tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | Aux Halles, le trou (10-02-2016)

Un trou ? Un gouffre ! Le projet des Halles à Paris a déjà absorbé près d’un milliard d’euros. Lors d’une visite de presse, la Société d’Economie Mixte ParisSeine élude le sujet, invoque la «transparence» et renvoie le citoyen à la propagande distribuée sur papier glacé. Pendant ce temps, Patrick Berger loue un projet «dessiné à la main».

Bâtiments Publics | Acier | 75001 | Berger et Anziutti

Une conférence de presse ayant eu lieu le 9 février 2016 était l’occasion pour Patrick Berger de défendre son projet face à une presse spécialisée. L’homme s’est alors montré particulièrement précis. La ville de Paris, à travers la voie de la SEM ParisSeine, s’est révélée, quant à elle, plus incertaine.

Cet après-midi là, il devait donc être question, avant tout, d’architecture. Aussi, Patrick Berger saisit l'opportunité de justifier avec force croquis son parti pris. «La silhouette de la canopée est née de toutes les forces du site. J’en ai fait un valeur expressive», dit-il. Sur son carnet, l’architecte dessine alors un enchevêtrement de flèches symbolisant des flux mais aussi des passages, des proximités, des relations...

Pour autant, la Canopée n’est pas seulement le produit d’un contexte sous tension. Patrick Berger prévient même s’être émanciper d’une «démarche naturaliste ou scientifique» : «Le dessin assure un espace d’inspiration», affirme-t-il. Le trait est donc subjectif. «C’est un projet personnel qui n’a rien d’une rêverie».  

A travers mots et dessins, plus encore à travers son auteur lui-même, La Canopée pourrait se révéler séduisante. In situ, sous le monstre d’acier, d’aucuns souffrent d’une masse pesante et pense avec nostalgie aux fines structures de verre et d'acier du XIXe siècle. 

Qui plus est, en lieu d’une ouverture sur le paysage, la chape de métal ferme la perspective vers la Bourse du Commerce et étête Saint-Eustache qui pourtant, présente un des plus spectaculaires chevets de la capitale.

02(@JPHH)_B.jpgCe 9 février 2016, le chantier bat encore son plein. L’édifice est pourtant promis à la livraison en avril 2016. La gare, quant à elle, sera achevée en 2017 et le jardin en 2018. Pour rappel, la première consultation réunissant Rem Koolhaas, David Mangin, MVRDV et Jean Nouvel avait eu lieu en 2004. Il aura donc fallu 14 ans…

03(@JPHH)_B.jpgOutre la justification de ce calendrier, les questions de coût et de financement sont éludées. Jacques Baudrier, président de la SEM ParisSeine, soulève, à demi-mot, le sujet en évoquant quelques  ravaux complémentaires de voiries et de remises aux normes de tunnels qui auraient coûtés «plusieurs centaines de millions d’euros».

Sans doute faut-il comprendre que le prix de la Canopée n’aurait pas explosé (à peine 14% si l’on se réfère aux dernières déclarations de Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris). Voilà qui peut surprendre. Toutefois, il en allait, un temps, de même avec la Philharmonie de Paris. Patrice Januel, alors directeur général de l’équipement musical expliquait au Courrier de l’Architecte, il y a quelques années, que le prix de la grande salle de musique de l’est parisien n’avait pas augmenté mais que la nouvelle somme affichée prenait en compte d’autres «périmètres». Il ne s’agissait plus de la seule construction, mais aussi des aménagements intérieurs, des sièges, du mobilier et des instruments de musique… voilà qui faisait chère la paire de maracas.

Alors pour justifier l’injustifiable, la mairie de Paris ne tenterait-elle pas de gonfler des postes ou des «périmètres» et de détourner  ainsi l’intention sur d’autres sujets… comme un tunnel par exemple ou un jardin dont les coûts auraient respectivement augmenté de 69% et 48% ?

04(@JPHH)_B.jpgEn tout cas, aux questions portant sur le financement de l’opération, Jacques Baudrier conduit tout un chacun à se procurer une brochure dont seule la page 7 donne quelques vagues informations : «d’un coût total estimé à 918 millions d’euros hors taxe (valeur janvier 2009), l’opération sera financée par l’ensemble de ces partenaires. Cette somme inclut 164 millions d’euros pour le projet du pôle transport financés par la Ville de Paris (83 millions d’euros hors taxes), la Région Ile-de-France (56 millions d’euros hors taxtes), et la RATP (25 millions d’euros hors taxes). Unibail-Rodamco et AXA (Société Civile du Forum des Halles) apporteront 238 millions d’euros conformément aux accords conclus avec la ville de Paris en novembre 2010. Ils financeront en outre 25 millions d’euros de travaux sous leur maîtrise d’ouvrage».

Le temps de faire un rapide calcul : 938-164-238-25 = 511 millions d’euros (valeur janvier 2009) restent sans explication. Une bagatelle.  

Du trou des halles au trou de mémoire, tout est, in fine, bel et bien affaire de «transparence»…

Jean-Philippe Hugron

 

Réactions

Gauzin R. | Architecte honoraire | Paris 1er et 46400 | 09-03-2016 à 19:02:00

Depuis le dbut, la mairie de Paris a mal conduit cette affaire ; elle s'est laisse mener par le bout du nez par tous les participants. Les parties russies de l'ancien forum ont t rases grand frais telle la place Ren Csssin.
La canope est compltement rate,( comparer avec la verrire du Grand Palais)
L'incomptence de la maitrise d'ouvrage et de la maitrise d'uvre est flagrante, malheureusement

Réagir à l'article


tos2016
elzinc novembre

Portrait |Chen Kuen Lee, après Scharoun

Voilà une carrière qui force la curiosité. En 1931, Chen Kuen Lee quitte la Chine pour rejoindre l’Allemagne. Il y étudie l’architecture et travaille aux côtés de Hans Poelzig et Hans Scharoun. Il...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Sandra Planchez face à l'appel de la nouveauté

Tout nouveau, tout beau ? Sandra Planchez témoigne d’un goût immodéré pour la nouveauté. Il n’y a là pourtant rien d’une fuite en avant - qu’elle condamne par ailleurs - ni...[Lire la suite]

Erratum : crédit image : cantin-planchez-DR


elzinc novembre

Portrait |La maquette sans Chichi ? Impensable!

Chichi. Antonio Chichi. Prononcez Kiki. Italien. Plus exactement Romain. Né dans le quartier de San Lorenzo, de parents pauvres. Rien ne le prédestinait à la célébrité si ce n'est son talent. Son oeuvre est...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |L'architecture en Barani-rama

Pour capter une architecture vécue, mais aussi des paysages habités, Christian Barani part «à la dérive». Sa relation avec l'art de bâtir est toutefois récente. Son frère, Marc Barani,...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Avec Michel Rémon, faire le mur !

Faire, agir, contempler… quelques mots d'ordre pour Michel Rémon. Toutefois l'architecture n'est pas le centre du tout. L'usager, l'habitant, le patient, le lecteur, le sportif… tous ces individus qui peuplent chaque construction...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]