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Présentation | Indien, universel et libre, le modernisme contemporain de Vir.Müller (02-12-2015)

Le travail de Vir.Müller est emprunt de modernisme. L’Inde, autant que le Brésil, semble offrir, sous les tropiques, un terreau fertile à la modernité architecturale laquelle se présente, dans son histoire, sans grande discontinuité. Ainsi, l’œuvre du duo installé à New Dehli peut aisément s’inspirer de formes existantes sans verser dans un style «néo» passablement inapproprié. Il en va davantage de la permanence d’une culture et Vir.Müller se réclame ouvertement «d’une esthétique atemporelle».  

Education | Inde | vir.mueller architects

Christine Müller et Pankaj Vir Gupta ont, certes, des parcours parallèles. Tous deux sont néanmoins diplômés d’universités américaines et font montre d’un intérêt particulier pour la modernité indienne.

Ils sont les auteurs d’une étude publiée en 2005 alors que leur agence n’avait que deux ans d’âge. Son objet n'était autre qu'un ashram du Pondichéry, un ermitage dont les dortoirs, baptisés Golconde, ont été conçus par Antonin Raymond. Le chantier fut, quant à lui, supervisé par George Nakashima qui travaillait à l’agence tokyoïte de Raymond et par François Sammer, un architecte tchèque ayant fait ses armes aux côtés de Le Corbusier, en Russie, avant de rejoindre l’équipe indienne. Bref, voilà un projet réalisé par d’émérites Modernes, en 1936, qui force l’intérêt et l’admiration du duo.

05(@VirMueller)_B.jpg«Etant donné notre engagement professionnel actuel à l’égard de la durabilité, il parait indispensable d’étudier des précédents historiques méconnus où la symbiose entre la conception, la construction et l’environnement est exemplaire. La force [de ce projet] repose dans des solutions radicales, y compris en regard des standards contemporains. En articulant, sans ambigüité, une position à partir de ressources minimales, la construction n’en est pas moins d’une esthétique unique», écrivent les deux architectes dans leur conclusion.

Le texte, dans sa globalité, dessine à grand trait l’idéal vers lequel tend Vir.Müller. Dans ce même écrit, le duo défend un «modernisme vernaculaire et progressiste» qui «résonne aussi bien dans un contexte local qu’international».

02(@AndreFanthome).jpgCette lecture faite, le dernier projet de l’agence, n’en est que plus compréhensible. Le nouvel Institut d’ingénierie et de technologie de l’université d’Ahmedabad se veut un «cloître atemporel et contemporain qui fixe une communauté d’étudiants et de chercheurs qui, pour la plupart, sont les premiers de leurs familles à atteindre un tel niveau d’enseignement».

Aussi pour retranscrire cette réussite intellectuelle, Vir.Müller a donné forme à un bâtiment particulièrement puissant selon une esthétique emprunte de modernisme. «La structure magnifie une séquence marquée par une colonnade laquelle offre des espaces conséquents pour être adaptés à l’évolution des programmes académiques», notent les deux associés.

03(@AndreFanthome)_S.jpgEscaliers, couloirs et circulations forment également un dispositif remarquable autour de la cour. Il s’agissait d’offrir des endroits agréables quand les températures peuvent atteindre plus de 45 degrés à l'extérieur.

«Notre architecture tient compte des conditions climatiques. Nous avons érigés des écrans de pierre rouge pour filtrer le soleil et créer un jeu d’ombres et de lumière dans les salles de classes», assurent-ils.

04(@AndreFanthome)_S.jpgPour conclure, les mots utilisés par Antonin Raymond pour décrire le Golconde à l’un des adeptes de l’ashram font sens, plus encore, cités, soixante-dix ans plus tard, par Christine Müller et Pankaj Vir Gupta : «dans l’architecture d’aujourd’hui, nous nous efforçons de revenir aux valeurs premières pour répondre directement aux besoins physiques et spirituels de l’homme sans être sujets aux préjugés des siècles passés qui nous ont restreint […]. Nous posons les fondations d’un nouveau type d’architecture fondé sur des principes et non sur des habitudes de l’esprit. Tout comme dans votre philosophie : viser le tout début pour que l’esprit soit libre, un esprit ouvert et le plus dénoué possible d’idées préconçues». En somme, une définition de la modernité dont l'actualité ne peut être remise en cause.

Jean-Philippe Hugron

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