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Présentation | Graux & Baeyens, pavillon bas? Jamais ! (10-12-2015)

Plis, contorsions, extrusions. Le parti adopté par l’agence belge Graux & Baeyens pour la réalisation d’une maison à Destelbergen, dans la banlieue de Gand, pourrait, à bien des égards, paraître formaliste. Il est avant tout né de contraintes précises voire d’une commande contradictoire... 

Logement individuel | Cuivre | Belgique

En fait d’un programme, Graux & Baeyens dut composer avec un oxymore. L’enjeu était d’offrir une maison unique dont les espaces se devaient d’être les plus indépendants possibles tout en faisant partie d’un seul et même ensemble. Pour parfaire le tout, le client ne voulait aucune fenêtres sur le toit. Bref, un casse-tête conceptuel.

Pour autant, le duo gantois a pris son client au mot. Les maquettes se sont succédé. Dessins et perspectives aussi. «Si l’on remonte aux tous premiers croquis, d’aucuns verraient sans doute l’embryon du projet. Notre façon de faire est assez organique», soutient Basile Graux. D’un darwinisme architectural est ainsi née une forme étrange adaptée au site et aux attentes du client, un projet sans préméditation.

Jusqu’alors, jamais les deux associés n’avaient poussé la logique aussi loin. Bien des projets avaient pourtant déjà adopté des atours originaux mais celui-ci, en plus, incarne une position différente.

02(@GrauxBaeyens).jpg«Cette maison est, en effet, particulièrement importante dans notre travail car elle montre combien nous jouons de plus en plus des références classiques. Il s’agissait pour nous, à travers ce projet, de donner un nouvel élan aux archétypes», assure l’architecte.

Cette évolution est somme toute récente. Basile Graux ne l’explique d’ailleurs pas vraiment. Sans doute faut-il y voir, peut-être, l’air du temps. «Nous n’aimons pas être influencés. Toutefois nous sommes contraints d’habiter notre monde», sourit-il. L’époque, qui abonde d’image, fournit des références à n’en plus pouvoir. Elles finissent tôt ou tard par s’imprimer dans la mémoire.

03(@GrauxBaeyens)_S.jpg «Jan De Vylder dont l’agence est aussi basée à Gand a beaucoup d’influence en Belgique. Son architecture fait la part belle aux matériaux bruts, sans finition. C’est désormais une école de pensée remarquée jusqu’en Angleterre. Nous ne pouvons pas passer outre cette forme de ‘minimalisme’ même si nous essayons de ne pas trop nous y intéresser», précise Basile Graux. Le regard reste curieux mais le crayon cherche à s’émanciper de toute inspiration directe.

Qui plus est, le duo ne désire pas s’inscrire dans un rang dogmatique ni même appartenir à une communauté visuelle de réalisations plus ou moins proches les unes des autres. Aussi, chaque projet propose un renouvellement et l’agence ne développe, par voie de conséquence, aucun «style».

04(@FDujardin).jpgD’un projet à l’autre, un fil rouge et quelques obsessions sont a peine visibles. Par delà, formes et plans sont toujours différents. «Etre bousculé par un contexte, un client ou une municipalité permet de générer de nouvelles réponses. Nous sommes parfois amenés à explorer des pistes que nous n’aurions jamais envisagées», dit-il.

Ici, à Destelbergen, le contexte était particulièrement contraignant. En lieu et place d’alignements, bosquets et perspectives du parc d’un ancien château, un lotissement avait été créé dans les années 50. Les maisons qui y ont été construites relèvent d’un catalogue de références allant de l’habitat moderne à la fermette traditionnelle. La ville exige depuis des toits à double pente pour, sans doute, une bonne «intégration». Au-delà, l’implantation au milieu du terrain appelait à ne privilégier aucune façade par rapport à l’autre. Il en allait donc de conditions idéales pour penser la réinterprétation du «pavillon».

«Il était important pour ce faire de trouver un matériau qui offrait une parfaite harmonie avec le paysage et qui permette, selon nous, de lire le temps de l’architecture ; le cuivre non traité change et se patine. Il est nous est apparu le plus approprié», précise Basile Graux. Voilà qui était une première pour l’agence.

05(@FDujardin).jpgIl fallait aussi pour un volume traditionnel transformé par distorsions successives une mise en œuvre originale, des murs à la toiture. L’aspect est volontairement unitaire. Cet idéal est d’ailleurs poursuivi par les deux associés qui rêvent toujours d’œuvre totale.

«Nous voulions intervenir également autour de la maison. L’architecture et le paysage font partie d’une même histoire. Nous aimerions faire jusqu’aux assiettes et aux couverts. Nous ne voulons pas avoir de barrières», dit-il. L’imaginaire est alors  hanté par quelques figures plus anciennes, Van de Veld notamment qui allait «particulièrement loin» dans la conception de ses projets.

In fine, la maison VDV, aussi étrange que familière, porte en elle toutes les aspirations de Graux & Baeyens. Elle perpétue même un art belge de la maison individuelle.   

Jean-Philippe Hugron

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