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Portrait | Chen Kuen Lee, après Scharoun (27-01-2016)

Voilà une carrière qui force la curiosité. En 1931, Chen Kuen Lee quitte la Chine pour rejoindre l’Allemagne. Il y étudie l’architecture et travaille aux côtés de Hans Poelzig et Hans Scharoun. Il construit à Berlin, à Stuttgart mais aussi à Taïwan, cette autre Chine. Bref, une histoire d'outre-Rhin exposée aujourd’hui à Berlin à l’ifa-Galerie jusqu’en mars 2016 et présentée à travers une longue monographie.

Allemagne | Chen Kuen Lee

A sa mort, en 2003, bien des rubriques nécrologiques revenaient sur cet architecte ayant su rester fidèle à sa ligne. Il n’a jamais vécu ailleurs que dans une maison, si possible dessinée de sa main. Il y en eut trois à Stuttgart. Une à Berlin. Toute construction devait être pour lui en étroite relation avec le paysage. Le trait est organique et loin d’être étranger à une longue formation aux côtés de maîtres de l’architecture expressionniste. Ce parcours original est aujourd’hui l’occasion d’une histoire.

Elle débute en 1915. Naissait alors dans la province du Zhejiang, un petit garçon qui, une fois adolescent, quitta la Chine avec son oncle. Derrière eux, le Bund, Shanghai, le Huangpu. C’était en 1930.

Le voyage n’avait rien d’une fantaisie. Il n’était pas non plus motivé par le désespoir d’une situation économique ou familiale. Bien au contraire ; l’oncle de Chen Kuen Lee travaillait, à l’époque, en tant qu’avocat pour la compagnie Siemens-Schuckert. L’occasion était donc trop belle pour ne pas proposer à son neveu de poursuivre une formation en Europe.

Chen Kuen Lee débute ses études d’architecture à Braunschweig. Il rejoint Berlin et sera diplômé de la Technische Hochscule en 1937. Etudiant, il côtoie le ‘cercle Bornimer’ composé principalement de trois importantes figures, Herta Hammerbacher, Hermann Mattern et Karl Foerster qui, ensemble, cherchent à renouveler l’art du jardin autant que les architectes celui de bâtir.

Devenu officiellement ‘ingénieur’, le jeune homme avait l’intention de rentrer au pays mais l’attaque japonaise à l’encontre de la Chine en décida autrement. Le choix fut donc fait de travailler en Allemagne et d’y engranger le plus d’expériences possibles.

L’époque n’était toutefois pas des plus heureuses. Le Troisième Reich, fondé quatre ans plus tôt, avait condamné bon nombre d’architectes modernes au départ. Hans Scharoun était l’un des rares à vouloir rester. Il trouva alors une place dans son atelier et y travailla jusqu’en 1943. Un groupe d’artistes et d’architectes tentaient alors, dans la plus grande discrétion, de poursuivre l’idéal avant-gardiste développé une décennie avant.

03(@Adk).jpgChen Kuen Lee, dans ce contexte, participe à des discussions entre Hans Scharoun et Hugo Häring. Le débat tournait parfois autour de la tradition et de l’architecture chinoises. Les solutions devaient être anhistoriques et non-conventionnelle. Aussi, l’analyse des cultures extra-européennes était privilégiée. Les trois architectes ont alors tenté, ensemble, de créer un un Werbund chinois. Le temps était à l’analyse des écrits, des représentations et des publications concernant la Chine, notamment à l’aide du sinologue Ernst Boerschmann. Dans ce contexte, la position de Lee s’est rapidement affirmée. Il développa alors un discours ‘interculturel’.

Il cible parallèlement ses recherches sur la notion de toit qu’il envisage progressivement comme un paysage voire comme une topographie. L’approche de Chen Kuen Lee s’affine avec les années mais la guerre finit par toucher Berlin. Ernst Boerschmann envoie Chen Kuen Lee plus à l’ouest, en Basse-Saxe, à Bad Pyrmont, réaliser un recherche sur les constructions traditionnelles en Chine. Il poursuivra ce travail malgré la disparition du sinologue. En 1949, il rejoint Sharoun pour quelques années encore puis fonde sa propre agence en 1953.

02(@HHaag)_S.jpgPour débuter son affaire, Chen Kuen Lee construit des restaurants… chinois. Tous ont aujourd’hui disparus. Il réalise également des maisons qui font l'objet, très vite, de nombreuses publications en Allemagne mais aussi à l’étranger. Les commandes se multiplient avec la reconstruction du pays. Il n’obtient pas moins de 1200 logements à construire dans le quartier de Berlin-Märkisches. Il profite de ces projets pour engager une collaboration avec le paysagiste Hermann Mattern lequel faisait partie du cercle Bornimer ou encore avec le designer Günter Ssymmank qui travailla avec Hans Scharoun à quelques éléments de la Philharmonie de Berlin.

Des années durant, Chen Kuen Lee met en pratique les idées développées pendant la guerre. En 1981, il devient professeur invité à l’université de Tunghai à Taïwan. Le doyen, Feng Jizhong n’est autre qu’une ancienne connaissance remontant à ses jeunes années passées à Shanghai. Ils se sont également revus en Europe. Feng Jizhong étudia, entre autres, à Vienne. En 1988, Chen Kuen Lee décide de s’installer à Taïwan. Sept ans après l’effondrement du bloc soviétique, il prit la décision de retourner à Berlin. Il s’installa dans l’un de ses immeubles à Berlin-Märkischen. Il y mourut en 2003.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Pergame | ÎLE de France | 13-12-2018 à 13:39:00

Juste un petit commentaire pour vous dire que j’apprecie Votre lettre et tout particulièrement vos portraits.
Je ne sais pas si vous en avez déjà fait un de Roger Anger. Remarquable biographie d’Anapuma Kundoo présentée à l’Arsenal en 2010 si ma mémoire est bonne.

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