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Présentation | Gaëtan Le Penhuel, pour que vive le droit d'hauteur ! (24-02-2016)

Un projet différent, affirmé, élégant… Certes, 50 mètres ne font pas un IGH mais 50 mètres peuvent très bien faire une tour ! Aussi, Gaëtan Le Penhuel propose 57 logements sociaux répartis sur 13 étages. Livrée  début 2016 , la construction vient marquer l’entrée d’Aubervilliers. Mieux encore, elle lance la réplique aux tripodes voisins d’Emile Aillaud. En Banlieue, la ville se montre (enfin) décomplexée. 

Logement collectif | Tours et gratte-ciel | Aubervilliers | Gaëtan Le Penhuel

D’un côté, trois tripodes. De l’autre, des barres et quelques reliquats faubouriens… bref, deux modernités en vis-à-vis de part et d’autres d’un axe passant. L’une triomphante (du moins, le croit-elle), l’autre inachevée. Ainsi se font face Aubervilliers et Pantin que l’avenue Jean-Jaurès sépare.

Ces deux communes limitrophes profitent aujourd’hui de leur proximité avec Paris pour engager d’importantes transformations. L’occasion est trop belle pour ne pas créer un continuum urbain avec la capitale mais aussi entre villes voisines.

Dans ce dessin, la municipalité d’Aubervilliers a décidé, sur les conseils de l'urbaniste Nathalie Quiot (Ozone), d’ériger quelques tours à ses portes. En face d’un ensemble conçu par Emile Aillaud, à Pantin, elle promet la construction de quelques «émergences». Grosso modo 50 mètres, ni plus ni moins, pour éviter les normes IGH, bien trop contraignantes.

02(@HerveAbbadie)_S.jpgGaëtan Le Penhuel s’est vu confier la réalisation de la première tourelle. «Nous avions pour principe de créer un ensemble de logements qui reprend le gabarit des grands immeubles voisins. L’objectif était de fondre notre projet dans une composition urbaine plus vaste. Il n’était question ni de cacher les tours d’Emile Aillaud, ni de les banaliser», explique l’architecte.

Si l’échelle était définie, il restait à penser un projet de pied en cap… fallait-il, pour ce faire, copier Aillaud ou le parodier ? Certainement pas ! L’opportunité offerte se révélait des plus exceptionnelles pour ne pas mettre à l’épreuve un savoir-faire en matière de logements et ne pas le confronter à une autre typologie.

Dans ce contexte, l’analyse des ‘tours’ fut un préalable. «Ce sont des constructions qui ne proposent généralement aucune intériorité collective», constate Gaëtan Le Penhuel. Fières et solitaires, elles incarnent un splendide isolement en ne se rattachant en rien au tissu urbain. Quatre façades aux vents !

Alors que faire ? «Nous voulions créer un espace collectif. En conséquence nous avons imaginé un immeuble s’entourant autour d’un jardin», précise l’architecte. La proposition est maligne car «selon l’étage, personne ne peut habiter une tour de la même manière», dit-il.

05(@SergioGrazia)_S.jpgCette typologie, que Gaëtan Le Penhuel travaille et désigne volontiers – en reprenant l’intitulé d’une exposition présentée au Pavillon de l’Arsenal quelques années plus tôt – «tour européenne» doit donc proposer «une variété d’appartements». En effet, pour l’architecte, les qualités ne peuvent être les mêmes dans les premiers et les derniers étages. Pour les uns, il privilégie des relations multiples avec l’extérieur, notamment par l’entremise de logements traversants. Pour les autres, il met en scène des vues lointaines par l’intermédiaire d’importantes loggias.

Ceci étant dit, entre le plafond de verre imposé par les normes IGH et la problématique de rentabilité, la construction devient vite «épaisse». «C’est là toute la spécificité et le problème de la tour européenne», assure l’architecture. Pataude, un peu grasse, courte sur patte…

Alors, en guise de régime, Gaëtan Le Penhuel prévoit un habile effet plastique en jouant des couleurs et des «angulations». En lieu d’un volume massif, deux éléments donnent l’impression de se frotter l’un à l’autre. Black & white.

03(@HerveAbbadie)_S.jpg«L’enjeu était de dessiner les contours d’une figure urbaine», prévient-il. La tour marque certes l’entrée de la ville mais aussi le renouveau d’un quartier. Les façades devaient, en outre, être irréprochables.

Ceci étant dit… qui dit loggia…dit canisse… dit armoire bretonne… dit vélo…dit frigo... En somme, un redoutable inventaire à la Prévert. Les pompiers en ont tremblé ! Pour des causes esthétiques ? Nenni ! Il s’agissait davantage de la crainte de voire un feu se propager trop rapidement des canisses à l’armoire, bref, d’un étage à l’autre. Un système de garde-corps plein (80cm) fut donc imaginé afin de répondre aux inquiétudes sécuritaires.

Toutefois, la question visuelle restait en suspens. «Pour éviter de mettre en scène des loggias reléguées par certains en espaces de rejets, nous avons mis en œuvre un verre légèrement réfléchissant», explique l’architecte. Le dispositif règle par la même occasion la question de l’intimité. «Voilà qui laisse libre l’utilisation de ces espaces ; le bailleur n’a donc pas besoin d’imposer quelconque règlement contraignant», assure-t-il.

04(@SergioGrazia).jpgLa tour présente ainsi une façade unitaire, brillante. «Beaucoup m’interroge sur l’écriture de ce projet. Certains m’interpellent en m’assurant que cet immeuble fait ‘bureau’. A mes yeux, un programme ne doit pas être désigné de manière simpliste par quelques attributs plastiques. Le mélange des genres est même plutôt intéressant», sourit-il.

De quoi interpeller ! De quoi interroger ! Aujourd’hui l’agence poursuit d’ailleurs sa réflexion sur la verticalité. Elle imagine même proposer prochainement un concept d’habitat vertical. Et pour cela… aucunement besoin de Réinventer Paris…

Jean-Philippe Hugron

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