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Entretien | Bollinger + Grohmann, de l'ingénierie pour l'architecture (03-02-2016)

L’agence d’ingénierie allemande a ouvert, il y a presque dix ans maintenant, une filiale en France. Spécialisée dans les projets complexes, elle travaille avec Renzo Piano, Rem Koolhaas ou encore Coop Himmelb(l)au. Sans jamais vouloir se substituer à l’architecte, elle prône néanmoins une collaboration étroite au service du projet. Explications avec Klaas de Rycke, fondateur du bureau parisien qui fait partie de trois équipes lauréates de Réinventer Paris*. 

France

Le Courrier de l’Architecte : Pouvez-vous nous présenter Bollinger + Grohmann?

Klaas de Rycke : C’est une agence d’ingénierie d’origine allemande dont le siège principal est basé à Francfort-sur-le-Main. Depuis 2007, j’ai personnellement lancé une filiale en France. Nous nous présentons comme ingénieurs structures et ingénieurs façades. Bollinger + Grohmann réunit, à travers le monde, entre 180-200 employés. En France, nous sommes une trentaine de collaborateurs. Nous sommes présents à Berlin, Munich, Vienne, Rome, Oslo, Bruxelles ou encore Melbourne. Notre agence est connue pour son travail, entres autres, sur les formes complexes et sur les tours. Nous avons collaboré avec Sanaa, Dominique Perrault, Coop Himmelb(l)au ou encore Rem Koolhaas. Nous travaillons sur tout type de matériaux, tout type de phase et sur toute taille de projet, de l’œuvre d’art au bâtiment.

Pourquoi vous êtes-vous implanté en France ?

Notre présence en France s’est, en quelque sorte, imposée d’elle-même. Elle ne relève pas d’un choix stratégique. Notre bureau a travaillé avec Dominique Perrault sur le théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Nous nous étions impliqués très tôt dans ce projet puis dans un autre – également signé DPA –, le métro de Naples. Ce dernier seulement a vu le jour récemment.

En 2006, nous avons commencé à travailler avec d’autres architectes français. Nous avons gagné le Carreau du Temple avec Studio Milou. Nous avons ensuite travaillé au Louvre Lens avec Sanaa, sur l’ilot Saussure avec LAN, sur la halle de Calais avec Tank, au Musée des Confluences, avec Coop Himmelb(l)au pour les façades et la structures. Ces projets nécessitaient que nous disposions d'assurances en France et donc, que nous montions une SARL.

L’agence française est-elle indépendante des autres ou bien travaillez vous en étroite collaboration avec le reste du groupe Bollinger + Grohmann

Au quotidien nous  ne travaillons pas en contact direct. Nous sommes totalement indépendants. Il y a néanmoins des projets qui se font en partenariat. Nous développons actuellement un projet au Maroc avec le bureau de Vienne. Nous avons réalisé aussi un projet de Renzo Piano, la tour Korea Telecom, pour qui nous avons étudié les façades et, l’agence de Francfort, les structures. L’intégration du BIM et des outils numériques nous a, en ce sens, permis de développer un standard commun.

02(@JulienLanoo)_B.jpgA qui doit-on votre intervention sur un projet ?

Les architectes viennent nous voir. La moitié de nos projets sont liés à des concours, l’autre moitié à des commandes directes. Le point d’entrée reste, avant tout, l’architecte et moins l’investisseur, le promoteur, ou l’entreprise de construction.

Quelle serait votre spécificité ?

Notre spécificité ? Une très haute technicité et le goût du défi. Nous travaillons sur des sujets souvent complexes que nous suivons dès l’origine avec les architectes. Nous testons de nombreuses possibilités en accord avec eux et ce, y compris pour des logements ou des projets de moindre difficulté.

La proximité avec l’architecte est, à ce stade de conception, particulièrement importante pour valider chacune des variantes que nous proposons. En général, un projet peut considérablement évoluer à ce moment. Nous travaillons de fait beaucoup avec l’ensemble des acteurs d’un projet. S’il fallait ajouter une autre spécificité, je dirais que nous sommes proches de l’architecte et de son client. Nous ne sommes pas à distance. Nous ne voulons pas être seulement des exécutants.

Est-ce à dire que vos ingénieurs ont aussi une formation d’architecte ?

La moitié des ingénieurs présents au bureau ont une double formation, ils sont ingénieurs et architectes. Nous avons aussi des collaborateurs qui sont uniquement architectes et qui font de la 3D, du développement, des algorithmes… A ce sujet nous mettons actuellement au point des calculs pour Rhino3D. A partir de ce programme classique nous imaginons des ‘plugins’ capables de prendre en compte des paramètres différents ou encore d’intégrer une interface pour du ‘scripting’. Nous avons également élaboré des logiciels de calculs paramétriques. Cela fait parti d’un programme de recherche financé par l’Etat autrichien.

Quelle est votre méthode de travail avec les architectes ?

Nous n’avons pas de méthode de travail fixe. Avant tout, un architecte reste le maître de son projet. Il est le moteur de notre relation. Nous réfléchissons ensemble à la mise au clair de ses idées. Nous pouvons travailler à partir d’un croquis, aller à la recherche d’un matériau… ou bien n’être que dans une forme d’exécution.

03(@HisaoSuzuki).jpgPourriez-vous nous donner quelques exemples de collaborations étroites avec des architectes ?

Je pourrais en citer bon nombre. Il me vient à l’esprit ce travail que nous menons actuellement avec List Architecture - Ido Avissar sur une toiture, en Belgique, selon un principe de poutres réciproques. Nous avons également collaboré avec Berger & Berger sur un dôme géodésique en céramique présenté lors de la FIAC en 2013. Nous avons du mener d’importantes recherches pour ce projet qui requérait une haute technicité ;  il fallait, entre autres, que les vis soient invisibles et que nous mettions en œuvre un système de fixation par aimant.

Le fait que seul le nom de l’architecte soit généralement mis en avant vous pose-t-il problème ?

Nous préférons être derrière l’architecte même quand nous répondons à des candidatures pour des ponts. L’architecte reste le mandataire.

Est-ce dire que vous pourriez faire des projets sous votre seul nom ?

Il y a des candidatures pour lesquelles nous pourrions effectivement répondre seuls, notamment des ponts ou des passerelles. Nous ne le faisons pas. Nous travaillons systématiquement avec un architecte. Nous avons récemment collaboré avec Dietmar Feichtinger, à Gand, ou encore avec Explorations, en Suisse, sur des ouvrages d’art.

04(@JulienLanoo)_S.jpgPensez-vous développer une agence d’architecture parallèlement à votre activité d’ingénieur ?

Il est, pour nous, inenvisageable de développer une agence d’architecture à côté de notre bureau. Nous ne voulons pas remplacer l’architecte. Développer une entreprise comme AIA, aussi intéressante soit-elle, n’est pas notre modèle. En résumé, nous voulons assister plus que remplacer.

Propos recueillis le 29 janvier 2016.

*Bollinger + Grohmann a fait partie des équipes lauréats sur les sites Pershing (avec Sou Foujimoto, Oxo, Moz, Manal Rachdi), Massena (avec DGT) et Sully Morland (Chipperfield et Calq)

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