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Actualité | Zaha Hadid, victime d'un pillage en règle ? (20-01-2016)

Zaha, outragée. Zaha, martyrisée. Bientôt Zaha, pillée ?! L’architecte ne décolère pas d’avoir été évincée du projet de stade olympique à Tokyo lequel devait abriter les épreuves d’athlétisme mais aussi les cérémonies d’ouverture et de clôture de l’événement sportif organisé en 2020. Après un nouveau concours, les autorités japonaises ont choisi l’architecte Kengo Kuma. Depuis, la polémique enfle : la Britannique accuse le projet de son confrère japonais de «similitudes». Elle devrait même, dans ce contexte, céder les droits de ses plans au Japan Sport Council (JSC)…

Sport | Bâtiments Publics | Tokyo

Le 22 décembre 2015, le nom de Kengo Kuma faisait les gros titres de la presse locale ; le célèbre architecte était alors désigné lauréat du second concours pour la réalisation du stade olympique de Tokyo après l’abandon du projet de Zaha Hadid.

L’enceinte sportive, habillée de bois, s’intégrerait mieux, selon les autorités, au paysage. Une fronde avait été menée, en 2014, par des architectes japonais, Arata Isozaki en tête, pour dénoncer l’outrage du parti initialement adopté.

02(@ZahaHadidAchitectsJSC)_S.jpgUne seconde polémique avait déclenché l’ire des contribuables japonais : le prix de l’arène était passé du simple au double. Zaha Hadid avait dénoncé alors une manipulation. Aujourd’hui, encore, à l’annonce du nouveau lauréat, un porte-parole de l’agence britannique tenait au quotidien Japan Times les propos suivants : «Il y a dorénavant un risque sérieux de précipitation dans les procédures et aucune certitude quant aux coûts de construction». Depuis Londres, les accents sont catastrophistes.

La polémique s'est, de plus, enrichit d’un communiqué signé Zaha Hadid Architects. Celui-ci évoque une parenté entre son projet et celui de Kengo Kuma. Outre un «traitement choquant», le texte dénonce des similitudes dans le «plan» et la «configuration» des deux stades.

03(@KKumaJSC)_S.jpgDans ce contexte, The Telegraph rapportait, le 13 janvier 2016, un élément nouveau. «Dans un accord révisé […] le JSC affirme que le lauréat du nouveau concours de conception annoncé en décembre est ‘autorisé à utiliser tout travail indépendamment de la propriété intellectuelle’».

Le document précise, toujours selon The Telegraph, que «Zaha Hadid Architects autorise le JSC à ‘utiliser librement son travail sans qu’il ne fasse l’objet de versements supplémentaires ou de possibles restrictions (changements et tous types d’usage inclus) et accepte mutuellement que [Zaha Hadid Ltd.] y consentira sans objection’».

L’agence britannique comprend, d’une part, que son projet aurait pu être réalisé dans les temps et selon le budget imparti. D’autre part, elle y voit une «extortion». Le contrat est d’autant plus léonin qu’il met dans la balance des honoraires dus à l’architecte.

Jusqu’à présent silencieux – Kengo Kuma avait notamment refusé de répondre au Telegraph, le 22 décembre 2015, suite aux accusations de Zaha Hadid quant aux similitudes constatées par l’agence britannique entre les deux projets – le nouveau lauréat est finalement sorti de sa réserve.

04(@KKumaJSC)_S.jpgL’édition du 16 janvier 2015 du même quotidien britannique rapporte que Kengo Kuma reconnait «certaines similitudes» en précisant toutefois que son concept est bel et bien différent.

Cet article, en outre, soulève l’impossibilité de concevoir en 14 semaines à peine un stade d’une telle ampleur. «Même en utilisant des logiciels spécifiques de conception pour identifier le point focal optimum pour les 80.000 sièges, il nous a fallu un mois», précise l'agence britannique.

Cette information associée à la lettre concernant la cession des droits au JSC, laisse planer, de fait, la plus grande suspicion. In fine, bien loin de considérations architecturales, l’affaire reste éminemment politique.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

sam | architecte | Geneve | 07-05-2016 à 20:33:00

Un pot Made in Nipon au lieu d'une créativité .

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