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Portrait | Samuel Delmas, archi-sensible (03-02-2016)

Crèches, unités psychiatriques, centres de formation… En somme, des programmes de la banalité. Samuel Delmas transmue ce quotidien en espaces de qualité. Son art est, de fait, précis. Il repose sur «le dessin et l’envie de construire».  

France | a+ samuel delmas

80, rue du Faubourg-Saint-Denis. L’adresse est connue. Du moins d’un microcosme d’architectes parisiens. Et pour cause, plusieurs agences y logent et s’y côtoient. Peut-être même s’espionnent-elles d’une fenêtre à l’autre. L’ambiance est néanmoins joyeuse, d’autant plus, les beaux jours arrivés. Mais cette fois-ci, le rendez-vous a lieu en plein hiver. La cour se montre alors moins festive et les quelques âmes qui s’y trouvent pressent le pas pour regagner la chaleur confortable d’un bureau.

Au cinquième étage de cet immeuble industriel, plutôt original, une kyrielle de signe ‘plus’ annonce l’agence de Samuel Delmas. Plus Plus Plus. Trop à l’étroit dans ces locaux, elle s’étend désormais au niveau supérieur. Toujours plus.

Au sixième donc quelques tables et surtout une petite salle de réunion. Ce jour là, elle trompe sa fonction pour ressembler davantage à un atelier de maquette. L’architecte s’en excuse, bouscule des cartons et pousse, à tout va, quelques chutes de balsa ; il faut dire que l’agence est en pleine ébullition. L’heure est aux derniers préparatifs de l’exposition présentée du 2 au 13 février 2016, en son honneur, à la Galerie d’Architecture, dans le IVe arrondissement de la capitale.

02(@JLanoo)_S.jpgEchantillons et modèles réduits sont donc tous de sortie. Dans ce joyeux désordre, Samuel Delmas préfère étonnamment montrer l’inmontrable : les quelques étranges maquettes à échelle 1 : là un pilier pour un projet à Nanterre, ici le poteau d’un EHPAD. «Nous aimons appréhender ces éléments verticaux, généralement singuliers, dans leurs dimensions réelles», assure l’architecte.

Modèle réduit grandeur nature, Samuel Delmas semble cultiver l’art du paradoxe. L’architecte se montre même, inversement proportionnel, aux antipodes. Sa méthode, par exemple, n’est pas des plus communes. «Lors d’un concours, je coupe internet et j’interdis l’accès aux livres», sourit-il. L’élan n’est pas despotique. Bien au contraire. Samuel Delmas cherche pour lui-même et ses collaborateurs une liberté maximale: «nous ne travaillons pas la notion de référence», dit-il. Bref, de l’émancipation.

Plus étonnant encore, la narration – si chère à bien des agences – est laissée, dans la mesure du possible, au client. «Pour une maison, par exemple, nous demandons systématiquement à nos interlocuteurs de rédiger deux pages… sur l’art…la musique… afin de nous introduire dans leur monde», explique-t-il.

L’origine de cette pratique ? Un premier projet pour des commanditaires venus à l’agence avec forces références. Pour Samuel Delmas, l’architecture n’est pas un art sur catalogue. «Nous réinterrogeons l’envie de départ. Ce n’est qu’une fois cet exercice fait que nous pouvons débloquer bien des situations», assure-t-il.

03(@JLanoo).jpgL’audace reste toutefois sage et mesurée. «Suisse», répond l’architecte. Autant que le + évoque la croix helvétique. «A+, c’était également la bonne note», s’amuse-t-il. Ce logo relève du sourire et de l’optimisme. Il fut trouvé la veille d’une exposition, il y a plus de quinze ans maintenant.

A l’époque, Samuel Delmas n’avait pas de ‘nom’ – d’agence, il s’entend – mais voilà qu’encore tout jeune, il présentait pour la première fois ses réalisations parmi d’autres architectes frais émoulus du Languedoc-Roussillon. «Je voulais un nom générique. A+ évoquait le retour, la continuité et, bien évidemment, le ‘plus d’architecture’ et le ‘plus que l’architecture’», précise-t-il.

Cette exposition des tout débuts fut un honneur. Une première reconnaissance. Samuel Delmas avait alors fait ses armes à l’Atelier Emmanuel Nebout, à Montpellier. Il y eut ensuite, après ce passage, la pérégrination, plus ou moins forcée, du sud vers le nord : Paris ? Québec ! «L’année passée au Canada m’a permis d’avoir un regard différent en terme de logique et de technicité. Ils ont une approche plus constructive. Tout le monde travaillait, là-bas, sur ordinateur ; c’est ce qui m’a donné un petit temps d’avance à mon retour».

A l’est du nord, enfin, Paris ! Chaix et Morel puis Brunet Saunier. De la première agence, Samuel Delmas retient une excellente formation à la 3D et à l’image mais aussi des rencontres : Antoine Viger Koller ou encore Mirco Tardio, devenus, depuis de «bons amis». De la seconde, un sens des responsabilités ; très rapidement, il y fut désigné chef de projet, notamment lors de concours portant sur des hôpitaux particulièrement conséquents.

04(@SDelmas)_B.jpgDe la «richesses de ses approches» croisées au fil des contrats de travail, Samuel Delmas décide de franchir le pas. «J’étais trop jeune, paraît-il, pour le chantier au sein de ses grandes agences. Je voulais, quant à moi, continuer d'avancer. Je suis donc allé toquer de porte en porte chez des maîtres  d'ouvrage avec mes références sous le bras», se souvient-il.

Pierre Paulot fut une oreille attentive. Un projet sera donc confié à la jeune agence. Entre temps, sans être NAJA ou AJAP, bref, sans être officiellement coopté, le talent de l’architecte est progressivement reconnu. Le passage chez Brunet Saunier permit notamment l’accès à des commandes de pôle médical ou d’unité psychiatrique. Puis de la santé à l’enfance… et chemin faisant vers d’autres programmes.

En une année, l’agence a livré plusieurs réalisations remarquables, toutes répondant à la plus grande finesse d’exécution. Aussi, quand Samuel Delmas promeut «la sensibilité» de son approche, il fait mouche. L’exposition présentée aujourd’hui à la Galerie affiche en grand et en large, à juste titre, «sensible».

Dans son discours, l’homme de l’art évoque les thèmes de la géométrie, du contexte, de l’intimité et de l’autonomie. L’architecture est une «contribution à l’espace public». Pour cela, elle doit trouver des «nuances», des «gradations», des «ambiances», des «porosités». De la réalité à sa perception, Samuel Delmas se joue des sens.

05(@JLanoo).jpgFrancisco Mangado l’explique mieux encore dans la préface d’un livre dédié à l’agence publié parallèlement à l’événement parisien. Francisco Mangado ? «J’ai assisté à l’une de ses conférences. Je me suis entièrement retrouvé dans ses propos au point même d’en être troublé. Je suis allé le voir à la fin. Il m’a proposé de nous retrouver le lendemain matin», raconte-t-il.

Au petit-déjeuner, l’architecte espagnol enjoint son invité de «passer le voir le mois prochain». Quatre semaines plus tard, Samuel Delmas, à Pampelune, corrige, en bonne compagnie, des diplômes puis participe au workshop organisé tous les deux ans chez Francisco Mangado lui-même. L’entente est parfaite. Depuis les deux agences se sont prêtés à l’exercice du concours. En vain.

«Je reste fasciné par sa compréhension de nos projets. Il écrit des choses que nous avions d’ores et déjà formulées par écrit et dont il n'avait pas connaissance», note Samuel Delmas.

Il existe une évidence dans le travail de l’agence. Samuel Delmas ne s’encombre pas d’un discours superflu ni d’une narration excessive. L’architecture ne se raconte pas ; elle se parcourt, y compris des yeux. Le détail est parfait, facilement intelligible. L’espace est à mesure du corps et le passage toujours finement pensé. Le quotidien et la banalité s’en retrouve magnifiés. Que cette réponse soit sensible et juste. Samuel Delmas s’y applique.

Jean-Philippe Hugron

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Réactions

rgine | 05-02-2016 à 16:59:00

bravo Samuel pour la qualit de ton exposition qui illustre magnifiquement la grande sensibilit de tes projets
joyeux anniversaire !
rgine

Cabri | Famille | Auvergne | 04-02-2016 à 15:01:00

Nous sommes heureux de prendre connaissance de la reconnaissance qui t'est faite de ton travail, en des termes très élogieux . Nous t'en félicitons! Et souhaitons beau succès pour ton exposition qui commence . Qu'elle soit pour toi un beau cadeau d'anniversaire ! Bon Anniversaire !
Nous t'embrassons bien fort . F.et J Delmas

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