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Présentation | Loci Anima : troisième lieu pour septième art (13-01-2016)

Françoise Raynaud, fondatrice de l’agence Loci Anima, aime à citer le sociologue américain Ray Oldenburg et son concept de «troisième place». «Comment donner l’envie d’aller au cinéma quand, aujourd’hui, tout est possible de chez-soi ? Face à ce repli progressif nait chez chacun d’entre nous le besoin d’un endroit où il est possible d’être au contact de l’autre ; c’est ce ‘tiers-lieu’», résume l’architecte. Le cinéma Les Fauvettes, à Paris, se réclame donc d’un genre nouveau.

Culture | Bois | 75013 | Loci Anima

Travaillant avec Pathé-Gaumont depuis quelques années, Françoise Raynaud a reçu la commande d’un nouvel ouvrage en lieu et place d’un cinéma du XIIIe arrondissement de la capitale devenu, avec les années, passablement inadapté. La proximité avec la remarquable Fondation Pathé érigée à quelques mètres par Renzo Piano obligeait la transformation de l’équipement. D’un cinéma de quartier, Loci Anima a fait «une salle de spectacle».

Pour expliquer ses intentions, il semble impossible, pour l’architecte, d’isoler un projet d’un autre et les problématiques d’un programme résonnent avec des situations pourtant bien différentes. Aussi, Françoise Raynaud évoque un projet concomitant, la médiathèque d’Angoulême.

02(@JPPorcher).jpg «Il y a une grande parenté entre cet équipement et le cinéma des Fauvettes. Il était avant tout question d’un travail sur l’ouverture et le lien social. Il s’agissait de profiter du lieu et d’y créer les conditions de la rencontre. A Angoulême, la proximité de la médiathèque avec la gare fait que tout un chacun peut se donner rendez-vous au détour d’une étagère avant de prendre son train», débute-t-elle. Du lecteur au commuters, il y a moins d’un pas.

«Jérôme Seydoux m’avait affirmé au moment de la commande que le nouveau cinéma des Fauvettes devait être un espace où des grands-parents pourraient emmener leurs petits-enfants voir les films qui les ont marqués. Cela faisait écho avec mon travail sur la médiathèque d’Angoulême», raconte-t-elle.

Ceci étant dit, lancer un nouveau concept de cinéma n’avait rien d’une évidence tant pour la maîtrise d’ouvrage que pour la maîtrise d’œuvre. Qui plus est, les Fauvettes devaient avoir sa capacité d’accueil revue à la baisse : «Ces vingt dernières années ont été celles de la densification des salles au nom de la rentabilité et au détriment, peut-être, de la visibilité. Aujourd’hui, les normes PMR oblige à la dédensification. Nous avons perdu près de la moitié des sièges», note l’architecte.

Une perte ? Pas tout à fait ! Les nouveaux agencements sont «au bénéfice du spectateur». «Nous avons pu, de surcroît, proposer des espaces de déambulation», assure Françoise Raynaud qui s’inscrit en faux contre ces cinémas qui, une fois le film terminé rejette le cinéphile directement sur le trottoir par une porte dérobée.

03(@JPPorcher).jpg «Donner l’envie», répète-t-elle. Aussi, les Fauvettes sont une serre, un jardin, un espace de détente. L’enjeu était également de «maximiser le lien à la nature et de le propager par le bois», résume-t-elle. Le matériau n’est certes pas «une passion naturelle» mais il faisait, ici, au cœur d’un ilot parisien, particulièrement sens. «Il nous a permis de créer une ambiance voire, un confort», dit-elle.

La cafétéria – popcorn interdit ! – propose une carte de restauration rapide. Le lieu est présenté comme le «foyer» d’une salle de spectacle. Après tout, les cinémas, outre-Atlantique sont bien des theaters…

04(@JPPorcher)_B.jpgEn somme, les Fauvettes, telles qu’imaginées par Loci Anima, se veulent une expérience allant au-delà du seul visionnage de films remasterisés (c’est là, la spécificité de ce cinéma). «Nous voulions susciter l’étonnement», assure François Raynaud.

Depuis l’avenue des Gobelins ou encore depuis la rue Abel Hovelacque, le nouveau cinéma offre deux façades ‘multimédias’. De larges écrans pixélisés, aussi plastiques que sculpturaux, ont été conçus par l’artiste Miguel Chevalier. «Nous voulions proposer une abstraction, sinon une déstructuration de l’image. Nous invitons ici chaque spectateur à venir traverser l’écran pour rentrer dans le bâtiment», précise Françoise Raynaud.

Et de conclure, que l’architecture propose, in fine, «un passage de la rue au cinéma, de la vie réelle à la fiction».

Jean-Philippe Hugron


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