-12-2015)

Le programme est délicat. Le budget mince. Le calendrier capricieux. In fine, Vallet de Martinis a tout de même livré la nouvelle unité Alzheimer de l’EPHAD de Laguépie (82). Les questions de sécurité et de cheminements ont été au cœur de ce projet où l’architecture doit proposer un confort mais aussi répondre à un fonctionnement contingenté. 

Santé | Tarn-et-Garonne | Vallet de Martinis architectes

A l’origine, il s’agissait d’une petite intervention. Voilà qui permettait à l’agence fondée par Antoine Vallet et Nicolas Toury, fraichement constituée, d’envisager l’avenir un peu plus sereinement. C’était il y  a neuf ans déjà.

Puis, d’année en année, de discussions en débats, le programme s’est étoffé et les moyens alloués ont été plus importants. Le chantier a donc pris du retard et, depuis, l’agence a poursuivi, bon an mal an, son chemin, devenant, après le départ de l’un de ses fondateurs et l’arrivée d’un nouvel associé, Vallet de Martinis.

Il faut donc, dans cette histoire un brin tumultueuse, fouiller la mémoire pour se rappeler les prémices d’un projet. «Nous avons été initialement retenu pour notre plan», se souvient Antoine Vallet. «Nous avions proposé une organisation autour d’un patio. Il fallait un dispositif simple et efficace pour faire face à l’errance et à la déambulation des occupants», poursuit-il.

Et pour cause, l’extension de cette maison de retraite se devait d’accueillir des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. «Contrairement au programme qui appelait à la réalisation d’un jardin pédagogique, nous avons souhaité proposer la réalisation d’un espace extérieur assurant la plus grande protection», poursuit-il. Bref, un patio.

02(@CharlyBroyez)_B.jpgCette conception est issue d’un exercice de bon sens, certes, mais aussi de documentation. La compilation de références et d’articles sur le sujet a permis de comprendre les enjeux d’un projet. «Les spécialistes n’ont toutefois pas encore le recul nécessaire pour proposer des solutions idéales. La seule certitude dont nous disposions était l’obsession de ces malades à vouloir se déplacer. Il nous fallait donc proposer un parcours en boucle et de ne présenter ni obstacle, ni impasse», dit-il.

Le dispositif, ainsi résumé, peut paraître simple. Il répond toutefois parfaitement à des besoins primordiaux. Qui plus est, l’architecture peut bien avoir des vertus thérapeutiques, encore faut-il les accompagner de moyens financiers et humains.

03(@CharlyBroyez).jpgIn fine, cette organisation s’adapte parfaitement au manque de personnel. La surveillance est facilitée par le plan et le patio peut être offert en accès libre. Pour autant, Antoine Vallet tient à préciser qu’il ne s’agit pas là d’un lieu clos et replié sur lui-même. Chaque chambre s’ouvre largement sur le paysage alentour par l’intermédiaire de deux fenêtres toute hauteur ; «c’était, à nos yeux, le meilleur moyen de diffuser une luminosité homogène. Offrir un espace baigné de lumière est rassurant pour son occupant. La clarté est un élément de bien-être», dit-il.

Par ailleurs, une terrasse en surplomb est également offerte à tous. Depuis, le paysage s’offre  au regard de tout un chacun. Ce contexte bucolique appelait, d’ailleurs, une intervention discrète. Encore fallait-il s’harmoniser plus ou moins au style néo-provençal de l’EHPAD mitoyen.

«Nous avions initialement projeté de réaliser un simple volume  en enduit peint. Le premier budget proposé ne nous permettait pas d’autres solutions. Puis, à mesure des évolutions du programme, nous avons pu réfléchir à un revêtement plus noble», assure l’architecte.

Des villages en pierre tout proches, un ancien château fortifié non loin… «De ce contexte un matériau semblait trouver toute sa légitimité», sourit l’architecte. La pierre vient donc parfaire une extension…monolithique.

04(@CharlyBroyez)_B.jpgCe premier projet a offert, à l’agence, de nouvelles possibilités. Fort de cette réalisation, Vallet de Martinis travaille aujourd’hui, entre autres, à une maison médicalisée psychiatrique. «Ce programme pose encore d’autres problématiques. Il s’agit là d’offrir des espaces de vie confortables de 30 à 35 m². Cette structure accueille des patients parfois jeunes, ayant à peine franchi le cap de la majorité et dont le séjour peut durer des années», précise Antoine Vallet.

Entre Bordeaux et Paris, ses deux adresses, l’agence étend ainsi ses compétences à tout type de programme. Encore faut-il, pour cela, des maîtrises d’ouvrage assez engagées pour ouvrir leur projet à de jeunes agences. Voilà qui fut fait il y a neuf ans… et aujourd’hui ?

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Architectes
Vallet  de Martinis & Nicolas Toury SA

Architecte d’opération
Eric Morand

Surfaces
Construction unité alzheimer: 827 m² SU (chambre 20 m²)
Extension de la maison de retraite: 318 m² SU (SAM + cuisine)
Réhabilitation de la maison de retraite: 335 m² SU

Calendrier
Concours: juin 2007
Esquisse modifiée : sept 2009
APS: décembre 2009
APD: mars 2010
PC: juin 2010
PRO: octobre 2010
DCE: septembre 2011
Chantier: 2012 - 2014

Réactions

fbnlssrr | architecte | Montréal, Québec | 03-12-2015 à 00:40:00

Et le plan! On aimerait le voir, il est tant vanté!
Merci

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