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Actualité | Les ruines modernes : c'est pas moi, c'est l'autre ! (10-02-2016)

Signée Serge Kalisz, une lettre ouverte datée du 5 février 2016 et adressée à Michel Sapin, ministre des Finances, dénonce l’état de ruine du célèbre bâtiment conçu par Jacques Kalisz et Roger Salem abritant autrefois, à Nanterre, l’école d’architecture de Paris-La Défense. Ce laisser-aller n’est pas sans rappeler une autre affaire, celle du Musée des Arts et Tradition Populaire abandonné depuis le déménagement de ses collections à Marseille.

Bâtiments Publics | Culture | Acier | France

«Sous tutelle de France Domaine, le bâtiment mis en vente par l’Etat est, malgré sa qualité architecturale, laissé à l’abandon, gardienné – la Direction Départementale des Finances Publiques nous ayant confirmé que ‘les mesures nécessaires pour la mise en sécurité du site ont été prises avec la préfecture des Hauts-de-Seine –, et régulièrement saccagé», note Serge Kalisz dans sa lettre ouverte dénonçant l’absence de réaction face à la lente agonie «d’un bâtiment public dont la qualité architecturale est reconnue à l’échelle internationale» : l'ancienne école d'architecture de Paris-La Défense, à Nanterre.

«Le bâtiment vient à nouveau de faire l’objet d’un saccage lié à un incendie survenu le 6 décembre dernier. Le 7 décembre au matin nous avons constaté que, contrairement aux affirmations de France Domaine, le portail donnant accès au site était grand ouvert, alors même que le bâtiment est censé faire l’objet d’un gardiennage privé, financé par l’argent public», écrit-il.

Serge Kalisz met ensuite l’Etat face à ses engagements, notamment développés dans le rapport Bloche ou encore dans les interventions d’Aurélie Filippetti et de Fleur Pellerin, ministres de la culture des gouvernements successifs Ayrault et Valls.

Plus encore, Serge Kalisz pointe le rapport de Vincent Feltesse relatif à la Concertation sur l’enseignement supérieur et la recherche en architecture. Il cite un passage du dit document et rappelle que «les écoles d’architecture ne sont pas actuellement en capacité d’accueillir d’avantage d’étudiants» . Il reprend également un avis du Conseil de l’immobilier de l’Etat faisant part des recommandations européennes préconisant un ratio de 10m² par étudiant. Plusieurs écoles parisiennes sont alors citées, leurs ratios allant de 4,83 m² à 7,82m². Sous entendu l'architecture modulaire de Jacques Kalisz et Roger Salem devrair retrouver son affectation originale.

«Evidemment, d’autres besoins peuvent être pris en compte qui redonneraient sens à ce bâtiment public comme une éventuelle relocalisation d’une école d’art à l’échelle du Grand Paris, la création d’un musée pour La Fondation Le Corbusier !», espère Serge Kalisz.

Enfin, l’auteur de la lettre précise que le Cabinet de Fleur Pellerin a confirmé que le dossier n’était pas «dans les mains du Ministère de la Culture» et qu’il est «sous l’autorité de France Domaine, devenu direction à part entière de la Direction Générale des Finances Publiques».

Cette démission de la Rue de Valois n’est pas sans rappeler le cas du musée des Arts et Traditions Populaires qui logeait, avant d’avoir ses collections transférées à Marseille, dans un bâtiment de Jean Dubuisson aujourd’hui à l’abandon au coeur du Bois de Boulogne.

Si la ville de Paris est propriétaire de l’immeuble, l’Etat est tenu de le remettre en état avant son éventuelle rétrocession à la ville. Bref, il est question d'une patate chaude et chacun rejette sur l'autre l’épineux dossier qui coûte pour l’heure 396 000 € TTC de gardiennage par an.

Alors, sans doute faudra-t-il attendre un ‘Réinventer Paris 2’ pour espérer un projet financé de pied en cap pour ce bâtiment remarquable et peut-être même un‘Inventer le Grand Paris’ pour décider d'un avenir à l’ancienne Ecole d’Architecture de Paris-La Défense... Pour l'heure, il est juste désarmant de voir toutes les institutions se dédouaner de leurs responsabilités.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

messire | 04-05-2017 à 08:56:00

et si on détruisait et reconstruisait un batiment fonctionnel et économique en énergie, ce que celui ci ne sera jamais...
L'interet architectural et le statut d'"oeuvre" a préserver ne se décide pas par les architectes du projet ou ses amis, mais par la trace qu'il laisse dans l'histoire dans l'ensemble de la population...Le conserver c'est pour dire quoi? que l'architecture expérimentale proliférante à la Candilis/josic/woods a eu son intérêt...les livres des historiens suffiront pour celui ci.

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