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Présentation | LAN, par-delà Koolhaas (10-12-2015)

Euralille, selon la prophétie koolhaassienne, flotte et gravite de manière opportuniste autour d’un lieu qui offre un maximum de connexions. LAN, avec la tour Euravenir, vient achever la première phase du quartier d’affaires lillois dont le plan a été conçu, il y a vingt-six ans, par le célèbre architecte batave. Il y avait donc lieu, ici, au cœur de ce ‘Lille Délire’, de se livrer à un exercice critique où la question de l’échelle était ouvertement posée.

Bureaux | Cuivre | Lille | LAN

Difficile d’intervenir à Euralille sans céder au souvenir de Rem Koolhaas. La grande échelle que l’architecte rêvait – cette Bigness fantasmée –, était de mise aux premières heures du projet urbain lillois qu’il signait. Aussi, d’imposantes réalisations bavardes ont été érigées à cette époque par Jean Nouvel, Christian de Portzamparc ou encore Claude Vasconi.

LAN, dans ce contexte, s’est vu octroyé le dernier emplacement libre du quartier. «La parcelle qui nous était proposée était le résultat en négatif du processus imaginé par Rem Koolhaas», débute Umberto Napolitano.

Ce reliquat urbain aux allures de délaissé offrait néanmoins une position stratégique dans l’axe principal du quartier, l’avenue Le Corbusier. Toutefois, en lieu de se plier à une Bigness aussi théorique qu’éculée, il s’agissait pour le duo parisien de concilier les échelles urbaines plutôt que de les confronter dans une joute des plus violentes. L’heure n’était plus, de toute façon, à la provocation.

Pour autant, LAN ne voulait pas céder aux sages sirènes de la modération. De fait, l’ensemble tertiaire imaginé relève, selon ses concepteurs, d’«une grande sculpture» et d’«une forme complexe». «Nous devions, à tout prix, changer d’échelle», assure l’architecte.

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«Nous avons alors imaginé une architecture qui s’adapte à chaque situation urbaine qu’elle côtoie. La tour s’affirme depuis l’autoroute comme un signal, devient un bâtiment d’angle depuis le parvis de la gare, achève comme un élément vertical l’avenue le Corbusier et s’adapte aux gabarits des rues voisines», explique-t-il. Pour parfaire ce jeu subtil, du cuivre fut mis en œuvre sous forme de bardage fixe, le long des sections opaques ou semi-vitrées de la façade ou bien sous forme de panneaux perforés. LAN a recherché plus de justesse dans le rapport urbain que de confrontation.

«Koolhaas a généré des réflexions pertinentes ; leur réalisation nous a malheureusement, parfois, fait faire machine arrière. Le désir d’exploiter, dans ce qu’il nommait ‘un territoire virtuel’ qui s’adresse aussi bien aux Lillois qu’aux Japonais, le thème du bâtiment-ilot pouvait être une réponse adéquate. Ceci étant dit, si l’effet est spectaculaire, il manque néanmoins d’identité. In fine, il en va de la mondialisation d’une idée et l’image de l’ensemble appelle celle d’un quartier d’affaires générique», regrette-t-il.

Il semblait difficile pour LAN, à travers une seule opération de bureaux, de proposer une réponse à la hauteur de l’ensemble. Le projet a donc eu pour vocation de jouer les transitions ; «nous avons tenté d’achever un discours pour en ouvrir d’autres», assure Umberto Napolitano.

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Le projet était également, pour l’agence, l’opportunité d’une réflexion sur un programme. «Nous voulions proposer une offre de bureaux atypique qui soit plus durable que celles qui prétendent l’être», avance l’architecte.

«Il faut tout d’abord s’interroger sur la pertinence du thème de la flexibilité. S’agit-il d’une offre variant dans le temps ou bien de la possibilité d’ajouter de nouveaux m² à l’espace d’origine ?», s’interroge-t-il.

«Nous voulons impérativement sortir de ces questionnements et de ces idées reçues datant des années 90. De ne proposer, d’ailleurs, aucun espace spécifique est une idée fausse. L’architecture doit amener chacun à se questionner sur la manière de travailler», dit-il. L’art de bâtir ne doit pas verser dans l’impersonnalité. Bien au contraire. Architecte et maître d’ouvrage devraient, selon Umberto Napolitano, imposer leur propre vision d’autant plus que l’espace informel prend une part majeure dans la conception des nouveaux ensembles tertiaires. Provoquer la rencontre et lui offrir les conditions idéales est un enjeu de prime importance que des lieux banalisés ne peuvent réellement autoriser.

Par voie de conséquence, la standardisation est vertement condamnée par LAN ; «la trame exigée par un plan type amène à répéter sans cesse le même volume», assure l’homme de l’art. En revanche, «baisser des hauteurs par endroit, les augmenter à d’autres permet la création d’espaces atypiques», dit-il.

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A Lille, la tour Euravenir propose, par exemple, une «grande salle de réunion informelle, sans tables ni chaises, en dehors de toutes normes liées au code de travail». Il en résulte un espace convivial où chacun finit par se donner rendez-vous et se retrouver. «Nous devons amener des caractéristiques domestiques à des espaces généralement aseptiques», dit-il.

Ce projet défend donc à différents niveaux une condition urbaine. Celle parachevant la première phase d’Euralille. Celle également d’offrir un cadre élégant et courtois à tout travailleur. Bref, Bigness is less.    

Jean-Philippe Hugron

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