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Présentation | Fernando Menis, volcan, soupe et kilomètre zéro (17-02-2016)

Depuis Tenerife, Fernando Menis imagine une architecture tellurique, quasi volcanique. La plupart de ses édifices sont d’imposantes structures minérales, plus ou moins torturées, autant que peuvent l’être d’ailleurs les paysages de l’île. Mais l’architecte surprend plus encore, loin de ses terres natales, en Pologne. Le génie reste le même, à ceci près qu’il s’adapte à tous les contextes.

Culture | Bâtiments Publics | Béton | Brique | Pologne | Fernando Menis

Que les projets aient, entre eux, une parenté, Fernando Menis ne le nie pas. «L’expérience et la connaissance sont les mêmes. Pour ma part, je tente toutefois de les adapter au lieu dans lequel j’interviens», dit-il.

A Torun, en Pologne, l’agence vient de livrer un auditorium spectaculaire, le CKK Jordanki. D’aucuns peuvent y retrouver les obsessions de l’architecte. La surprise est toutefois grande de le retrouver si loin des Canaries, au coeur de la Voïvodie, avec cette approche aussi minérale et volcanique.

«Nous avions à l’agence une étudiante polonaise, Karolina Misyak, qui avait eu vent de ce concours. Elle nous a recommandé d’y participer. Elle avait vu juste. Elle a ensuite travaillé pour nous sur ce projet. Les années ont passé et nous sommes devenus de bons amis», raconte Fernando Menis.

Que l’agence s’exporte n’a toutefois rien de nouveau. Le carnet de commande compte des projets en Suisse, en Chine, à Taïwan, en Crimée, au Cap Vert…  

02(@JakubCertowicz)_B.jpg«Mon architecture est un mélange de raison et d’émotion», dit-il. Pour les élans spontanés, il faut sans doute s’en remettre aux paysages si prégnants de cet archipel de l’Atlantique, ceux-là même qui influencèrent des générations d’architectes canariens, César Manrique en tête : «J’aime à me laisser porter par la force de cette nature monumentale et volcanique qui caractérisent nos îles», reconnait-il.

La raison, quant à elle, dicte la nécessaire intégration à un contexte. L’homme de l’art évoque, pour ce projet de Torun, aussi bien les cryptes d’imposantes églises gothiques en brique qu’une soupe traditionnelle, le Zurek.

03(@JakubCertowicz)_B.jpg «La forme du projet est née de ces deux inspirations basiques : en plus de l’essence même de la ville de Torun, nous nous sommes inspiré d’une spécialité locale, le Zurek. Cette soupe est servie dans un pain rond dont la mie a été extraite en vue d’obtenir une terrine. Notre projet reprend ce principe d’une peau extérieure rigide et d’un intérieur fluide où les fonctions sont autant d’ingrédients multiples», résume-t-il.

D’un trait culinaire, la raison bascule vers plus de pragmatisme. Fernando Menis défend aussi une «architecture du kilomètre zéro». Le substrat de Torun n’offre aucune pierre. La terre en revanche permet la constitution de briques. Il y avait donc une évidence à mettre en œuvre un matériau disponible in situ.

 «Nous avons systématiquement travaillé à partir des produits que nous pouvions trouver à proximité du site de construction. Nous voulions impérativement utiliser des ressources régionales afin de réduire les émissions de CO2. Aussi, tous les matériaux proviennent de fournisseurs locaux. Plus encore, nous avons utilisé les rebuts des fabricants de briques. La technique que nous avons mise en œuvre pour ce projet, le picado, ne nécessitait pas un matériau à la parfaite finition», explique-t-il.

04(@JakubCertowicz).jpgCe «picado» est, aux yeux de Fernando Menis, «la plus grande innovation du projet». «C’est une technique née d’une idée originale de l’agence. Elle se fonde sur le mélange du béton avec d’autres matériaux», explique-t-il. L’enjeu est de trouver de nouvelles qualités plastiques, morphologiques mais aussi acoustiques.

«Le picado a été expérimenté pour la première fois dans le projet de Magma Art & Congresse à Tenerife, en 2005. Le CKK Jordanki de Torun nous a permis de  perfectionner une mise en oeuvre après plus de deux ans de recherches. Le picado a, de surcroît, été homologué par les Instituts de la Construction en Espagne et en Pologne».

Cette technique, si particulière, distingue ce projet des autres de l’agence. Fernando Menis ne renie certes pas son travail plastique mais le relie ici, sur des terres plus septentrionales à une architecture expressionniste. Il y a, entre autres, des formes qui ne sont pas sans évoquer le Goetheanum de Rudolf Steiner à Dornach.

D’un siècle à l’autre, il est donc des permanences mais aussi des relectures et des perfectionnements. Et ce, grâce au hasard mêlant un imaginaire volcanique à un territoire polonais.

Bref, de la beauté d’une rencontre fortuite.

Jean-Philippe Hugron

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