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Présentation | L'Hexagone aux yeux d'Auer Weber (20-01-2016)

Auer Weber est une importante agence allemande. Pas moins de130 collaborateurs répartis entre Munich et Stuttgart. Ah l’Allemagne ! Ceci étant dit, la France parait, vue de Bavière ou du Bade-Wurtemberg, un Eldorado ou presque. Le lamento évoquant la terrible crise et les étouffantes règlementations semble ainsi ne pas avoir prise, là bas, sur des architectes désireux de franchir la frontière pour candidater. Question d’ouverture ou d’inconscience ? Exemple à Courchevel.

Sport | Bâtiments Publics | Savoie | Auer Weber Assoziierte

Courchevel. Au creux d’un petit val qui mousse de rayons, l’agence Auer Weber a livré, en décembre 2015, un centre aquatique qui, à l’image, semble des plus discrets. «Nous avions à l’idée de prendre le terrain, de le soulever et d’y loger notre équipement en dessous», résume Till Kamp, chef de projet. Voilà plus imagé, à n’en point douter, que de balayer la poussière sous le tapis.

Lors du concours, la concurrence fut rude. En face, Kengo Kuma – associé à Mikan et Dollé-Labbé –, Marc Mimram, Jacques Rougerie, ou encore DHA. En somme, bien des noms qui pouvaient laisser présager une issue moins favorable pour l’agence bavaroise qui n’avait alors jamais construit en France. « Tous avaient pensé des partis architecturaux beaucoup plus expressifs que le nôtre », se souvient l’architecte. Prime fut donc faite à la sobriété allemande, notamment au rapport au sol et au paysage qui semble avoir été si déterminant.

«Avant d’ouvrir leur propre cabinet, en 1980, Fritz Auer et Carlo Weber ont collaboré avec Günter Behnisch. Ils ont travaillé ensemble au projet de stade olympique, à Munich, au début des années 70. L’enceinte sportive avait été pensée pour épouser un léger mouvement du terrain et s’y intégrer parfaitement. Ce dessin a eu, vraisemblablement, une grande influence dans la philosophie de l’agence », indique Till Kamp.

Ainsi, après avoir vu le site remarquable que la ville de Courchevel proposait pour ce nouvel équipement, il en allait d’un souvenir, mais aussi d’une évidence. Les premières esquisses pouvaient alors paraître quelque peu «naïves» ; «Nous cherchions tout d’abord à dessiner ce que nous pensions bon pour ce site», assure-t-il. L’étape s’est révélée nécessaire dans la bonne compréhension des enjeux paysagers.

02(@AldoAmoretti)_S.jpgSchémas faisant, Auer Weber a finalisé son parti qu’elle soumit au jugement de la maîtrise d’ouvrage. Une fois les plans de l’agence allemande choisis, ceux-ci connaîtront bien des évolutions à mesure des changements programmatiques et des révisions budgétaires. «Le projet a été transformé, mais l’esprit est toujours resté le même. Faire évoluer une idée initiale est sans doute la tâche la plus stimulante», soutient Till Kamp.

03(@AldoAmoretti)_S.jpgLe programme exigeait un volume important. Le terrain, quant à lui, ne se prêtait guère à une piscine et plusieurs bassins. Il fallut terrasser la montagne pour créer deux niveaux distincts ; d’un côté, l’espace bien-être, de l’autre, quatre mètres plus bas, les bassins ludo-sportifs.

Une imposante toiture triangulaire et métallique vient couvrir l’ensemble. Au-dessus, seuls 15 centimètres de terre couvrent la surface. À ce poids s’ajoute celui de la neige en hiver.

À ce sujet, les conditions climatiques ont joué un rôle important dans la réalisation de l’équipement. «Il était impossible de construire durant l’hiver, de novembre à avril. Voilà qui nous a laissé le temps de faire sécher le béton pendant près de neuf mois. Nous avons, de fait, évité des joints de dilatation», assure l’architecte.

Toutefois, la technicité du projet tient, avant tout, dans la mise en œuvre complexe d’une toiture en double courbure. Si le projet est discret, il n’en est pas moins expressif, lui aussi, à sa façon. «Les maîtres d’ouvrage en France semblent plus ouverts ; en Allemagne, il n’est pas si évident de faire accepter un geste architectural», souligne-t-il.

De cette comparaison entre les deux pays, Till Kamp va même jusqu’à dire l’impensable pour une architecte française : l’hexagone permettrait une plus grande liberté, mais aussi – et surtout – l’accès à des programmes nouveaux ; Auer Weber n’avait jusqu’à présent réalisé que peu d’équipements aquatiques. «Nous avons la possibilité, en France, de poursuivre d’autres recherches et de les appliquer à d’autres typologies de construction. En France, nous avons pu construire une aréna, à Antibes, un centre aquatique, à Courchevel, une école, à Strasbourg». Dans ce dernier cas, Till Kamp assure même «la possibilité d’aller plus loin qu’en Allemagne».

04(@AldoAmoretti)_S.jpgAlors, un Eldorado ? «Nous ne sommes que quatre ou cinq agences allemandes à tenter l’aventure vers la France ; la lourdeur administrative fait très peur, même si la rémunération des concours séduit au départ. Il faut également souligner que les rendus de concours en France sont beaucoup plus pointus qu’en Allemagne, et que, de ce fait, les heures de travail sont plus importantes ; l’indemnisation est donc justifiée même si elle ne couvre pas toutes les heures passées», précise-t-il.

Ceci étant dit, dans l’œil des autres, la situation semble un peu plus enthousiasmante.

Est-ce là une seule question d’optique ?

À voir…

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique
Maître d'ouvrage : Ville de Saint-Bon-Courchevel
Architecte mandataire : Auer Weber, Munich
Moritz Auer (gérant responsable) / Prof. Stefan Niese (associé responsable) / Eric Frisch (chef de projet), Till Kamp (chef de projet adjoint), Marius Drahtler, Martin Janik, Tina Kierzek, Anne Krins, Yvonne Meschederu, Michael Schnaubelt, Bertram Wruck, Julian Stein
Architecte associé : Studio Arch, Chambery / Loïc Devineau, Marc Miginiac (gérants responsables), Nicolas Benz
Paysage : Axe Saône, Lyon
Surfaces : 17 000 m2 SHOB ; 10 000 m2 SHON
Programme : Centre aqualudique avec bassins intérieurs et extérieurs, vague artificielle, mur d’escalade, restaurant et magasins
BET structure béton : Tractebel Engineering, Lyon
BET structure métallique : Bollinger + Grohmann Ingenieure, Paris
BET fluides et techn. piscine : Brière Réseaux, Annecy
BET H.Q.E. : Inddigo, Toulouse
OPC : Arpège Ingénierie, Caluire
DET : JML International, Albertville
Signalétique : Intégral Ruedi Baur, Paris
Economie: Vanguard, Paris
Acoustique : Acson, Lyon
Scénographie : Gérard Frisque ; Les murs ont des plumes, Valenciennes
Eclairagiste : Ing. Bamberger, Pfünz

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