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Présentation | Du Besset-Lyon, en frontispice (20-01-2016)

Sans s’émanciper d’un droit de réponse, Dominique Lyon semble davantage enclin à poser des questions. La conversation a-t-elle à peine débutée qu’elle aligne les points d’interrogation. L’école d’architecture de Clermont-Ferrand que l’agence parisienne vient de livrer devient, à mesure de l’échange, un ‘prétexte’ à l’entretien. En parlant de ‘prétexte’ serait-ce là une architecture ‘devant le texte’… ou par delà les mots ?

Patrimoine | Education | Auvergne | du Besset-Lyon architectes

A Clermont-Ferrand, «le discours reste le même» : dans un ancien sanatorium des années 30, d’un côté moderne, de l’autre, «Beaux-arts», il s’agissait, pour Dominique Lyon, de «conserver la radicalité» de l’ensemble.

La sobriété était donc de mise. Il fallait toutefois, avant même de tracer le premier trait, envisager une analyse technique du bâtiment. C’est sans doute cette priorité donnée à la structure qui valut à l’agence, selon ses dires, de remporter le concours. «Nous avions prévu, dès nos schémas initiaux, l’ensemble des reprises à faire», assure Dominique Lyon.

L’âge du bâtiment, son abandon des années durant, mais aussi les risques sismiques obligeaient à une telle «attitude». Restait à imaginer une école d’architecture. «Ce sanatorium séparait les sexes et les catégories sociales. Il fallut en faire un bâtiment commun», résume l’homme de l’art.

02(@AxelDahl)_S.jpgDominique Lyon, face à cette tâche, s’est senti bien seul. «J’ai souffert du manque d’enthousiasme et de collaboration ; l’ancienne école était situé dans un préfabriqué en centre-ville. Quand bien même. Il y eut une fronde, j’étais celui qui avait pris le pouvoir et qui construisait», se souvient-il.

Personne de l’équipe pédagogique n’est, parait-il, venu jeter, ne serait-ce, qu’un bref regard sur «ce génial chantier». Le cas d’école n’en fut donc pas un. «Voilà qui m’a beaucoup miné», assure Dominique Lyon. Aussi, aujourd’hui, des dispositifs peuvent paraître inadaptés, même «ratés». Mais, à qui la faute ?

L’école de Clermont Ferrand, pour Du Besset-Lyon, se devait d’être, malgré tout, une «communauté d’esprits», sans forfanterie ni décorum. «Toutes les interventions ont été faites pour servir la perception de l’ensemble», dit-il.

Entre respect du patrimoine et mise en valeur, l’architecte transforme, non sans brutalité, la vocation d’une construction, somme toute inadaptée dans ses proportions à l’enseignement de l’architecture. Il sublime donc la lame blanche dans son paysage verdoyant. Pour ce faire, l’agence a usé d’un «vocabulaire sage». Encore fallait-il mettre un sens sur ces mots.

03(@AxelDahl)_S.jpgL’architecture par le mot

Le dernier acte symbolique fut d’ailleurs de débaptiser le lieu ; «une grande plaque indiquait à l’entrée qu’il s’agissait là d’une institution médicale. Nous avons eu de nombreuses discussions à ce sujet. L’inscription, pour ma part, me donnait des frissons et me paraissait morbide. Nous avons placé par-dessus un imposant miroir, haut de sept mètres. C’est une ‘enseigne’ pour l’école mais aussi un moyen d’apporter de la lumière, au nord, et de refléter le ciel et les arbres alentours», explique l’architecte.

L’intervention n’est pas si anecdotique qu’elle y parait. Elle porte en elle l’obsession qu’éprouve Dominique Lyon pour la terminologie.

«Je suis très attaché à trouver les expressions les plus justes», assurait-il dès le début de l’entretient. Aussi n’hésitait-il pas, au cours d’une phrase, à brusquement se corriger. La «sauvagerie», par exemple, devient une «rudesse». Et un sanatorium s’est fait école d’architecture…

«Les architectes changent sans cesse leur discours. Ce sont les constructions de mots qui font évoluer l’architecture. Ce sont elles qui libèrent les perspectives et déclenchent les formes», soutient-il.

Le propos est illustré, loin de Clermont-Ferrand, avec force théorie. Pour ce faire, Dominique Lyon convoque dans sa réflexion l’architecte japonais Kazuo Shinohara. «Il disait avoir un premier, un deuxième, un troisième et, enfin, un quatrième style. Je m’intéresse à ce dernier, celui de la machine et l’avion. Shinohara avait alors 80 ans. De l’appareil de combat à la capsule lunaire, les architectes prennent les objets comme un tout. Shinohara évoque l’assemblage, mieux encore, l’incroyable bricolage», relate-t-il.

04(@AxelDahl).jpgCe rapport aux choses est jugé «ambigu» et seul l’âge permettrait de s’en délivrer : «plus un architecte vieillit, plus il se libère», affirme Dominique Lyon. Pour preuve, Shinoara ou encore Koolhaas. Et Gehry ? «C’est l’histoire d’une demi-libération».

Pour justifier son propos, l’architecte précise que «l’écriture permet de se libérer. Rem Koolhaas a un sens de la formule. Il maîtrise le poids des mots. Frank Gehry ne parle pas. Il n’écrit pas. Son œuvre est, de fait, plus attaquable», dit-il.

Alors, pour se prémunir des critiques, écrire… et qu’est-ce que parler peut bien dire ? Il y aura toujours des mots pour répondre. L’école de Clermont Ferrand, en lieu d’un frontispice laisse ainsi à chaque la liberté – avant l’heure, avant l’âge – d’y apposer sa propre terminologie pour y voir son reflet. Dominique Lyon, lui, cherche à prendre la plume.

Jean-Philippe Hugron


Fiche Technique
Localisation : Rue du Docteur Bousquet, Clermont-Ferrand (63)
Maître d’Ouvrage : Ministère de la Culture et de la Communication
Maître d’Ouvrage délégué : OPPIC
Programme : Réhabilitation et extension de l’ancien hôpital Sabourin. Programme de salles d’enseignement, amphithéâtres, bibliothèque, ateliers et espaces étudiants.
Calendrier : Concours juillet 2008 / Livraison septembre 2015
Surface : 11 500 m²
Neuf : 6 500 m²
Réhab : 4 800 m².
Montant des travaux : 20 millions € HT

Réactions

utilisateur | 23-01-2016 à 13:44:00

Les origines des dysfonctionnements de ce projet sont plus complexes que ce que laisse penser votre article.
Comment les futurs utilisateurs auraient-ils pu s’impliquer dans le développement du projet quand toute concertation ou visite du chantier étaient rendus impossibles par la maitrise d’ouvrage et la direction d’alors par crainte de voir leurs décisions remises en cause ?
Comment le projet aurait-il pu répondre aux besoins actuels de l’école alors qu’il a été conçu avec un programme rédigé en 2007, jamais révisé depuis ?
Comment cet ancien sanatorium aurait-il pu devenir une école d’architecture vraiment fonctionnelle et conviviale alors que sa morphologie étroite et étagée et sa localisation excentrée avaient des buts opposés ?
Comment des architectes pouvaient-ils aboutir à un résultat satisfaisant dans de telles conditions ?

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